‹ Mécanisme du système nerveux: Structure anatomique et nature des individualités du système nerveuxChapitre 22 sur 28 · DOS · texte numérisé non relu

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première en raison du déplacement de la force extérieure à la surface. La figure (95) fera bien comprendre cette disposition.

L’anse réflexe si étendue des animaux complexes ne s’est pas constituée évidemment d'emblée; elle résulte de la fusion d’anses réflexes voisines, fusion due très probablement aux fonctionnements successifs et solidaires d’individualités plus petites et appartenant aux cellules sous-jacentes et contiguës Wig. 96).

Maintenant que se passe-t-il quand les molécules protoplasmiques, écartées et en équilibre, sont attirées les unes vers les autres ?

Sous l’influence d’une force extérieure, une force attractive, qui tenait éloignée une molécule d'une autre, disparaît, et celle-ci, libre de ce côté, attire la molécule qui l’attirait ellemême. En quoi consiste cette force attractive qui disparaît ? C’est très probablement un élément de cette molécule.

Les corps chimiques, en effet, sont constitués par de purs groupements d'éléments moléculaires. Ces groupements peuvent se défaire, échanger leurs éléments, mais ces éléments, eux, jamais ne disparaissent ou se fusionnent entre eux; ils restent toujours distincts, et peuvent, à chaque instant, quitter un groupement pour entrer dans la constitution d’un autre groupement, donner lieu à des formes nouvelles plus ou moins complexes et durables.

Ce sont donc les échanges des éléments qui constituent les mouvements : c'est l'attraction des éléments moléculaires qui forme l'attraction des molécules.

Soit par exemple deux molécules À et B fig. 97) (C unie à 4 H). Enlevez H' à A: H° où H: prendra la place de H'; H° de H>°7H774de8"B, attirée par C, prendra la place de H° de A ; H° remplacera H‘, et H° succèdera à H°. Puis B agira de même

sur une autre molécule, et ainsi de suite. De sorte que le mou-

vement ira de À en B, en C, en D, etc. Il sera constitué par l'échange de l'élément H entre les molécules.

Si nous considérons d’un autre côté que l'attraction des molécules entre elles dépend de l'attraction des éléments de ces molécules, nous conclurons que celles-ci se comportent entre elles, en somme, comme des molécules simples, nous les verrons s’équilibrer ou se grouper lors de l’échange de leurs éléments ou d’un changement dans leurs attractions, c'est-àdire dans leur équilibre, se grouper enfin par petits lots comme les molécules simples que nous avons examinées plus haut. Et plus l’échange des éléments sera rapide, plus les molécules. seront rapprochées entre elles et par groupes.

Ainsi tout mouvement, d’après la constitution des corps chimiques qui ne sont que des groupes d'éléments, correspond à des échanges d'éléments moléculaires qui, à l’état de repos, sont en équilibre. |

Et de cette proposition il est logique de déduire qu'il existe autant de mouvements distincts qu'il y a d'éléments distincts échangés, et, inversement, que les mouvements lumineux, les mouvements sonores, les mouvements thermiques, les mouvements électriques, etc., tous mouvements distincts, correspondent à des éléments distincts.

La pesanteur elle-même doit être constituée par des mouvements distincts, continus, par une sorte de contraction permanente d'éléments spéciaux.

On voit que les corps chimiques dits simples comme l'oxygène, l'hydrogène, etc., sont en réalité des corps composés : colorées ou conductrices de la lumière, conductrices de la chaleur, de l'électricité, du son, leurs molécules contiennent par conséquent des éléments lumineux, caloriques électriques, sonores.

. On peut objecter que les mouvements extérieurs distincts

ne correspondent pas à des éléments spéciaux, mais résultent des rapports différents de mêmes éléments.

Mais les rapports de mêmes éléments pourraient varier à l'infini, que ces éléments en activité n’en seraient pas moins toujours un même élément en mouvement; et, comme le mouvement n'est rien par lui-même, est tout entier dans son élément, 1} y aura toujours un même mouvement. Ce mouvement pourra varier en intensité, en direction, mais il n'en demeurera pas moins le mouvement d'un mème élément, ou le même élément en activité.

Mais nous avons la prenve indubitable qu'aux mouvements spéciaux extérieurs correspondent des éléments spéciaux, et nous connaissons la nature mème de ces éléments (leur subjectivité). En effet, puisque les mouvements extérieurs se continuent dans le protoplasma, forment les anses réflexes, constituent les mouvements physio-psychiques si chaque mouvement extérieur spécial a un élément spécial, aux anses réflexes spéciales, aux mouvements physio-psychiques spéciaux doivent correspondre des éléments spéciaux qui sont précisément les éléments des mouvements extérieurs.

