CHAPITRE IV
LOCOMOTION AVEC LES BRAS
L'homme est un bipède, sa conformation anatomique ne laisse aucun doute à ce sujet. Le membre inférieur est un organe adapté au soutien du poids du corps et à la locomotion', le membre supérieur est un organe de préhension construit pour l'amplitude et la délicatesse des mouvements. L'enfant n'est pas tout à fait ainsi, il n'a pas de courbure lombaire, il marche volontiers à quatre pattes, il rappelle dans ses allures la locomotion des animaux; il rampe mais ne saurait grimper. Si l'homme est bipède, peut-il devenir grimpeur et y a-t-il quelqu'utilité à cela?
Utilité du grimper. — Il est des circonstances dans la vie où la fuite n'est pas possible par la course ou parle saut. On est acculé à un mur, contre un arbre ; on se trouve dans une maison inondée ou incendiée, il n'y a d'autre salut que dans la direction verticale, il y a donc utilité à savoir grimper.
Tous sont naturellement aptes à grimper à l'aide des bras et des jambes et doivent s'y accoutumer de bonne heure. On peut aussi dans une certaine mesure s'habituer à grimper avec les bras seulement, mais ce genre de locomotion sera toujours pénible, difficile et de peu de durée.
Les bras sont trop faibles, l'épaule trop mobile; il faut une longue préparation et un entraînement constant pour donner aux masses musculaires de l'épaule une importance suffisante à cette nouvelle fonction. D'ailleurs la supériorité dans ce genre de locomotion reviendra toujours aux sujets disproportionnés, à bras courts et trapus, à jambes grêles et dont le poids du
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corps sera petit relativement à la force musculaire des bras1.
Ou en trouve la preuve dans l'abandon des exercices de grimper vers quaranLe ou cinquante ans. A cet âge il devient très pénible de se soulever à la force des bras et cependant la force musculaire n'a pas diminué, au contraire; mais la masse du corps a augmenté.
Fig. 479. — Type de grimpeur {Gorille).
On n'est habile grimpeur avec les mains que si l'on a une structure spéciale. Est-elle bonne, est-il nécessaire de se donner tant de mal pour l'acquérir ? il est facile de répondre à ces questions.
Conformation d'un grimpeur. — La conformation d'un parfait grimpeur est d'être courbé pour mieux étreindre, d'avoir les mains fortes et calleuses, les muscles pectoraux démesurément développés, les épaules rentrées, les fessiers et jambes
1. G. Demeny, Cours théoriques sur l'éducation physique, 1880-1886.
grêles. Toutes les masses musculaires fléchissantes doivent prendre chez lui une importance inusitée au détriment des extenseurs; ceci est justement contraire à la bonne attitude bipède.
Fig. 480. — Squelette de grimpeur [Gorille).
On voit les omoplates attirées par les pectoraux et l'absence de courbure lombaire, la marche bipède ne se faisant que par exception.
Le gorille ou l'orang avec lequel, je crois, aucun gymnaste grimpeur ne se risquerait à concourir ne sont pas plus faits pour marcher que l'homme pour grimper; cependant ils marchent debout et l'homme grimpe, mais c'est une interversion des rôles gênante pour tous deux et d'ailleurs exceptionnelle (fig. 479 et 480).
Le grimpeur et le bipède sont deux types opposés qui se
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contrarient ; il est bien difficile pour cela d'être à la fois l'un et l'autre. Le perfectionnement physique ne consiste pas à changer sa nature et son type originel ; nous n'avons pas de temps à perdre, c'est un pur gaspillage d'énergie et de temps que de chercher à devenir un grimpeur spécial.
La spécialisation a la locomotion par les mains est une aberration. — Presque toujours nous nous servons des bras pour nous défendre et des jambes pour nous transporter. S'il arrive une fois par hasard que les bras servent à la locomotion, nous pouvons toujours nous aider des pieds, jamais nous n'aurons à exécuter de ces tours élégants qui nécessitent des appareils spéciaux, des instruments de salon ou de cirque, bien polis et bien tournés. La nature n'est pas si élégante; elle nous offre comme outils de sauvetage une poutre, une perche, une corde ou un entablement de fenêtre. L'éducation physique basée sur la locomotion par les mains serait une aberration. S'il y a des gens assez simples pour croire à l'indispensable nécessité de ces pratiques et leur attribuer une vertu inusitée, d'autres, plus raisonnables comprendront la part qu'il faut faire à ces exercices artificiels dans une éducation sérieuse et verront dans leur difficulté même non pas une qualité mais simplement un manque d'adaptation de notre conformation anatomique.
