PARTIE ESTHÉTIQUE. — DEUXIÈME SÉRIE. 1G
qu'il convient de rappeler les termes dans lesquels j'en ai parlé (1) :
« Il ne faudrait pas conclure des faits précédents qu'il » y a toujours antagonisme absolu entre les expressions pri- » mordiales contraires.
» J'ai vu en effet les lignes qui trahissent la joie s'associer » merveilleusement à celles de la douleur, pourvu que le mou- » vement en fût modéré; je reconnaissais alors l'image du » sourire mélancolique. C'était un éclair de contentement, de » joie, qui ne pouvait cependant dissiper les traces d'une dou- » leur récente ou les signes d'un chagrin habituel. Ainsi je » me représente une mère souriant à son enfant, au moment » où elle pleure la perte d'un être chéri, d'un époux
» Ces contractions composées, au fond, par des expressions » contraires et qui peignent un sentiment pour ainsi dire » forcé, je les appellerai contractions combinées expressives » discordantes. »
Lorsque j'écrivais ces lignes, j'avais oublié que le plus grand poëte de l'antiquité, Homère, avait créé une situation analogue, et que pour peindre l'image produite par cette émotion de l'âme, il avait composé une expression des plus harmonieuses : &»tpuo'ev ysXacaca, expression que je serais tenté de traduire : riant avec des larmes douloureuses. Voici une traduction du passage de Y Iliade où Homère décrit les adieux d'Hector et d'Andromaque : « Ayant ainsi parlé, il
(I) Mécanisme de la physionomie humaine , 1 er fascicule, p. 29.
(Hector) met son fils dans les mains d'Andromaque. Celle-ci le reçoit sur son sein parfumé avec un sourire mêlé de larmes (1). »
Je démontrerai, par la suite, que cette traduction ne rend pas exactement la situation créée par Homère.
Que de fois et en combien de circonstances cette sorte de conflit entre la douleur et la joie, d'où résulte la combinaison de contractions expressives que j'ai appelées discordantes, doit se peindre sur le visage humain! Comment se fait-il donc que l'on en trouve si peu d'exemples dans les chefs-d'œuvre de l'art?
Je n'en puis citer qu'un très petit nombre, dans les tableaux suivants : la Résurrection d'une jeune fille japonaise, du Poussin 'galerie du Louvre, n° 43û); les Israélites recueillant la manne (galerie du Louvre, n° 420); la Naissance de Louis A.7//,deRubcns (^aleriedu Louvre, îWiûl); \eMartyre de sainte Agnes, du Dominicain (à Bologne). — Il en existe aussi de rares exemples parmi les œuvres contemporaines; mais je veux m'abstenir de les examiner au point de vue critique.
Le Poussin, dans son tableau du Louvre, n° h2>h, nous fait assister à la résurrection, par saint François Xavier, d'une jeune fille étendue sur son lit de mort. — Au moment où les
( I ) Chant VI de l'Iliade, traduction de madame Dacier, revue par M.Trianon. Voici le texte grec de ce passage :
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