Or, ces éléments spéciaux existent, en effet, pour chaque anse réflexe spéciale, pour chaque mouvement physio-psychique spécial.

On voit donc que les éléments des mouvements extérieurs sont extrémement variés comme ces mouvements et que leur nature subjective est psychique. ;

La constitution de lindividualité nerveuse nous permet donc d'établir la nature de cette imdividualité, et cttte nature, en même temps qu’elle nous amène à la notion de la structure complète de l'individualité nerveuse, nous conduit à celle de l'unité des éléments des choses.

Ainsi, par exemple, le rayon lumineux spécial, qui parcourt

ro

les espaces, vient constituer une individualité optique spéciale, un mouvement physio-psychique optique spécial dont les éléments lumineux sont évidemment de même nature que les éléments lumineux de la partie extérieure du même mouvement. Du reste, nous allons voir plus loin que le mouvement lumineux a à peu près la même vitesse dans le protoplasma que dans l'air.

Les différents éléments psychiques qui composent les choses, en rapport les uns avec les autres, entrent en conflit, se mélangent, s'associent, forment des composés, des associations plus ou moins complexes qui sont les corps chimiques. Les mouvements expriment ces conflits : ce sont les éléments sortant d'une association pôur entrer dans une autre, ou inversement. Mais les associations premières, en rapport, en amènent d’autres plus complexes et ainsi de suite. De sorte que le conflit des éléments psychiques va croissant et que leur association va augmentant. Les mouvements psychiques ou physio-psychiques (mot traduisant leur subjectivité et leur objectivité) deviennent donc de plus en plus complexes : en agissant, par exemple, sur les substances chimiques ou en pénétrant dans des associations d'éléments psychiques, ils tendent à produire de nouvelles associations, à compliquer la composition chimique ou l’association des éléments psychiques de ces substances, c’est-à-dire à compliquer leurs propres rapports dans ces substances.

Au premier échelon des corps chimiques se trouvent les associations d'éléments non définies qui occupent les espaces situés entre les astres, associations rudimentaires, traduites tout au moins par des mouvements lumineux et thermiques. Puis viennent les corps chimiques simples, puis les corps chimiques composés, depuis les acides et les bases les plus sim-

ples jusqu'au protoplasma qui représente l'association la plus

complexe des éléments ou des mouvements psychiques. Mais la complexité des associations, de ces éléments ou de ces mouvements, dans le protoplasma, augmente toujours. En effet, les mouvements qui s’enregistrent dans cette substance, S'y fragmentent grâce à l’anse réflexe, comme nous allons le voir, multiplient leurs rapports entre eux, par suite multiplient la complexité de la substance organique vivante, cette complexité du protoplasma encore une fois étant parallèle à celle des mouvements psychiques.

Nous allons du reste assister maintenant à cette multiplication des rapports des mouvements physio-psychiques entre eux, d’abord en étudiant la fragmentation du mouvement physiopsychique qui limite les individualités nerveuses dont les rapports engendrent le temps et l’espace — ici nous trouverons la preuve physiologique du retour de l'individualité nerveuse à la périphérie — puis en recherchant l’anse réflexe dans l'être rudimentaire, dans la cellule, ou nous trouverons la preuve anatomique de cette anse, ou nous constaterons de visu cette anse impossible à voir chez les animanx complexes, à cause de son étendue et de sa forme enroulée dans le muscle. Ici nous verrons en effet que les anses réflexes, qui constituent la cellule, amènent, par leurs associations, la division de cette cellule ou sa multiplication ; qu'amsi les mouvements physiopsychiques multiplient leurs rapports, accroissent considérablement leurs associations et par suite la complexité de

.la substance organique vivante, forment enfin des êtres de plus en plus complexes.

Avant d'aborder la preuve physiologique expérimentale du retour de l'individualité nerveuse à la périphérie, nous indiquerons une déduction intéressante de la facon dont nous avons expliqué la formation des disques de lanse réflexe.

Si, en effet, notre explication est bonne, si la formation des

disques provient de ce que les molécules protoplasmiques, sur lesquelles agissent ces mouvements extérieurs, sont écartées les unes des autres, il est évident que les molécules d’une substance chimique quelconque (association plus ou moins complexe d'éléments physiques) étant maintenues écartées les unes des autres, si l’on fait agir sur elles un mouvement quelconque, par exemple un mouvement électrique, ces molécules se grouperont absolument comme les molécules protoplasmiques.

