DEUXIÈME SERIE
Figures 79, 80, 81, 82, 83 et 84.
N 0TA . La même jeune fille a servi aux expériences représentées dans la première et la deuxième série.
LÉGENDE
Fie. 79. — Bonheur maternel mêlé de douleur, ou étude psychique et esthétique de l'expression combinée discordante de la joie et du pleurer.
En cachant l'œil gauche, joie d'une mère qui voit son enfant échapper à une maladie mortelle ; — en cachant l'œil droit, même joie maternelle, unie à la douleur produite par la mort d'un autre enfant.
Contraction électrique moyenne du muscle sourcilier, associée à l'expression naturelle de la joie.
Fie. 80. — Sourire compatissant de la charité.
Sourire bienveillant, en cachant la moitié droite de la face; — sourire d'attendrissement, en cachant la moitié gauche de la face.
Contraction électrique légère du petit zygomalique, associée au sourire naturel.
Fig. 81. — Lady Macbeth : « S'il n'avait ressemblé à mon père endormi, j'aurais fait le coup (1). »
Expression modérée de cruauté.
Contraction électrique faible du pyramidal du nez (P,
fig. 1).
Fig. 82. — Lady Macbeth : « Venez, venez, esprits infernaux, du crâne au talon, remplissez-moi toute de la plus atroce cruauté (2). »
Expression forte de cruauté.
Contraction électrique moyenne du pyramidal du nez.
Fig. 83. — Lady Macbeth au moment d'assassiner le roi Duncan.
Expression de cruauté féroce.
Contraction électrique, au maximum, du pyramidal du nez.
Fig. 84. — Lady Macbeth reçoit le roi Duncan avec un sourire perfide.
Sourire faux à gauche, en cachant la moitié droite de la bouche; — air froid et mécontent à droite, en cachant la moitié gauche de la bouche.
Contraction électrique faible du grand zygomatique gauche, au moment où la physionomie exprimait !<• mécontentement.
(1) Macbeth, trad. de F. Victor Hugo, acte II, scène H.
(2) Ibid., acte III, scène n.
EXPLICATION DE LA LÉGENDE
Voici la scène que j'ai voulu peindre clans la figure 79.
Une mère vient de perdre l'un de ses enfants.
Un autre enfant, — le seul qui lui reste, —est également atteint d'une maladie mortelle; il est sur le point d'y succomber.— Assise au pied de son berceau, la malheureuse mère s'abandonne à la plus grande affliction. — Cependant un dernier espoir lui a été laissé: une crise peut le sauver! Suspendue à la vie de son pauvre enfant, elle suit avec anxiétéla marche de la maladie, et découvrant sur ses traits les premiers signes de cette heureuse crise, elle s'écrie : « 11 est sauvé ! o
Telle est l'émotion de douleur et de joie maternelles que j'ai essayé d'exprimer, du côté gauche, sur la figure de la jeune femme photographiée dans la figure 79.
Rien assurément ne serait plus facile à peindre que la joie d'une mère qui sent revenir son enfant à la vie. — On constate que cette expression est assez bien rendue sur la figure 79, si l'on en cache l'œil gauche.
Mais, dans la scène qui fait le sujet principal de la figure 79,
l'expression est complexe. En effet, le bonheur de cette mère dont le dernier enfant vient d'échapper à la mort ne peut lui avoir fait oublier sitôt celui qui vient d'expirer. Son cœur maternel est donc saisi à la fois par deux émotions contraires: la joie et la douleur. — C'est ce qui est exprimé sur la moitié gauche de la figure 79, quand l'œil droit en est masqué.
Pour obtenir cette expression, j'ai procédé de la manière suivante. Ce jour-là, mon modèle était d'une grande tristesse et ne pouvait rire que des lèvres. Afin d'appeler sur sa face les signes vrais de la joie, j'ai dû exciter sa gaieté en agissant sur son moral. — Après lui avoir fait ouvrir légèrement la bouche, j'ai provoqué sa joie naturelle. — Dès que l'expression de la vraie joie mêlée d'un peu de surprise fut arrivée au degré qui convenait à l'émotion ([lie j'avais à peindre, je développai modérément, à gauche, les lignes expressives de la douleur, en électrisant le sourciller de ce côté, et puis, par la combinaison de ces deux expressions primordiales et contraires, je produisis, de ce côté, cette expression touchante de joie mêlée de douleur. — Pour la compléter, il m'eût fallu rendre son œil humide et faire couler ses larmes, car une mère qui vient de perdre son enfant pleure abondamment. Mais on comprend que cela n'était pas au pouvoir de l'électricité. Il sera du reste facile au lecteur de suppléer à ce desideratum.
J'ai déjà traité précédemment de ce genre d'expression composé de contractions musculaires contraires. C'est ici