Cependant, lorsqu'on sera développé normalement, quand on aura acquis la force voulue, que les muscles servant à rectifier la station droite seront assez vigoureux pour supporter l'antagonisme des muscles servant au grimper et pour empêcher toute déformation de se produire, alors on pourra, on devra même s'exercer aux différents sauvetages, on étendra ainsi ses moyens d'action ; il faut savoir grimper comme il faut savoir nager et sauter, cela ne fait aucun doute, le défaut est de le faire spécialement et exclusivement.
Les exercices de grimper ne peuvent constituer qu'une partie d'un système d'éducation physique, une des applications de la force à la locomotion.
Je me suis trouvé un jour en situation difficile; monté au haut d'une tour en construction et arrivé au faîte, la dernière échelle était trop courte, à peine pouvais-je, en m'allongeant, m'accrocher au plancher formant la plate-forme supérieure. Par
malheur, dans les efforts que je fis, l'échelle lornba et je me trouvai suspendu parles bras dans le vide. Entraîné aux exercices de sauvetage, je fus vite rétabli sur les coudes et de là en sûreté. Si j'avais dû attendre des secours, suspendu par les mains, j'étais perdu.
Jamais plus que ce jour je n'ai senti la nécessité de l'application au grimper et il me siérait mal de la critiquer ici ; je n'en ai du reste pas la moindre intention. Mais il ne faut pas établir de confusion entre les exercices utiles et les fantaisies acrobatiques.
J'ai vu des gymnastes élégants incapables de s'établir sur une poutre un peu grossière tandis qu'ils brillaient sur des engins artificiels.
Dans un voyage d'exploration et même en campagne, nous ne trouverons pas de recs ni de fines barres parallèles, mais des obstacles plus arides et des difficultés plus ardues auxquels il faut nous rompre pour être véritablement fort et perfectionné.
Il faut abandonner la croyance à la vertu exclusive des engins gymnastiques et ne pas s'imaginer qu'il n'y a qu'eux seuls pour susciter des efforts sérieux.
La locomotion par les bras est considérée à tort comme le summum de la gymnastique. En réalité il n'y a pas perfectionnement dans le sens physiologique mais adaptation nouvelle d'organes insuffisants à une nouvelle fonction.
Le perfectionnement physiologique c'est la santé, la résistance à la fatigue et la forme esthétique ; rien de tout cela n'est donné par les exercices de grimper.
Les effets des trapèzes, des barres fixes et parallèles ne sont pas plus intenses que les autres, ce sont d'autres effets, nous l'avons démontré plus haut. Les enfants ont des parties faibles, ce sont les muscles redresseurs du dos : les exercices de grimper ne font qu'augmenter encore la disproportion entre l'action des muscles du dos et les muscles fléchisseurs déjà trop forts.
Un acrobate marche sur les mains et mange avec le pied, cela étonne les badauds ; mais, quelle application sociale peuton en tirer?
Le travail des bras est moins considérable qu'il paraît être, vu la difficulté d'exécution et la fatigue nerveuse produite; la somme de travail dans 100 mètres de course ou dans l'ascen-
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sion d'une montagne est autre chose (v. p. 4o8). La fatigue est simplement due à la faiblesse des muscles auxquels on commande des efforts disproportionnés, l'énervementqui en résulte fait croire à une énergie extraordinaire, mais c'est une pure illusion. Pour produire un travail important, il faut, nous le verrons, effectuer des déplacements de la masse totale du corps et non pas seulement se balancer avec souplesse à des appareils de suspension. Habituellement les déplacements de la masse du corps sont obtenus au moyen des muscles des membres inférieurs, dans la gymnastique aux agrès on veut les obtenir au moyen des bras; voilà la différence, de là des difficultés qui paraissent extraordinaires et sont bien inutiles.