L'expérience prouve, en effet, que si l'on raréfie (1) un gaz, par exemple, et si on le fait traverser, dans cet état, par un mouvement électrique, les molécules de ce gaz raréfié se comportent comme les molécules protoplasmiques. Elles se disposent en sortes de disques clairs et sombres alternant, les disques clairs étant formés par les molécules gazeuses condensées, contractées, on pourrait dire, et devenant lumineuses sous l'influence du courant électrique (2) (les disques clairs correspondent aux disques sombres du protoplasma, et, inver-

(1) Il faut que le vide atteigne une pression de quelques millimètres, seulement,

(2) Ce qui démontre bien que ce sont les molécules du gaz raréfié qui se groupent en disques et se colorent, c'est que chaque gaz ou vapeur métallique offre une couleur spéciale, Par exemple si on fait passer un courant dans la chambre barométrique, la lueur verdatre, qui se manifeste alors, indique bien que ce sontles vapeurs métalliques qui forment le milieu conducteur de l'électricité, d'autant plus que, si l'on chauffe le mercure ‘au rouge, la lueur prend un vif éclat.

En outre, il semble que la formation des disques nécessite la non participation du milieu dans lequel sont plongées les molécules raréfiées, au mouvement spécial de ces molécules,

3. Tous les mouvements dans un milieu semblablement disposé doivent se comporter de la même façon, ainsi, par exemple, les mouvements limités à des conducteurs isolés, canalisés pour ainsi dire, comme le mouvement électrique dans un fil métallique recouvert de soie.

Les lois d'induction qui régissent les mouvements électriques doivent done s'ap-

pliquer aux mouvements physio-psychiques nerveux. Les phénomènes d'excitation

sement, les disques sombres aux disques clairs du même protoplasma — on comprend pourquoi).

Si l’on donnait au récipient, dans lequel on raréfie le gaz, la forme d’une cellule nerveuse des centres avec ses prolongements, et si l'on réunissait les extrémités de ces prolongements en deux séries, dont l’une serait en relation avec le pôle positif, l’autre avec le pôle négatif, l’on aurait la représentation des cellules nerveuses préparées par Jakimovitch.

2. On peut prouver expérimentalement le retour de l’individualité nerveuse à la périphérie. é La disposition en anse de l’individualité nerveuse doit produire en effet ce phénomène remarquable : si on touche la surface du corps en deux points A et B (Zig. 93), tels que l’un, A, corresponde au point initial de l’individualité nerveuse, et l’autre, B, au point terminal de la même individualité, on donne lieu à la notion d’une seule impression.

En effet il s'agit d’une même sensation continue, commencée en A et finissant en B. Cette sensation n’a aucune dimension en elle-même (dimension subjective), car elle est formée par

un tout homogène, non différencié. Que l’anse nerveuse ait

du système névro-musculaire par les courants électriques peuvent, en effet, être regardés comme des phénomènes d’'induction.

En effet, le courant d'un circuit de pile, agissant sur un circuit voisin fermé, y développe un courant très bref; de même quand on l'interrompt. Pendant tout le temps qu'il dure avec une intensité égale, il ne produit aucun courant induit. Mais si brusquement on augmente où on diminue son intensité, on produit de nouveau un courant induit très bref au moment précis de cette augmentation ou de cette diminution d'intensité. Pour obtenir des mouvements induits très intenses, il faut produire une interruption aussi rapide et'aussi continue que possible du mouvement inducteur,

Or, les mêmes phénomènes ont lieu lorsque le courant électrique agit sur les

conducteurs du mouvement physio-psychique.

une fraction de millimètre ou des mètres de longueur, la sensibilité qu’elle représente n’en sera pas moins un véritable point mathématique.

Pour qu'il y ait dimension il faut un rapport, et pour qu'il y y ait rapport, il faut au moins deux parties distinctes, différenciées.

Or les individualités constituent seules des parties différenciées. Ce sont donc les rapports des individualités seules qui constituent les dimensions : sans dimensions, elles-mêmes, ces individualités engendrent, par leurs rapports, toutes les dimensions.

Mais pour qu'il y ait individualité, il faut qu'il y ait différenciation, fragmentation, pour mieux dire, de la sensibilité. La forme en anse ne correspond pas par elle-même à une fragmentation de la sensibilité (pas plus du reste que les disques d’une anse n’en fractionnent la sensibilité). Nous avons vu le même mouvement extérieur, ou le même élément psychique en mouvement former plusieurs anses réflexes successives. Aussi plusieurs anses, simplement à la suite les unes des autres et correspondant à un même élément psychique ou à une même sensation, constituent une seule individualité. |

Pour que les anses constituassent des individualités, il faudrait donc qu'elles correspondissent à des sensations différentes ; et alors les anses successives formeraient une dimension mesurée par le rapport de succession des sensations distinctes.

