PARTIE ESTHÉTIQUE. — DEUXIÈME SÉRIE
voir avec quel bonheur elle lui sourit, lorsqu'on le lui présente; son regard est alors tout à la fois caressant et languissant. — Cette douce expression de bonheur maternel est bien rendue dans la Jeanne d'Albret du tableau de Devéria : la Naissance de Henri IV (galerie du Luxembourg, n° Zi3).
Mais quelquefois, surtout après un accouchement laborieux, les douleurs ne disparaissent pas entièrement; les signes s'en traduisent sur la figure de la mère par une expression d'abattement et de douleur. — Le désir de donner un premier baiser à son enfant n'en est pas moins vif, quoiqu'elle en ait à peine la force. Elle lui sourit alors et s'attendrit; mais son bonheur est si grand, qu'elle conserve à peine sur sa physionomie les traces de sa douleur physique. — Marie de Médicis, dans la Naissance de Louis XIII, de Rubens (galerie du Louvre, n° Ml), offre un admirable exemple de cette expression discordante de douce joie maternelle, unie à une faible douleur physique. — La courbe de son sourcil est interrompue, vers son extrémité interne, par un peu d'élévation et de relief de la tête de ce sourcil. — Le modelé de sa bouche et de sa paupière inférieure montre rémotion profonde de sa joie maternelle, émotion qui l'attendrit presque jusqu'aux larmes, comme l'indique un peu de concavité en bas de la ligne naso-labiale.
En somme, de cette combinaison de lignes très légèrement accentuées et produites à la fois par la joie, par l'attendrissement et par la douleur physique, résulte un ensemble harrao-
nieux, une expression discordante, à son degré le plus faible, du sourire mêlé de douleur physique, expression des plus gracieuses et des plus touchantes (1).
J'ai écrit précédemment : «Le mouvement du sourcil n'in- » dique pas seulement un contentement intérieur; il annonce » aussi la bienveillance, cette heureuse disposition de l'âme » qui fait compatir aux peines d'autrui, quelquefois jusqu'à «l'attendrissement. Unit-on, par exemple, le sourire au » pleurer modéré, et encore mieux à la contraction légère du
(1 ) Cette expression excite l'admiration générale. J'ai cependant à signaler une incorrection qui nuit à son ensemble. — Le modelé qui donne au regard de Marie de Médicis une légère nuance de douleur physique n'existe pas du côlé gauche. En effet, le sourcil gauche décrit une ligne courbe; sa tête n'offre pas le relief qui, du côté opposé, donne à la portion interne de ce sourcil une forme un peu sinueuse. Il en résulte qu'en cachant l'œil droit, sa physionomie peint la joie maternelle pure, sans mélange d'aucune douleur, douce expression qui rappelle celle de Jeanne d'Albret, dans la Naissance de Henri IV par Devéria, dont il a été question ci-dessus, page 16!i. La tête de Marie de Médicis a donc une expression double qui jette un peu d'indécision sur celle de sa douleur physique. ■ — Cette expression double est analogue à celle que j'ai produite expérimentalement dans les figures 26 et 27, où le muscle sourciller droit est électrisé isolément (voy. l'étude expressive de cette figure, à la page 35, partie scientifique). — L'incorrection commise par Rubens échappe, de prime abord, à l'observation, parce que la contraction douloureuse du sourcil droit, qui est très faible, contraste peu avec le sourcil opposé, qui n'est pas douloureux, et parce que la tête, vue de trois quarts, étant tournée de droite à gauche, le coté gauche de la face est peu apparent. — Le Guide a commis la même faute dans son Ecce Homo du musée Colona, à Rome. J'en ai fait l'observation critique dans la partie scientifique de l'album, page 300.