En résumé, il faut savoir se mouvoir avec les bras mais il faut en faire non pas une règle, mais une exception.
Nous allons analyser quelques-uns de ces exercices devenus classiques.
Station sur les mains. — Dans cette station anormale, le poids du corps est supporté totalement par les membres supérieurs, l'équilibre du système est dû à l'équilibre partiel de chacun des segments les uns sur les autres. En commençant par la partie supérieure, nous voyons que l'équilibre de la jambe sur la cuisse est dû à la contraction des extenseurs, les membres inférieurs étant accolés parallèlement par la puissance des adducteurs forment un système dont le centre de gravité passe en avant de la ligne des têtes fémorales. Leur poids a pour effet de produire l'extension forcée delà cuisse sur le bassin, extension que nous savons limitée par les ligaments antérieurs de la capsule fibreuse (ligaments de Berlin), et par les fléchisseurs (psoas-iliaque) (fig. 481).
Le poids des membres inférieurs a pour effet d'exagérer la courbure lombaire de la colonne vertébrale et la courbure cervicale, si la tête est fortement relevée parla contraction des extenseurs, pendant que la courbure dorsale est diminuée.
La limite à l'extension des vertèbres est l'imbrication et la rencontre des apophyses épineuses et articulaires surtout à la région dorsale, la résistance des disques intervertébraux et la tension des fléchisseurs de la cuisse et du rachis (psoas-iliaque, muscles abdominaux).
L'ensemble des membres inférieurs et du tronc est en équilibre sur la ligne des têtes liumérales; le bras étant dans la position d'élévation avec bascule de l'omoplate, celle-ci doit être
maintenue fortement par les trapèzes, angulaires, rhomboïdes qui supportent directement le poids du tronc et s'opposent à son abaissement ainsi que par le grand dentelé qui, maintenant l'obliquité de l'omoplate, permet à celle-ci de présenter vers le bas la surface articulaire de la cavité glénoïde qui sert de base de sustentation.
L'équilibre du système tronc et membres inférieurs se rapproche de la stabilité si son centre de gravité se projette
Fig. 481. — Station sur les mains. sur la ligne des épaules; mais
les deltoïdes et pectoraux luttent constamment pour le rétablir et font l'office des fessiers et pso as-iliaques pendant la station droite. Au début du mouvement, les deltoïdes sont seuls chargés de l'extension du tronc sur le bras, c'est-à-dire de l'élévation du tronc, mais ensuite le corps tend à être entraîné du côté du centre de gravité, l'effort des adducteurs du bras (pectoraux, dorsaux) est alors nécessaire (fig. 482). p.g 4g2 Élévalion du corps sur Dans tous les cas l'avant-bras ies bras, poussée énergique des étant légèrement fléchi sur bras au début du mouvement, le bras, l'effort des extenseurs
(triceps brachial) est considérable. Ceux-ci agissent sur l'extrémité d'un levier du premier genre représenté par l'avant-bras, dont le point d'appui est le coude, la résistance le poids du tronc et des membres inférieurs se transmettant à la main par la
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réaction du sol comme pour la station sur la pointe des pieds.
L'effort des triceps nécessaire à maintenir l'avant-bras en équilibre sur le bras sous un angle donné, dépend nous l'avons vu de cet angle et de l'inclinaison de l'avant-bras.
Les muscles moteurs de la main et des doigts agissent avec efficacité pour maintenir la stabilité alors que l'équilibre a été obtenu.
Cet équilibre ne peut exister que si le centre de gravité de tout le système se projette sur la base de sustentation formée par la surface comprise entre les deux bords externes des mains.
Ses inconvénients. — Les inconvénients inhérents à l'attitude précédente sont manifestes : courbure exagérée de la colonne, tension de la partie inférieure de la capsule articulaire de l'articulation de l'épaule, effort considérable des élévateurs des bras, inversion totale de toutes les actions musculaires naturelles et de l'action de la pesanteur, épaule remplissant l'office de bassin, chute des viscères abdominaux sur le diaphragme ; afflux du sang dans la cavité crânienne et obstacle apporté à son cours par la compression des veines du cou : enfin, difficulté de l'équilibre pouvant amener des chutes graves sur les côtes, tout concourt à démontrer que cet exercice est antiphysiologique.