Mais cette condition n'est pas nécessaire à la constitution de l’individualité; en effet, la même sensation, le même mouvement psychique enregistré peut se fragmenter en parties distinctes par suite des rapports différents de ces parties, par suite des rapports différents des anses réflexes.

Pour le montrer, considérons les rapports que peuvent affec

ter entre elles les individualités nerveuses établies.

Les individualités sensibles peuvent se continuer simplement de facon qu’il n’y ait entre elles qu'un rapport de succession. C'est le mouvement dans le temps. Ce sont les individualités s’éloignant successivement et également les unes des autres, formant dans leur ensemble une direction unique. Les anses correspondantes peuvent, on le comprend, avoir des positions les plus diverses sans que cette direction soit modifiée.

Deux séries d’individualités successives opposées O A et O B (Ag. 102), se comportant entre elles comme les individualités successives d’une série entre elles, constitueront une dimension unique avec ses deux directions contraires, À B.

Deux autres séries contraires, s’éloignant toutes les deux également de toutes les individualités qui constituent la première longueur, formeront une dimension nouvelle, perpendiculaire à cette première longueur (fig. 103).

La première dimension, qui n'était pas encore dans l’espace puisqu'elle n’était en rapport avec aucune autre dimension, entre dans l’espace grâce au rapport qu’elle affecte avec cette nouvelle dimension.

Enfin qu'une troisième double série d’individualités (fig. 104), qu'une troisième dimension s'éloigne également de toutes les individualités de A Bet de C D, cette nouvelle doublesérie, cette nouvelle dimension sera perpendiculaire aux deux premières. L'espace sera ainsi constitué; les individualités sensibles ou psychiques, sans étendue, formeront de la sorte, suivant un seul rapport, le temps, et suivant six rapports, l’espace.

Ainsi une direction, pour une même sensation, étant constituée par une série d’individualités nerveuses, cette série d'individualités est coupée perpendiculairement par des directions parallèles limitant précisément les individualités, et fragmen-

tées elles-mêmes de la même facon.

ss ONGare

Il en résulte qu’une surface sensible (subjective), est constituée par un « quadrillé tactile » dont les petits côtés, correspondant à une individualité, sont égaux à l'unité (1).

Mais chaque direction (0 À ou O B) peut se fragmenter ellemême par l'intermédiaire d’une direction contraire (04 ou ob) (fig. 106), de telle sorte que chaque anse réflexe ait son antagoniste, son anse réflexe de sens contraire. Du reste, l’anse réflexe, considérée seule, est nécessairement double, car son point terminal est déterminé par le point initial d'une autre anse, laquelle aura elle-même son point terminal au point initial de la première anse {/fig. 106).-

Le quadrillé tactile offre donc l'aspect de la figure 107:

On voit que si une différenciation dans la nature de la sensibilité est nécessaire pour individualiser les anses qui se succèdent simplement, elle ne l’est pas pour individualiser des anses de directions différentes; ces directions différentes ou . ces rapports différents suffisent en effet pour fragmenter la même sensation où le même mouvement psychique extérieur enregistré.

Toute anse réflexe qui se trouvera en rapport avec des anses de directions différentes constituera donc une individualité, et, inversement, les anses qui n'auront entre elles qu'un simple rapport de succession et qui correspondront à une même sensation, formeront ensemble une seule individualité.

(1) Une autre direction perpendiculaire aux directions d'un quadrillé tactile (surface) complète l’espace. Cette autre direction est déterminée par une série d'anses réflexes en rapport, chacune ou plusieurs, avec toutes les anses du quadrillé tactile. Ce dernier découpe ainsi le mouvement physio-psychique de la série d'anses réflexes en individualités qui affectent entre elles un seul rapport de succession, forment ainsi une seule direction dont les points s’écartent successivement et également de tous les points du quadrillé tactile, et qui est par suite perpendiculaire

à ce dernier,

Si l’on appelle « angle tactile » la distance qui sépare les extrémités d’une individualité nerveuse, la valeur de cet angle est donc essentiellement variable et dépend des rapports de fonctionnement des anses nerveuses.

