‹ Mécanisme de la physionomie humaine; ou Analyse électro-physiologique de l'expression des passionsChapitre 51 sur 70 · PARTIE ESTHÉTIQUE. — DEUXIÈME SÉRIE · texte numérisé non relu

PARTIE ESTHÉTIQUE. — DEUXIÈME SÉRIE

droite, ainsi que je l'ai décrit plus haut en rappelant l'action propre de ce muscle, quoicpie la lèvre inférieure eût conservé la forme qu'elle affecte dans le sourire. On peut s'en assurer en cachant les parties de cette figure situées immédiatement au-dessus de la lèvre inférieure. 11 en est résulté un sourire bienveillant qui fait verser des larmes, ou, en d'autres termes, un sourire d'attendrissement.

Personne ne confondra cette espèce de sourire mêlé de larmes avec le sourire mêlé de douleur, représenté sur le côté gauche de la figure 79. — Ce n'est pas non plus ce même sourire qu'Homère a si admirablement décrit dans les adieux d'Andromaque et d'Hector. Les larmes que le grand poëte fait verser à cette princesse qui se sépare de son époux avec de noirs pressentiments, sont des larmes de douleur. En traduisant donc l'expression composée Savpuoev ye^auaca, par laquelle il a voulu peindre cette émotion de l'âme; en traduisant, dis-je, trop littéralement cetle expression par les mots : un rire mêlé de larme* (lacrymabundum ridens), les auteurs n'ont pas exactement rendu la pensée d'Homère, puisque la compassion fait verser des larmes, et que, bien plus, on pleure de bonheur.

Les figures 81, 8ï2 et 83 sont destinées à reproduire des expériences électro- physiologiques que j'ai faites, au point de vue esthétique, à différents degrés, sur le muscle qui

met en relief les signes caractéristiques des passions agressives (sur le pyramidal du nez, P, fig. I).

Ce muscle est tellement développé chez la jeune fille qui s'est prêtée à ces expériences, que de sa tête, sur laquelle je viens de peindre l'image des émotions les plus douces et les plus touchantes, j'ai pu faire une tête de Méduse, de furie, etc. J'ai aussi rappelé sur sa face les traits de femmes célèbres dans l'histoire par leur cruauté.

C'est ainsi que, m'étaut inspiré de la tragédie de Macbeth, — l'une des plus belles de Shakspeare, — j'ai essayé de représenter, dans la figure 81, l'expression que doit avoir lady Macbeth, quand, après s'être assurée que Duncan et ses gardes, auxquels elle avait fait verser un breuvage narcotique, sont profondément endormis, et après avoir donné à Macbeth le signal du meurtre, elle attend qu'il ait égorgé le roi, son hôte et son bienfaiteur.

Je vais l'appeler cette scène, tirée du drame en vers de J. Lacroix.

LADY MACBETH

Ce qui les enivra m'exalte ! Ce breuvage

Qui les éteint, m'embrase!... il double mon courage !

Un cri !.. .

(Ecoutant.)

C'est le hibou, lamentable veilleur,

Qui leur jette un bonsoir lugubrement railleur!

(Écartant le rideau.)

La porte ouverte!... 11 est à l'œuvre, il y doit être!...

Les gardiens pesamment dorment près de leur maître :

J'ai si bien mélangé leur breuvage du soir,

Que la vie et la mort contestent pour savoir

S'ils sont morts ou vivants. .. C'est un sommeil de tombe !

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