Il revient au point de vue musculaire et pour les membres supérieurs à l'élévation d'un poids qui aurait pour intensité le poids même du corps, les jambes restant inactives.
La station sur une main serait encore plus défectueuse par son manque de symétrie et sa difficulté (fig. 125).
Ces stations anormales ne peuvent du reste être maintenues que pendant un temps relativement court.
Suspension fléchie. — La suspension les bras allongés a une action considérable sur la dilatation thoracique, nous en avons parlé précédemment (page 165).
Dans la suspension fléchie, l'avant-bras est fléchi sur le bras, celui-ci est en adduction plus ou moins forte; le poids du corps appliqué au centre de gravité est la résistance à vaincre, elle a pour effet de tendre à produire la suspension allongée, c'est-à-
Demeny. — Méc. et éduc. 25
dire l'extension de l'avant-bras sur le bras et l'abduction verticale du bras. Ces extensions sont empêchées par les muscles spéciaux de la flexion de l'avant-bras, biceps brachial, brachial antérieur, long supinateur qui fait une forte saillie sous la peau en dedans de l'angle du coude, et par les adducteurs du bras, grand dorsal, grand pectoral, grand rond, etc.
La condition générale d'équilibre est que le centre de gravité du système soit sur une A'erticale passant par la ligne de sustentation définie par les mains; aussi, dans la suspension, fléchie à une barre, où le tronc élevé se trouve placé totalement en arrière du point d'appui, les jambes sont généralement portées en avant, les cuisses fléchies sur le bassin par la contraction des fléchisseurs et des muscles abdominaux.
L'équilibre est stable mécaniquement, mais physiologiquement très instable, car la contraction musculaire est intense d'autant plus que les segments du bras se rapprochent de la rectitude.
Si, dans la suspension fléchie, on n'a pas soin de conserver aux coudes l'écartement des épaules, si au contraire, on les porte en dedans et en avant, serrés contre le thorax en donnant aux pectoraux la prédominance d'action dans l'adduction du bras, la longueur de la fibre des pectoraux finit par diminuer à la suite d'une longue pratique, leur tonicité augmente, aussi, même dans le repos musculaire, les têtes numérales sont attirées en avant vers la ligne médiane, elles entraînent la clavicule et l'omoplate, ce qui a pour résultat final d'arrondir le dos transversalement et de déprimer la poitrine (Voy. Bases scientifiques de V Éducation physique).
Ces inconvénients n'existent pas si l'on a soin de contrebalancer et même de vaincre l'action des pectoraux en attirant l'épaule en arrière par la contraction énergique des muscles dorsaux et synergiquement celle du trapèze. On arrivera sûrement à ce résultat en maintenant toujours aux coudes un écartement au moins égal à celui des épaules (fig. 483).
La facilité avec laquelle cette attitude sera prise et conservée dépend du rapport entre les distances d'insertion des muscles et la longueur des segments osseux, ainsi que de l' exiguïté relative de la résistance, c'est-à-dire du poids du corps. Cette facilité sera donc grande chez des sujets qui auront l'insertion
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des dorsaux et pectoraux fort basse, les muscles puissants et dont le poids du corps ne dépassera pas 60 kilogrammes en
Fig 483. — Suspension fléchie à deux barres parallèles.
moyenne, les membres inférieurs étant peu développés. Ces conditions se rencontrent surtout chez les hommes de petite taille aux membres supérieurs courts et trapus (fig. 484).
Fig. 484, — Suspension fléchie à une barre les mains écartées.
Dans la suspension fléchie par un seul bras l'effort musculaire est le double du précédent, il est donc excessif, asymétrique, le corps est incliné de façon à ce que le centre de gravité du système soit sur la verticale passant par la main qui sert de crochet de suspension (fig. 485).