Il est facile de voir que le mouvement physio-psychique rayonne du centre de la surface tactile dans les directions primitives, qu'il est unique et la résultante des différents mouvements extérieurs qui tendent à s'enregistrer

En effet, lorsqu'un mouvement extérieur s’enregistre, son début est à la première anse, et les anses successives auxquelles il donne naissance, ne sont que les prolongements, pour ainsi dire, de la première anse; lors donc que la direction du mouvement change, elle change à partir du point initial du mouvement ou de la première anse. On voit, en effet, que ce point est porté au-devant des nouveaux mouvements extérieurs, le déplacement de la surface étant inverse de celui du mouvement physio-psychique (fig. 108). Ce point est le centre de la surface tactile, le centre des directions de cette surface, le point qui touche. On comprend également que le mouvement physio-psychique d’une surface tactile soit unique et résultante, car la surface tactile ne peut se mouvoir que dans une seule direction.

Si une anse nerveuse ne constitue pas toujours une individualité, on peut dire cependant que l’individualité affecte toujours la forme d’anse, car une individualité, formée par plusieurs anses, correspond en somme à une anse qui aurait la longueur totale des anses qui la constituent et une ouverture égale à la distance qui sépare le point initial de la première anse du point terminal de la dernière.

Le mouvement qui s’enregistre pouvant changer à chaque instant de direction l'€ angle tactile » le plus petit correspond

à une seule anse.

Si plusieurs anses se continuent avant que le changement de direction n’ait lieu, on comprend que, malgré la valeur croissante de l’angle tactile, la valeur 1 de l’individualité sensible ne change pas.

Une autre cause de la fusion des individualités sensibles en une seule est le parallélisme de fonctionnement ou l’association des anses réflexes.

Lorsque les anses associées sont éloignées, leurs fibres d’association occupent les centres nerveux. Nous avons vu que les cordons longitudinaux de la moelle en sont formés dans leur presque totalité. Lorsque les anses sont très rapprochées, leurs fibres d'association apparaissent très probablement de bonne heure, c’est-à-dire dans les premiers plexus cellulaires de la périphérie (les fibrilles des plexus cellulaires sont, en effet, notamment dans le corps muqueux de Malpighi, de beaucoup plus nombreuses que les fibrilles nerveuses).

L'association des individualités, en constituant un ensemble compacte, n'annihile point cependant les caractères propres à chaque individualité. l

Ainsi les individualités optiques et tactiles, quoique intimement unies, n'en demeurent pas moins distinctes. Nous verrons plus tard que les deux dimensions d’un quadrillé tactile (surface), quoique associées à une troisième dimension (profondeur) et intimement unies à elle, s’en distinguent pourtant.

Mais si la nature des individualités associées est identique, si la direction est la même, l'association devient une véritable fusion.

C'est ce qui a lieu pour les individualités tactiles proprement dites (fig. 109).

On comprend, d’après ce que nous venons de dire, que (malgré linvariabilité de grandeur de l'ouverture des anses

réflexes) plus la partie de surface tactile qui touche à un

même moment, sera grande, plus l’angle tactile de cette surface sera grand, et inversement, plus cette partie de surface sera petite, plus l’angle tactile sera petit.

La surface tactile qui possède le plus petit angle tactile est évidemment la rétine. Cette surface sensible en effet est une portion de sphère (/ig. 110) sur laquelle s'inscrit le rayon lumineux normal; dès lors le changement de direction relatif du rayon normal, se faisant sur une étendue extrêmement petite et très rapidement, l'individualité nerveuse optique a un angle extrèmement faible et correspond (normalement) à une seule anse.

L'angle tactile rétinien est en effet égal à moins de 3 mikromillimètres, dans la vision la meilleure, puisqu'il faut de 3 à 4 mikromillimètres (Nuel) (acuité visuelle la meilleure) pour donner lieu à la notion de deux points.

Les autres surfaces sensibles donnent une ouverture d’angle

tactile variable avec l'étendue de la partie qui touche ordinai-

rement.

Pointe de la langue, . . (Millim.) 1,410 Doërde larmainr. te NICE. 31

Face palmaire de la troisième pha- Genodups ve ets ETS TRTE 36 lanretdesidoints PR 2,2 Jambe, avant-bras,*. . f 40,5

Bordrouge des lèvres: . … . . …. PO CuiSSe etNTAS te SUR ARR PR 7

Face dorsale des doigts. . . * . . 15,7 (WEBER).

Bien que la surface-tactile d'un segment de membre soit plus grande que la surface tactile rétinienne, son quadrillé tactile est de beaucoup plus petit que le quadrillé tactile rétinien. En effet, tandis que les petits côtés de ce dernier correspondent à moins de 3 mikromillimètres, celui du premier correspond à une étendue égale au minimum à 22 (troisième

phalange des doigts), c'est-à-dire mille fois plus considérable.

