‹ Mécanisme de la physionomie humaine; ou Analyse électro-physiologique de l'expression des passionsChapitre 48 sur 70 · PARTIE ESTHÉTIQUE. - DEUXIÈME SÉRIE · texte numérisé non relu

PARTIE ESTHÉTIQUE. - DEUXIÈME SÉRIE

prières du saint commencent à rappeler le souffle de la vie sur les lèvres delà morte, on voit se détacher d'un groupe de Japonais sa mère, qui se précipite sur elle en lui tendant les bras, avec une expression de grande joie mêlée de douleur.

Ici cette rencontre entre la joie et la douleur, combinaison cpii constitue une expression discordante, ne saurait être longtemps soutenue sans blesser le sentiment. Cette expression discordante doit rapidement se résoudre par l'accord parfait de toutes les lignes expressives du bonheur. — Elle diffère essentiellement de la figure 79, qui, on se le rappelle, représente une mère dont le bonheur de voir son dernier enfant échapper à un danger de mort ne peut effacer la douleur profonde produite par la perte récente de son autre enfant. — Chez la Japonaise, en effet, le bonheur est si complet, qu'à sa première apparition sur la physionomie, les lignes de la douleur doivent avoir déjà disparu, en grande partie, pour faire place au rayonnement de la joie maternelle. De même, après l'orage, apparaît dans toute sa splendeur le soleil chassant les nuages qui fuient à l'horizon.

Le Poussin me paraît ne pas avoir senti cette nuance ou cette forme de l'expression de la joie mêlée de la douleur. Loin de là, il a peint le sourcil à son maximum de contraction douloureuse; ce qui contraste d'une manière choquante avec l'expression de joie extrême qu'il a donnée à son sujet (I ).

(I) On me permettra encore de faire observer que dans l'expression douloureuse peinte par ce maître illustre, il n'y a pas de rapport entre le modelé du sourcil et celui du front : la peau du front devrait offrir quelques rides

lGh MÉCANISME DE LA PHYSIONOMIE HUMAINE.

J'ai produit expérimentalement, dans la figure 30, partie scientifique, une expression aussi grimaçante que celle que je viens de critiquer chez le Poussin, en électrisant simultanément au maximum le muscle de la douleur (le sourcilier) et le muscle de la joie (le grand zygomatique).

La, joie mêlée de douleur se montre, à des degrés divers, sur la physionomie. — Dans les deux nuances que je viens d'analyser, à l'occasion de la figure 79 de l'album et du tableau du Poussin, n n 436, la joie va presque jusqu'à l'extase.

Je vais, comme exemple, faire connaître l'une des circonstances dans lesquelles on voit cette expression discordante se peindre, d'une manière touchante, à son plus faible degré, sur la physionomie de la mère qui vient de donner le jour à un enfant.

La douleur de l'enfantement cesse, en général, sitôt après la naissance de l'enfant. Ce passage subit de la douleur la plus atroce au calme parfait est pour la mère un moment de bien-être indicible. Brisée de fatigue, elle s'abandonnerait à un sommeil réparateur, si alors elle n'était tourmentée par le besoin le plus impérieux d'embrasser son enfant. Il faut

sur sa partie moyenne, et être modelée d'une manière particulière sur ses parties latérales, ainsi que je l'ai montré dans toutes les expériences qui ont été faites sur ce muscle (voyez toutes les figures du chapitre X, partie scientifique). Or, chez la Japonaise du Poussin, qui est maigre et assez âgée, le front est resté uni, malgré l'énergique contraction douloureuse du sourcil. Le Poussin a commis la même faute chez une autre femme que l'on voit au milieu du groupe de Japonais, et qui pleure en même temps qu'elle contracte douloureusement son sourcil. Partout où il a voulu peindre énergiquement la douleur, on remarque la même absence de modelé du front.

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