La suspension fléchie est plus difficile à maintenir les mains en pronation que les mains en supination; cela tient à ce que le biceps brachial dont le tendon s'enroule autour du radius est un pronateur avant d'être un fléchisseur de Tavant-bras. Si la main est fixée en pronation , l'action pronatrice est empê-
Fig. 485. — Suspension fléchie par un seul bras et suspension fléchie à une seule barre pour progresser le corps restant droit.
chée, l'action fléchissante est donc indirecte, et la flexion est accompagnée d'une torsion de l'avant-bras.
Suspension renversée. — On peut, soit en se suspendant par les mains, soit en s'accrochantpar les pieds, maintenir le corps verticalement la tête dirigée vers le sol. Dans la suspension renversée par les mains le corps est en équilibre autour de l'axe des épaules, l'équilibre est instable et n'est maintenu que grâce au concours des muscles abducteurs et adducteurs du bras ainsi que les fixateurs de l'omoplate. Dans la suspension renversée fléchie, le bras vient en abduction grâce à l'effort des deltoïdes ; dans tous les cas le tronc est suspendu aux omoplates et clavicules par l'intermédiaire des trapèzes, angulaires, rhomboïdes, etc., le moignon de l'épaule est abaissé, entraînant la clavicule qui peut ainsi comprimer les vaisseaux. L'effet sur l'épaule est analogue à celui produit dans la station verticale par deux poids tenus dans les mains et qui auraient chacun pour intensité la moitié du poids du corps (fig. 486).
La suspension par les pieds est un équilibre stable qui nenécessite que l'effort des fléchisseurs du pied faisant alors l'office de crochet.
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Mais clans ces suspensions, les muscles se contractent involontairement afin de rapprocher les surfaces articulaires qui tendent à se séparer.
Fig. 486. — Suspensions renversées par les mains et par les pieds.
Ces attitudes sont antiphysiologiques, les viscères tombent sur le diaphragme, le sang abandonne les membres inférieurs pour affluer à la tête et produire une congeslion intense.
Ces attitudes peuvent avoir les plus grands inconvénients suivant les dispositions du sujet, elles doivent être pratiquées avec la plus douce progression, car il y a toujours effort.
Suspension par les pieds et par les mains. — Si l'on s'accroche parles extrémités des membres à deux barres parallèles, l'atti-
Fig. 487. — Suspension par les pieds et les mains et appui sur les pieds
et les mains.
tude qui en résulte, appelée Sirène par les praticiens, offre les particularités suivantes :
L'effort musculaire n'est nécessaire qu'aux extrémités, le tronc est suspendu par les membres comme un hamac par ses
cordons. S'il y a des contractions musculaires elles sont toutes fléchissantes, l'extension apparente de la colonne vertébrale est passive (fig. 487).
Les viscères abdominaux sont attirés en bas et reposent sur la paroi abdominale antérieure fortement distendue.
Les inconvénients principaux de cette suspension sont donc d'exagérer la courbure lombaire et de faire supporter à la ligne blanche une distension qui peut dépasser ses limites de résistance.
Appui flécht. — Nous avons fait un parallèle de la suspension et de l'appui en même temps qu'une analyse de l'appui (voir p. 165).
Si étant à l'appui tendu, on diminue progressivement la contraction musculaire, on passe à l'appui fléchi. Le poids du corps produit l'abduction des bras en arrière et la flexion de l'avantbras sur le bras.
L'abduction du bras est contrebalancée par l'effort des adducteurs, principalement par l'action des faisceaux inférieurs des pectoraux (fig. 488), l'équilibre du bras sur l'avant-bras est produit par la contraction des extenseurs, contraction d'autant plus énergique que l'angle des segments est plus grand.
L'équilibre total est stable car le centre de gravité du corps esten dessous des pointsd'appui ; au minimum d'abaissement, la contraction musculaire n'est pas bien utile, car les bras restant parallèles, leur abduction est limitée en arrièrepar la rencontre
Fig. 488
Appui fléchi sur deux barres parallèles.
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de la tête humérale avec l'acromion et en avant avec l'apophyse coracoïde; l'omoplate tend à être arrachée du thorax, et n'est retenue que parla tonicité et la contraction des muscles qui la relient au thorax (fig. 489).
Le système solide tronc et bras est ainsi en équilibre sur la ligne des coudes, l'avant-bras étant maintenu immobile sur la main et presque vertical. Le centre de gravité du corps passe par la ligne d'appui des mains sur les barres.