Malgré sa petite étendue, la rétine, on le voit, est la surface sensible dont le quadrillé tactile est le plus étendu.

Les points du quadrillé tactile sont occupés évidemment par une des extrémités seulement d’une individualité nerveuse ou d’une anse réflexe, puisque les côtés des petits carrés mesurent la grandeur d'ouverture d’une individualité nerveuse ou d’une anse (fig. 107 et 111):

IL y a donc par point du quadrillé tactile au moins 8 fibrilles correspondant à 8 anses (2 pour chaque direction d'une surface et leurs antagonistes).

Dans la rétine, les points du quadrillé tactile sont séparés (dans la vision la meilleure) par 1 1/2 mikromillimètre, puisqu'il faut au moins trois points (fg. 112) de ce quadrillé, sur une étendue de 3 mikromillimètres, pour donner lieu à la notion de 2 points lumineux.

Dans l'étendue de 3 mikromillimètres, la rétine doit donc présenter trois faisceaux d’au moins 8 fibrilles chacun. On y rencontre, en effet, trois cônes ou bâtonnets, éléments nerveux à striation longitudinale et transversale (disques), cette dernière bien visible dans les bâtonnets. Les cônes et les bâtonnets doivent donc constituer les points du quadrillé tactile rétinien.

Nous verrons plus tard que deux autres directions intermédiaires aux premières (muscles obliques) portent très probablement à 16 le nombre des fibrilles qui constituent les faisceaux nerveux rétiniens. ;

Le nombre de fibrilles par cônes et bâtonnets nous permet d'apprécier à peu près la vitesse du mouvement lumineux dans le protoplasma. Il y a un cône ou bâtonnet par millième de millimètre de la rétine (3 mikrom. correspondant à 3 cônes ou bâtonnets); il y a donc 1,000,000 de cônes ou de bâtonnets

par millimètre carré de la rétine (1). Chaque élément nerveux rétinien étant constitué par 8 fibrilles (nous n’en comptons que la moitié), moitiés de 8 anses, si nous donnons 1 mètre de longueur à une branche de l’anse optique, le mouvement lumineux devra parcourir, par millimètre carré de la rétine, 8,000 kilomètres et par centimètre carré, 800,000. Or, le mouvement lumineux dans l’air est de 300,330 kilomètres (Cornu) par seconde; il faudrait donc voir, dans tous ses détails, en un peu moins d’une demi-seconde (ou d’un cinquième de'seconde, si on compte 16 fibrilles par élément rétinien), une image rétinienne de 1 centimètre carré pour que le mouvement lumineux fût, dans le protoplasma, aussi rapide que dans l’air. On voit que la vitesse du mouvement lumineux est à peu près la même dans le protoplasma que dans l'air (2).

Pour le corps muqueux de Malpighi, à chaque petit côté du quadrillé tactile correspond une grande quantité d’anses. Mais comme chaque extrémité de chacune de ces anses peut devenir l'extrémité d’une individualité nerveuse, il en résulte qu’à toutes les terminaisons des anses doivent correspondre 4 fibrilles. Cependant les cellules profondes du corps muqueux présentent des prolongements assez nombreux, fins et isolés. Y a-t-il 4 fibrilles dans ces petits filaments ou ces filaments

(1) Dans la fovea centralis, l'extrémité des cônes à moins d'un # d'épaisseur.

(2) La vitesse si considérable du mouvement physio-psychique est encore accrue par réduction des anses réflexes.

On indique, pour la vitesse du mouvement nerveux, 35 mètres en moyenne par seconde. La rapidité extrème des processus nerveux parle d'elle-même contre cette donnée. Cependant cette donnée repose sur une expérience parfaitement juste. Mais comme le nerf est composé d'individualités nerveuses qui, en grande partie, fonctionnent successivement, il est done probable qu'il faut multiplier le nombre trouvé par un autre, même assez élevé, et correspondant aux différentes individua-

lités qui fonctionnent successivement dans le nerf sur lequel on agit.

constituent-ils plutôt des fibrilles isolées qui fonctionnent en s’inclinant les unes vers les autres comme des cils vibratils ?

En résumé on démontre expérimentalement le retour de l’individualité nerveuse à la périphérie par la notion d’une impression unique que donne le toucher (sous toutes ses formes) en deux points différents d’une surface tactile.

L'individualité physio-psychique est créée par les différenciations de nature ou de direction (fragmentation) de la sensibilité.

