‹ Mécanisme de la physionomie humaine; ou Analyse électro-physiologique de l'expression des passionsChapitre 45 sur 70 · PARTIE ESTHÉTIQUE. — PREMIÈRE SÉRIE · texte numérisé non relu

PARTIE ESTHÉTIQUE. — PREMIÈRE SÉRIE

phier le plaisir pur d'une âme dévouée à Dieu. — On voit cette expression en couvrant le côté droit de cette figure 77 jusqu'à la partie moyenne de l'espace intersourcilier et de la bouche. Le côté gauche montre ainsi une jolie expression de ravissement qui rappelle les extases de sainte Thérèse. — C'est dans ce moment que j'ai fait contracter légèrement, à droite, le muscle do la lasciveté (le transverse du nez), et alors l'extase a pris, de ce côté seulement, un caractère charmant de plaisir sensuel que l'on reconnaît en masquant le côté gauche de la figure 77. Cet état de ravissement n'offre plus rien de mystique chez cette jeune fille; on sent qu'il n'est pas seulement produit par les délices de l'amour divin, mais que l'image ou le souvenir de celui qu'elle aime, exalte son imagination et ses sens. C'est la poésie idéale de l'amour humain.

Entre les expressions d'extase de l'amour céleste et de l'amour terrestre, il n'existe qu'une nuance très légère. C'est ce que, du moins, j'ai voulu montrer dans les figures 76 et 77, et principalement dans la dernière; c'est ce que les artistes n'ont pas toujours bien senti. Les saints et même les vierges qu'ils ont peints dans leur béatitude, dans leurs doux ravissements, et dont les traits devraient toujours respirer l'innocence et la pureté, ont trop souvent l'expression du plaisir des sens. — Le groupe du Bernin , ([lie l'on voit dans la basilique de Saint-Pierre, à Rome, en est un exemple frappant. Ce marbre représente un ravissement de sainte Thérèse. Un bel ange armé d'une lance lui apparaît, et tout, dans la physionomie de la sainte, respire la béatitude la plus voluptueuse.

Autant le ravissement de l'amour humain, tel qu'il est représenté dans le côté gauche de la figure 77 , embellit la physionomie, autant l'extase lubrique l'enlaidit. Pour donner cette expression cynique à la figure 77, il m'a sultî de faire contracter plus énergiquement le muscle de la lasciveté (le transverse du nez). On comprendra qu'une expression semblable ne doive pas entrer dans la composition d'une œuvre esthétique. 11 serait cependant utile que l'artiste la connût. 11 doit savoir, en outre, qu'entre le maximum de l'extase cynique et la charmante expression d'amour humain, photographiée dans la figure 77, il existe plusieurs degrés intermédiaires.

J'ai voulu représenter dans la figure 78 une petite comédie, une scène de coquetterie. — Un galant surprend à sa toilette une jeune femme dont l'attitude et le regard deviennent, à son apparition, peu encourageants (cacher la moitié inférieure de la face). — Cependant sa nudité, qu'elle semble montrer avec une certaine affectation, au lieu de la voiler, et la pose maniérée de sa main qui soutient une gorge un peu trop découverte, tout trahit le jeu d'une coquette. Le galant en devient plus audacieux ; mais le mot: «Sortez! » prononcé dédaigneusement par la belle, l'arrête dans son entreprise (cacher seulement le côté gauche de la moitié inférieure de la face). — Au rire moqueur dont elle accompagne l'amoureux éconduit (cacher le coté droit de la moitié inférieure

«le la face), on croit l'entendre s'écrier : «Le fat!» Peut-être aussi dit-elle bien bas: «Le sot! s'il avait osé...» C'est ce que, du moins, il est permis de supposer à son air peu irrité.

J'avais déjà exposé (fig. 06, partie scientifique) une étude physiologique analogue à celle de la figure 79. Voici les différences qui distinguent ces deux figures.

1° La première (fig. 36) avait légèrement contracté spasniodiquement ses paupières, parce qu'elle était gênée par la lumière de l'atelier; à ma demande, la seconde (fig. 79) les avait un peu rapprochées 'volontairement et avait pris l'attitude (pie je lui avais donnée. Ce rapprochement des paupières indiquait que celle-ci était offensée; — tandis que, chez l'autre, qui était assise et au repos, ce même rapprochement des paupières n'avait aucune signification expressive.

1" La contraction du triangulaire de la figure 36 est très forte et peut paraître exagérée pour l'expression du mépris; cependant je l'ai vue agir ainsi chez des gens du peuple qui , en s'injuriant, voulaient exprimer un mépris profond allant jusqu'au dégoût. Mais alors l'expression est commune. — Dans la figure 76, au contraire, où la contraction du triangulaire est modérée, on est frappé par la distinction et la vérité de l'expression de dédain. Peut-être aussi .trouvera-t-on ici que l'abaissement du coin de la bouche est un peu fort, et que cette expression serait plus naturelle s'il était un peu moindre. Je répondrai que c'est avec intention que j'ai légèrement exagéré la contraction du triangulaire des lèvres, voulant indiquer parla que cette coquette feignait l'indigna-

lion, et qu'au fond elle était, au contraire, flattée par l'entreprise de son audacieux amoureux. 11 m'eût été facile d'ailleurs de diminuer le degré d'excitation électrique du triangulaire. 3° Chez ces deux femmes, l'expression de rire moqueur est très fine et non moins vraie ; cependant elles se distinguent entre elles par une légère nuance : l'une (fig. 30) sourit, et l'autre, sans lire aux éclats, a plus de gaieté moqueuse.

4° Tout le monde remarque que la figure 78 l'emporte sur la figure 36 par la beauté et la distinction des traits. 5" Enfin ces deux figures montrent l'influence considérable de l'attitude, dugeste, de l'action, en un mot, sur l'expression. Pourquoi, en effet, cet air dédaigneux d'un coté, et ce rire moqueur de l'autre? A cette question la figure 36 ne répond absolument rien ; mais il n'en est pas ainsi de la belle coquette représentée dans la figure 78. Elle semble dire ellemême la petite scène que j'ai racontée ci-dessus. En effet, son négligé, ses cheveux en désordre, montrent assez qu'elle est à sa toilette ; sa tète un peu tournée à gauche et son regard blessé, dirigé du môme côté, indiquent clairement la présence inattendue d'un témoin indiscret; mais le pende soin qu'elle met à couvrir ses charmes, ce qui contraste avec ce semblant de pudeur alarmée, et puis cette pose maniérée, tout cet ensemble, enfin, trahit une coquette qui joue l'indignée avec l'amoureux dont elle se rit.

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