Fig. 489. — Appui tendu et appui fléchi sur les pieds et les mains.
Les inconvénients mécaniques de cette station sont les mêmes, l'intensité en moins, que ceux du renversement aux anneaux sur lequel nous reviendrons.
L'abduction forcée en arrière disloque l'articulation scapulohumérale et fait subir aux ligaments une tension exagérée. Le pectoral ayant son insertion humérale fortement rejetée en arrière, ses fibres fortement distendues, suspendainsi le thorax à la manière d'une sangle qui passerait sur le sternum. Il en résulte la dépression des côtes et une gêne marquée dans les mouvements respiratoires.
Cette compression donne lieu après le mouvement à un gonflement des pectoraux qui fait croire à l'effet de cette station sur l'ampliation du thorax. C'est en réalité tout le contraire qui a lieu, car les muscles du dos sont relâchés.
Passer de la suspension allongée a la suspension fléchie. — La résistance est le poids du corps; la puissance, l'action des fléchisseurs de l'avant-bras et celle des adducteurs du bras.
L'effort musculaire est d'abord considérable quand les segments des membres sont presque dans le prolongement l'un de
Fig. 490. — Suspension allongée et suspension fléchie aux anneaux, attitude défectueuse des bras attirés contre la poitrine par les muscles pectoraux.
l'autre, car les muscles sont dans la situation la plus défavorable à leur action, étant presque parallèles aux segments à mouvoir (fig. 490).
Puis, l'effort va en diminuant et devient minimum lors du maximum de flexion et d'adduction du bras.
L'effort est d'autant plus intense que le poids du corps, surtout celui de parties inaclives comme les viscères abdominaux et les jambes, est plus 'grand. Aussi cet exercice est difficilement exécuté par la plupart des adultes non exercés.
Il est presque toujours accompagné d'une flexion des jambes
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sur le tronc et d'une contraction des muscles abdominaux. La première a pour but de conserver au centre de gravité sa position première au-dessous de la base d'appui lorsque le tronc ou la tête sont rejetés en arrière ; la seconde s'oppose à l'extension de la colonne que le grand dorsal, vu ses insertions pelviennes, produit en même temps que l'abaissement du bras.
La condition d'élévation verticale directe, sans balancement, est que le centre de gravité du corps soit toujours situé verticalement au-dessous de là base de suspension.
L'effet de ce mouvement est mauvais sur la dilatation thoracique, à moins que l'adduction du bras soit confiée à l'action prédominante des dorsaux qui attirent l'humérus, en arrière. Gela aura lieu si l'on prend bien soin d'abaisser les coudes latéralement en leur conservant une distance maximum.
L'action prédominante des pectoraux aurait au contraire pour effet de rapprocher les coudes de la ligne médiane, de resserrer les épaules, par suite d'arrondir le dos, décomprimer les côtes et de gêner la respiration.
Ce fait est de la plus haute importance, c'est un axiome en gymnastique : l'action des dorsaux, aidés des trapèzes et rhomboïdes doit être constamment opposée, et constamment victorieuse de celle des pectoraux.
Comme conséquence, la valeur relative des appareils est toute naturelle ; la préférence sera donnée à celui qui s'oppose au rapprochement des coudes et leur permet d'être rejetés en arrière.
Les barres parallèles hautes, l'échelle horizontale, offrant au corps deux points d'appuis latéraux à écartement fixe, remplissent évidemment tout le desideratum, tandis que la barre fixe est un obstacle que le corps rencontre en avant, ce qui nuit à l'abduction des coudes en arrière et que les anneaux offrent une base d'appui variable et oscillante.
Les nombreux mouvements que l'on exécute à la suspension, quelque variés qu'ils soient pour l'œil, reviennent en définitive au mouvement précédent exécuté plus ou moins vivement, dans un temps plus ou moins long, avec ou sans élan.
Les flexions et extensions de la jambe, l'abduction du membre inférieur étendu, sa circumduction, devront être exécutés très souvent à la suspension. Ils auront le double effet et d'exercer
très fortement les muscles abdominaux et d'exagérer l'effort des dorsaux qui s'opposent à leur action en étendant la colonne vertébrale.
