PARTIE ESTHÉTIQUE. — DEUXIÈME SÉRIE
de le démontrer, je rappellerai la légende de ce beau tableau.
Duranti, président du parlement de Toulouse, fut opposé à la Ligue, et tenta inutilement de calmer le peuple sourdement agité à l'occasion de la mort du duc de Guise. Forcé de se réfugier dans un couvent avec sa femme et ses deux enfants, Duranti est découvert par la populace, qui, malgré l'opposition des moines, des prêtres et de sa famille, l'entraîne hors du couvent et l'assassine.
L'artiste a choisi le moment où la populace fait irruption dans l'asile où Duranti s'est réfugié avec sa femme et ses enfants. On voit le chef de cette bande menacer du poing le président Duranti, dont la noble physionomie reste calme. Les cheveux de cet homme sont roux ; ses traits grossiers et durs inspirent de la répulsion. Delaroche lui a donné une expression de haine féroce en abaissant obliquement de dehors en dedans son sourcil épais, et en lui plissant transversalement la peau de la racine du nez. — Ce mouvement expressif démontre au physiologiste que le pyramidal du nez est puissamment contracté, et que la peau de la partie médiane du front doit être attirée en bas et nécessairement tendue. Delaroche, au contraire, a plissé transversalement la peau de cette région du front, comme on l'observe sous l'influence du sourcilier, muscle de la douleur (voyez toutes les figures consacrées à l'étude de ce muscle), qui, antagoniste du pyramidal, élève la tête du sourcil. Il est donc incontestable que mécaniquement le modelé du front de cet
homme ne peut coexister avec le mouvement imprimé à son sourcil. C'est plus qu'une faute d'orthographe ; car bien que les lignes expressives fondamentales de la haine et de la cruauté (l'obliquité du sourcil, le relief et les rides transversales de la racine du nez) soient exactement rendues, la présence des rides transversales médianes qui constituent les lignes secondaires de la douleur, expression toujours sympathique, diminue considérablement l'effet de l'expression de méchanceté que Delaroche a voulu donner à ce chef de bande.
Le pyramidal du nez étant le seul muscle qui abaisse la tête du sourcil pour peindre les instincts cruels, de même que le muscle sourcilier en élève la tète pour exprimer la douleur, on ne doit pas s'étonner qu'il puisse, comme ce dernier muscle, se contracter isolément sous l'influence de certaines émotions. Ordinairement, toutefois, il se contracte avec l'orbiculaire supérieur (0, fig. 1); alors le sourcil est abaissé en masse, tout en conservant sa direction oblique de dehors en dedans et de haut en bas, si l'individu se laisse emporter par des instincts méchants ou cruels.
En appelant le pyramidal du nez, muscle des passions agressives, j'ai voulu donner à entendre qu'il n'était pas seulement au service de certaines mauvaises passions, comme la méchanceté et les instincts cruels.
11 est en effet des sentiments légitimes et même louables qui nous portent à devenir agressifs envers nos ennemis.