‹ Mécanisme de la physionomie humaine; ou Analyse électro-physiologique de l'expression des passionsChapitre 53 sur 70 · PARTIE ESTHÉTIQUE. — DEUXIÈME SÉRIE · texte numérisé non relu

PARTIE ESTHÉTIQUE. — DEUXIÈME SÉRIE

scène où elle l'ait appel à ses instincts féroces, dans cette invocation sauvage : « Venez, venez, esprits qui escortez les » pensées de mort! Désexes-moi, et du crâne au talon rem- » plissez-moi toute de la plus atroce cruauté ! épaississez mon » sang.. . Fermez en moi tout accès, tout passage au remords. . . » Que mon couteau aigu ne voie pas la blessure qu'il va » faire (1) !»

Duncan ! le corbeau nous signale Par ses croassements ton approche fatale !

Démons, changez mon sexe! Accourez, noir essaim, Et de férocité remplissez tout mon sein !

Épaississez mon sang, et que ce cœur ne laisse Nul passage au remords ! . . .

Venez à moi, du meurtre invisibles ministres !

Venez tous, ennemis de la terre et du ciel !

Soufflez-moi vos poisons ! que mon lait tourne en fiel (2)!

Un muscle destiné à mettre en évidence les signes des plus mauvaises passions (le pyramidal du nez) ne doit certes pas embellir la physionomie. — Les traits qui accusent son action liraient non plus être sympathiques.

Cependant la terrible Macbeth que l'on voit , dans la

(1) Œuvres complètes de Siiaksp-eare : Macbeth, scène v, traduction de F. Victor Hugo.

(2) Macbeth, drame en vers de F. Lacroix, acte II, scène l.

Si la ligure 82 avait été primitivement destinée à représenter cette scène, j'aurais fait prendre à mon modèle un costume en rapport avec la circonstance. — On sait que, dans cette scène, lady Macbeth devait être prête à recevoir la visite du roi Duncan dont on lui avait annoncé l'arrivée pro cli aine.

figure 81, dominée par la volonté de tuer le roi, n'a rien perdu de sa beauté ! — C'est qu'ici le pyramidal du nez avait été très légèrement excité. (On se rappelle que j'avais à montrer que la fureur homicide de lady Macbeth était modérée par le sentiment de piété filiale qui était venu traverser son esprit, à l'instant où elle avait trouvé une ressemblance entre Duncan et son père endormi.)

Au delà de ce degré d'excitation, le pyramidal du nez a, dans la figure 82, altéré la beauté de mon modèle, bien que ce muscle n'ait été électrisé que modérément.

La physionomie de cette jeune fille a pu devenir plus terrible et plus enlaidie encore que dans la figure 82, par la contraction au maximum de ce petit muscle, que l'on doit considérer comme l'agent principal et fidèle des passions agressives et méchantes, de la haine, de la jalousie, des instincts cruels.

La figure 83, où le pyramidal du nez a été mis à son maximum de contraction, en est une preuve frappante. Qui reconnaîtra, dans cette figure, la jeune personne dont la physionomie s'est transfigurée d'une manière si ravissante, sous l'influence des lignes expressives de l'amour divin ou humain, et d'une émotion qui excite toujours la sympathie, l'émotion de la douleur? — Je me suis figuré la Macbeth se précipitant sur Duncan, le poignard à la main, avec cet air féroce que j'ai photographié dans cette figure 83. On voit que ses traits assombris sont singulièrement enlaidis. — J'ai supposé aussi qu'alors lady Macbeth, en reconnaissant une

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