Aussi elle peut correspondre à plusieurs anses de même nature, ayant la même direction ou fonctionnant ensemble. Mais, même dans ce cas, on peut dire que l’individualité est toujours une anse ayant la longueur totale des anses qui constituent l’individualité et une ouverture égale à la distance qui sépare le point initial de la première de ces anses du point

terminal de la dernière (1).

(1) Une ébauche de l’anse réflexe se trouve certainement dans la Psychologie physiologique de G. Sergi (a Psychologie physiologique, par G. Sergi, professeur d'anthropologie à l'Université de Rome. Traduction de Mouton, 1888).

L'’éminent psychologue italien se défend de séparer,comme Wundt, Exner, Donders, etc., le phénomène psychique du phénomène physiologique. L'acte psychique est, pour lui, la résultante de la série des processus physiologiques élémentaires et non du dernier seulement. « Le phénomène psychique lui semble être de nature physiologique. D'où il résulte que quand des processus physiologiques sont simples et sans complication, le phénomène psychique s’accomplit dans le temps le plus court possible ; quand, au contraire, ils sont complexes et composés, le phénomène psychique qui, nécessairement, est complexe lui aussi, exige un temps plus grand », p. 279, Mais Sergi ne peut abandonner l'idée que le phénomène psychique s'opère dans les centres nerveux seulement. Aussi est-il entraîné à lier le phénomène psychique à toute la série des processus physiologiques élémentaires et à l'en délier à la fois pour le mettre à l'extrémité de cette série à peu près comme Wundt et Exner dont il bat en brèche les théories.

Mais tout le phénomène psycho-physiologique ne se borne pas à un processus

allant de la périphérie vers les centres, L’« onde excitatrice nerveuse » dont dépend

Si donc on appelle « angle tactile » la distance qui sépare les deux points extrêmes d’une individualité nerveuse, on voit que cet angle est essentiellement variable et dépend de la grandeur de la partie de surface qui touche à un même moment. Aussi le plus petit angle tactile appartient à la rétine.

Comme les individualités physio-psychiques sont limitées par les changements de direction, elles forment entre elles un « quadrillé tactile » dont chaque petit côté représente une individualité. L'’angle tactile donne la grandeur objective variable de ces côtés ; mais si variable qu’il soit, la valeur sub- Jjective de lindividualité n’en demeure pas moins égale à l'unité. Par suite, la sensibilité d’une surface (ou l'étendue du quadrillé tactile) est en raison inverse de la grandeur de l’angle tactile.

Nous avons déjà dit que tous les points du quadrillé tactile étant solidaires les uns des autres, et que le mouvement physio-psychique pouvant passer d’un quelconque de ces points à un autre, il en résulte que le quadrillé tactile est parcouru par un mouvement physio-psychique, unique, résul-

tante,

pour Sergi, le phénomène psychique, « se réfléchit » vers la périphérie, à l'endroit même d’où elle était partie. Cette réflexion seule peut, d'après Sergi, expliquer la localisation des sensations, p. 189. Comme plus haut, Sergi laisse le phénomène psychique dans les centres, et cependant il le lie si bien à la réflexion de l'onde nerveuse, que cette onde va fixer le phénomène à la périphérie : « On a conscience du phénomène dans les centres nerveux où viennent se terminer les nerfs conducteurs, mais on s’en apercoit dans les organes périphériques » p. 189. C'est-à-dire que, en réalité, en dépit de l’idée préconcue du phénomène psychique limité aux centres nerveux, il reconduit le phénomène psychique avec son « onde nerveuse » à la périphérie, à l'endroit même où s’est produite l'excitation.

On le voit, il y a là une vague ébauche de l’anse réflexe, mais celle-ci est plus

complète, elle s'étend jusque dans le muscle.

Il en est de même pour les quadrillés tactiles associés : leurs mouvements physio-psychiques particuliers; associés, forment ensemble un mouvement physio-psychique général, résultante.

Ce mouvement, résultante plus ou moins complexe, constitue l’attention ou la volonté. Comme il est dû à la plus ou moins grande intensité des mouvements extérieurs enregistrés, on pourrait l’étudier mathématiquement et indiquer de même le résultat final du conflit de tous les mouvements psychiques, ou l’état d'association final vers lequel tendent les éléments psychiques.

Si l’on considère plusieurs mouvements physio-psychiques associés, on voit que l’un quelconque de ces mouvements peut induire les autres ou être induit par ceux-ci, en d’autres termes prendre la direction des autres ou être dirigé par eux.

Les mouvements induits, réapparaissant sous l'influence seulement des mouvements inducteurs, ne sont pas en continuité, au moins au moment de leur apparition, avec les mouvements extérieurs dont ils sont la partie enregistrée : ils sont donc réduits. Exemple : dans la vision, les mouvements physiopsychiques optiques induisent les mouvements physio-psychiques tactiles; c’est-à-dire qu'il suffit de regarder pour avoir la notion tactile des objets, sans que l’on ait besoin de toucher ou de localiser par le tact ces objets.

Cette réduction peut se faire, on le comprend, dans tous les points du parcours de l’individualité nerveuse où les individualités successives sont en rapport, c’est-à-dire depuis la périphérie jusque dans les muscles, dans les plexus périphériques, dans les ganglions rachidiens, dans le canal vertébral ou les centres nerveux surtout, enfin à l’entrée des fibrilles

nerveuses dans les muscles.

Ces mouvements induits et réduits peuvent prendre la direc-

tion du mouvement physio-psychique général en devénant euxmêmes inducteurs, mais ils peuvent alors être facilement empêchés et remplacés par des mouvements physio-psychiques non réduits.

Plus ils sont facilement remplacés, ou plus facilement ils cèdent la direction du mouvement physio-psychique général, plus ils prennent un caractère spécial qui constitue la pensée.

Ainsi la pensée est un mouvement physio-psychique qui est remplacé par un autre ou auquel succède un autre; ce mouvement a d'autant plus le caractère de pensée que le changement de direction du mouvement physio-psychique général est plus rapide et vice versé.

Dès lors, les sensations sont surtout des mouvements psychiques extérieurs non réduits qui remplacent facilement les mouvements induits dans la direction du mouvement physiopsychique général.

Exemple : je pense à des fleurs qui seraient sur ma table, et sur ma table, à la place de ces fleurs, il y a un crâne. Mais je mets à ma place un sujet hypnotisable, et je lui suggère qu'il voit sur ma table des fleurs à l'endroit même où est placé le crâne, Les yeux bien ouverts, et regardant normalement, : l’hypnotisé verra absolument des fleurs à la place du crâne. Dans ce dernier cas, les mouvements physio-psychiques induits (par la suggestion) qui constituent les fleurs, ont assez de force pour résister aux mouvements extérieurs qui constituent la vision du crâne et qui tendent à les remplacer, à entrer dans le processus général; ils perdent leur caractère de pensée et deviennent sensation. Dans le premier cas, ils étaient effacés à chaque instant par les mouvements physio-psychiques optiques extérieurs qui constituaient la vision du crâne, et c’est ce caractère seul qui en faisait une pensée.

Toutes les hallucinations (rêves, suggestions ou autosugges- 15 M,

tions) sont ainsi des mouvements physio-psychiques réduits persistants, sont des pensées devenues sensations (1).

Dans tous les états hallucinatoires, il doit y avoir, on Île voit, une insensibilité plus ou moins considérable du sujet, puisque les mouvements extérieurs ne peuvent pas devenir inducteurs, détruire ou remplacer les mouvements induits et réduits (2).

La première condition pour pouvoir suggérer des sensations à un sujet, c'est donc que la sensibilité de ce sujet soit plus ou moins inhibée. Et ainsi, le sommeil naturel est luimême un état favorable aux suggestions.

Le cas le plus remarquable de transformation de pensée en sensation est certainement celui dans lequel les mouvements physio-psychiques successifs, dont la chaîne constitue le souvenir, sont persistants, ne sont pas effacés par les mouvements physio-psychiques apparus à leur suite, plus récents et passant par les mêmes anses réflexes. Le passé devient alors actuel : le sujet revient pour ainsi dire à telle ou telle époque de son existence antérieure.

Cet état se rencontre aussi bien dans le sommeil naturel que dans l’hypnose et l’hystérie. Il arrive parfois que, pendant le sommeil, on rêve actuelles des situations passées souvent

depuis fort longtemps.

(1) Il faut remarquer que dans le rêve, la distinction entre sensations et pensées existe toujours, comme du reste le caractère de la pensée indiquée l'exige.

(2) De bons exemplès de mouvements réduits prenant le caractère de sensations, ce sont d'abord évidemment les mouvements réduits par l'ablation d'un membre; puis.les mouvements induits par une lésion des centres nerveux; ainsi une lésion de la moelle cervicale donne lieu dans toute l'étendue de la moelle, au-dessous d'ellé, à des mouvements induits, assez puissants pour supprimer, inhiber toute sensibilité du tronc et des membres inférieurs ; ét alors il y a hallucination de posi-

tions des membres inférieurs par exemple, J'en ai constaté un cas remarquable.

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