Fig. 491. — Suspension renversée aux anneaux (2» temps).
Renversement aux anneaux. — Un mouvement est digne de nous arrêter un instant, non pas pour ses qualités physiologiques, bien au contraire, mais en raison de l'importance qu'il a pris dans la leçon de gymnastique et des préjugés dont il est l'objet; c'est le renversement aux anneaux.
Dans ce mouvement, les bras restant à peu près fixes, le tronc pivote autour de l'axe des épaules. Le mouvement relatif du bras et du tronc est donc une' véritable circumduction dans laquelle les points fixes des puissances ont été intervertis.
Analyse. — 3 temps :
1er Temps. Commandement vulgaire : Tirez sur les bras.
On passe de la suspension allongée à la suspension fléchie les mains en demi-supination. Le mécanisme de ce temps a été exposé plus haut (fig. 490).
2e Temps. Se grouper en portant les genoux à la poitrine. La flexion des cuisses s'accentue ainsi que la flexion de la colonne vertébrale; la flexion de la jambe sur la cuisse a lieu le pied étendu sur la jambe et les segments du bras demeurant dans la même situation relative.
Ce mouvement est difficile car la contraction énergique des dorsaux est tout à fait contraire à la flexion de la colonne vertébrale (fig. 491).
3e Temps. Se renverser en arrière.
Par une contraction des extenseurs de la tête le centre de gravité se rapproche de l'axe des épaules; par la contraction des pectoraux et autres adducteurs le tronc vient en adduction sur le bras; l'angle de ces deux segments va ainsi en diminuant, puis le bras s'allonge grâce au relâchement de ses fléchisseurs; l'adduction du tronc continuant toujours, il arrive
LOCOMOTION AVEC LES BRAS
un moment où le centre de gravité vient à passer dans le plan vertical contenant l'axe des épaules et au-dessus de cet axe. A ce moment le tronc est en équilibre instable; le plus faible effort musculaire ayant pour effet de continuer l'adduction, suffit pour faire passer le centre de gravité en arrière du plan
derrière. On voit Tabduction exagérée des bras obligés de conserver leur parallélisme.
vertical où l'équilibre avait lieu et le mouvement continue de lui-même, sous l'action de la pesanteur.
L'angle de l'axe du tronc avec celui du bras diminue toujours; il devient nul, alors l'abduction du bras commence en arrière et ne s'arrête que par l'obstacle qu'oppose à la direction du mouvement la structure de i'articulation (fig. 492).
En effet, le mouvement précédent n'est autre que la circumduction du bras d'avant en arrière, le bras étant d'abord verticalement placé.
Nous avons vu que l'abduction ne peut avoir lieu en arrière au delà de 40° dans le plan antéro-postérieur, que la rencontre
de l'acromion avec la tête de l'humérus force celui-ci à se mouvoir dans le plan transversal (fig. 493;.
Dans le mouvement d'anneaux, au contraire, les bras sont obligés de conserver leur parallélisme (fig. 494); l'abduction doit donc s'effectuer dans le plan antéro-postérieur et tout le
Fig. 493. — Abduction normale du Fig. 494. — Suspension renversée bras en arrière par le seul effort aux anneaux montrant l'abducmusculaire. tion passive des bras en arrière
exagérée par le poids du corps.
poids du corps a pour effet d'exagérer cette abduction limitée seulement par la résistance des ligaments, des muscles et des apophyses osseuses.
Aussi la tension de ces organes est-elle exagérée ainsi que la torsion de la capsule fibreuse et celle des tendons des muscles qui s'y rattachent.
L'omoplate tend à être arrachée du thorax, son angle inférieur fait saillie sous la peau et l'écart d'abduction du bras devient égal et même supérieur à 90°, c'est-à-dire dépasse de plus de 50° la position limite normale (fig. 494).
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Gomme il arrive souvent aux enfants manquant de force d'exécuter le troisième temps du renversement au moyen d'un élan et de ne pas s'opposer àla rotation trop accélérée du tronc par la contraction antagoniste des adducteurs, il se produit un choc violent accompagné de douleur persistante qui peut avoir des inconvénients graves sur la conformation de l'épaule chez les enfants dont l'ossification est loin d'être complète.
Le choc peut être assez violent pour que l'élève lâche prise et tombe la face contre terre ; s'il reste suspendu il offre une attitude satisfaisant aussi peu que possible aux exigences de l'esthétique.
Nous ne parlons ni des renversements qui se font à bras et jambes allongées et qui ne nécessitent qu'une force musculaire plus considérable, ni de la circumduction complète du bras à la suspension (dislocation) ni du mouvement de retour à la suspension simple, ces mouvements sont faciles à analyser et ne présentent pas d'intérêt physiologique.
Le renversement aux anneaux contient en réalité 3 grands défauts : action prédominante des pectoraux, compression de la poitrine, suspension renversée accompagnée d'effort, cause de congestion encéphalique, abduction forcée du bras en arrière et fatigue de l'articulation de l'épaule.
C'est un exercice détestable et nous ne croyons pas que l'attrait et la vogue dont il est l'objet puissent contrebalancer ses défauts physiologiques et annuler ses inconvénients sérieux.
Planches en avant et en arrière. — On peut classer dans la même catégorie les mouvements appelés planches ou l'attitude horizontale du corps en prenant point d'appui avec les mains sur un obstacle fixe.
Étant en suspension à une barre transversale, si l'on contracte énergiquement les adducteurs du bras en conservant l'avant-bras dans l'extension, l'effort des muscles prenant alors leurs points fixes sur le bras a pour effet de soulever le corps en le faisant pivoter autour des épaules et d'amener son axe à la situation horizontale. Cette attitude s'appelle la planche en avant; la face est tournée vers la partie supérieure (fig. 495).
Les muscles abdominaux, fléchisseurs de la cuisse, extenseurs de la jambe maintiennent la colonne et les segments du membre
inférieur dans la rectitude, s'opposant ainsi à la pesanteur qui produirait l'extension de la colonne vertébrale, de la cuisse et la fl exion des jambes. Les fléchisseurs de la tête agissent aussi synergiquement avec une grande intensité pour fixer le sternum.
Quand l'équilibre a lieu, le centre de gravité est verticalement placé au-dessous de la barre, il est stable mais ne peut
Fig. 495. — Planches en avant et en arrière à la suspension.
être maintenu qu'un temps très petit vu l'effort qu'il nécessite.
La planche en arrière (fig. 495) est la position horizontale analogue du corps, la tête tournée vers le sol.
Les bras conservant leur parallélisme, l'abduction en arrière est limitée par la rencontre de l'acromion avec la tête humé-
Fig. 4%. — Planche latérale à un poteau.
raie. Cet obstacle soulage beaucoup la contraction musculaire nécessaire aux extenseurs de la tête, de la' colonne vertébrale et du membre inférieur; la pesanteur produit sur les segments osseux une action opposée à celle qu'elle suscitait dans la planche en avant.
La planche latérale à un poteau vertical vers lequel on s'attire avec le bras supérieur et contre lequel on s'arc-boute avec le bras inférieur en extension met surtout en jeu les extenseurs de la colonne vertébrale du côté supérieur, les abducteurs de
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la jambe supérieure et les adducteurs de la jambe inférieure (fig. 496).
Mouvements d'élan en suspension. — Les mouvements d'élan que l'on peut imprimer au corps en suspension, sont des mouvements d'élévation verticale au moyen d'une traction vive ou de l'élévation brusque des genoux, des balancements d'avant en arrière ou latéraux dus au déplacement du centre de gravité par l'abduction des jambes, soit des combinaisons de chacun de ces mouvements. Le corps oscille toujours comme un pendule autour de la barre de suspension ou comme une succession de pendules mis bout à bout.
Au-dessous de 180° ces oscillations peuvent avoir pour effet d'augmenter la tension des muscles et des ligaments, de procurer à la colonne et aux viscères abdominaux des mouvements salutaires, mais au delà de 180° elles rentrent dans la classe des tourniquets, produisent la congestion ou l'anémie cérébrale suivant que la tête est dirigée vers la circonférence ou vers l'axe de rotation.
Inutile d'ajouter que leur rôle est alors antiphysiologique1: