MOUVEMENTS A L'APPUI
Passer de l'appui fléchi a l'appui tendu. — La résistance à vaincre est le poids du corps.
La puissance musculaire a pour effet l'élévation verticale du centre de gravité par l'adduction du bras préalablement en abduction postérieure, sous l'action prédominante des pectoraux et par l'extension du bras sur l'avant-bras.
L'avant-bras représente ici un levier du premier genre ayant son point d'appui au coude. L'effort des extenseurs est donc défavorablement utilisé.
On voit encore la contraction des dorsaux produire dans ce
1. Dans les balancements on peut étudier la pression des mains sur l'appareil comme nous l'avons fait pour les pieds dans la locomotion; il suffirait d'avoir des explorateurs sous forme de gants à réservoir d'air communiquant avec les appareils enregistreurs. La manière de prendre de l'élan en suspension se rapproche de la théorie de l'escarpolette. (V. p. 439.)
mouvement l'extension de la colonne vertébrale avec extension synergique de la cuisse.
Dans les mouvements à l'appui, la condition de l'équilibre est que le centre de gravité du corps soit sur la verticale passant par l'axe des mains.
Si l'on étend une jambe horizontalement en avant, le centre de gravité de tout le système sera déplacé du même côté. Il faudra donc pour le ramener à sa première position, pour maintenir l'équilibre, rejeter le tronc et la tête un peu en arrière et faire un effort d'abduction des poignets (fig. 488).
Planche horizontale a l'appui. — On peut, en se penchant en avant, amener le corps à l'horizontale; l'effort des abduc-
Fig. 497. — Equilibre sur deux mains ou une seule main le corps étendu horizontalement, dit planche horizontale à l'appui.
teurs (portions antérieure des deltoïdes et supérieure des pectoraux) lutte contre l'adduction des bras produite par la pesanteur et maintient le bras et l'axe du tronc sous un angle constant pendant que le tronc et les membres inférieurs sont maintenus en extension, comme dans la planche en arrière, par les extenseurs de la colonne, de la tête et des cuisses (Hg. 497).
Tous les muscles qui agissent sur le carpe, les métacarpiens et les doigts entrent dans une violente contraction ayant pour effet de solidifier l'extrémité du membre supérieur qui sert de point d'appui.
Cette contraction est douloureuse.
Balancements a l'appui. — On peut aussi à l'appui tendu imprimer au corps un mouvement de balancement d'avant en arrière par la contraction alternative des adducteurs et abducteurs du bras, ainsi que par celle des fléchisseurs de la cuisse.
Dans la demi-oscillation en avant, le corps est arrêté dans
LOCOMOTION AVEC LES BRAS
son abduction sur le bras, mais les jambes entraînées se fléchissent fortement sur le tronc. Dans la demi-oscillation en arrière au contraire, les jambes s'étendent et le corps tout entier pivote autour de l'axe des épaules décrivant ainsi un arc de cercle qui peut aller jusqu'à 180° (fig. 493 et 499).
Cette demi-oscillation est plus lente que la première, le bras reste sensiblement vertical.
Fig. 498. —Un balancement complet Fig. 499. — Balancement du corps à l'appui tendu sur les barres en arrière à l'appui tendu,
parallèles.
Le balancement à l'appui fléchi peut avoir lieu autour de l'axe des épaules et de celui des coudes (fig. 500).
L'oscillation en arrière est encore ici plus étendue qu'en avant à cause de la difficulté d'abduction du bras en arrière, et à chaque oscillation le bras s'étend un peu en soulevant ainsi tout le corps. On peut combiner les deux espèces de balancements en étendant les bras à la fin de l'oscillation en avant et en les fléchissant à la fin de l'oscillation en arrière ou inversement.
Tous ces mouvements fort violents agissent surtout sur les ligaments articulaires; ils ne nécessitent qu'une contraction musculaire subite et discontinue qui, par l'habitude, est faible si on la sait employer aux momenls convenables.
Ils ont l'inconvénient de disloquer les articulations des cartilages des côtes avec le slernum, ainsi que l'articulation de l'épaule et d'agir par compression sur le cœur et les vaisseaux.
Desiexy. — Méc. et ('duc. 26
Passer de la suspension a l'appui. — Le passage de la suspension à l'appui tendu est ce que l'on appelle le rétablissement; il peut se faire sur divers obstacles et de différentes manières.
Nous examinerons :
1° Le rétablissement direct;
2° Le rétablissement par renversement;
3° Le rétablissement par élan.
Rétablissement direct sur les poignets. — Si, étant en suspension allongée à une barre, on passe à la suspension fléchie par
Fig. 500. — Balancements du corps à l'appui sur les barres parallèles.
1, départ; — 2, descente du corps avec flexion des bras; — 3, remoulée des jambes avec extension des bras ; — 4, chute.
un effort progressif des adducteurs du bras et des fléchisseurs de l'avant-bras, on élèvera le centre de gravité du corps verticalement jusqu'à la rencontre de la barre transversale avec le thorax, environ à la hauteur du mamelon. En fléchissant fortement la région cervicale de façon à amener la tôle en avant, en fléchissant aussi les membres inférieurs sur le bassin, on amènera le centre de gravité du corps le plus près possible de la barre de suspension, on pourra alors par un effort vigoureux d'abduction du bras en arrière, exécuté simultanément avec l'extension de l'avant-bras sur le bras et sur la main, élever les coudes, subslituer la sustension ou l'appui fléchi à la sus-
LOCOMOTION AVEC LES BRAS
pension fléchie et ensuite par l'extension des bras passer à l'appui tendu (fig. 501).
Ce mouvement est plus difficile à exécuter à une barre transversale qu'à des appareils comme les anneaux qui offrent deux points d'appui latéraux et symétriques. La raison en est que le corps restant toujours en arrière de la barre, son centre de gravité est amené de ce côté, le tronc tend à basculer autour
Fig. 501. — Rétablissements à une barre.
I, par effort simultané des bras ; — 2, alternativement sur les poignets; — 3, au moyen
de la jambe.
de la barre pour ramener ce centre de gravité verticalement audessous, condition d'équilibre; aussi, pour s'opposer à ce mouvement, il est nécessaire d'exécuter une forte flexion de la tête, de la colonne vertébrale et des extrémités inférieures.
Ce mouvement, qui exige un effort violent, ne donne aucun résultat au point de vue du développement thoracique, par suite ne doit être considéré que comme application pratique dans un cas de sauvetage.
Dans l'appui tendu sur une barre transversale, le corps a une direction oblique par rapport à la verticale, l'abdomen est en contact avec la barre d'appui.
On peut se rétablir alternativement sur les poignets en faisant passer l'un des bras de la suspension à l'appui pendant que l'autre soutient en partie le poids du corps (fig. 502).
Ce mouvement est plus facile à exécuter et à analyser.
Rétablissement par renversement. — Élant à la suspension à une barre horizontale, on peut se rétablir à l'appui en exécutant autour de cette barre une sorte de révolution que l'on appelle renversement.
Pour cela, on fléchit fortement les membres inférieurs sur le tronc, on amène ainsi les extrémités presqu'en contact avec la barre. On fait une forte traction sur les bras, le tronc et les membres inférieurs restant fléchis. Tout le tronc s'élève verticalement parallèlement à lui-même, les jambes glissent perpen-
Fig. 502. — Rétablissement à la planche par la force des bras.
diculairement à la barre jusqu'à ce que le corps vienne en contact avec elle.
Il arrive un instant où, la flexion des jambes continuant, celles-ci passent en arrière du plan vertical contenant la barre. Leur déplacement amène le centre de gravité de leur côté et si, à ce moment, on fait effort maximum des bras pour élever le tronc contre son point d'appui, tout le système basculera, entraîné dans le sens de la flexion des jambes.
Par une extension énergique du tronc faite à un moment convenable, on se trouvera en équilibre instable, appuyé sur le ventre, le centre de gravité du corps au-dessus de la barre, un effort des bras achèvera de vous mettre à l'appui.
Si ces mouvements font exercer fortement les muscles abdominaux, ils ont l'inconvénient de congestionner violemment et de froisser les viscères en contact avec la barre.
Rétablissement par élan. —
Si, suspendu à une barre, on
LOCOMOTION AVEC LES BRAS
Lj 1
prend un balancement d'arrière en avant ou bien si, placé un peu en avant de cette barre, on saute à la suspension les bras allongés et presque horizontalement placés, les jambes étendues, les cuisses fléchies sur le tronc environ à 45°, le centre de gravité étant situé en arrière de la barre, le corps se met à osciller d'arrière en avant si l'on a soin d'éviter la contraction musculaire, c'est-à-dire de conserver aux articulations de la hanche et de l'épaule, toute leur souplesse (fig. 503). L'oscillation est analogue à celle d'un pendule, composé de trois segments articulés : bras, tronc et jambes. Ces trois segments, d'abord en flexion, s'étendent l'un sur l'autre, et, quand le corps vient à passer verticalement sous la barre, l'extension des jambes due à leur oscillation d'avant en arrière continue à se produire comme si elles oscillaient seules autour de la hanche, tandis que le tronc oscille en avant. Ce dernier dépasse sa position d'équilibre qui est le plan vertical passant par la barre, l'abdomen fait saillie en avant, l'oscillation du tronc se faisant en sens inverse de celle de la jambe.
L'extension de ces deux segments est à son maximum ; l'exagération de
la courbure qui en résulte a fait donner vulgairement à ce mouvement le nom de « temps de rein », dénomination qui n'a de sens que par convention.
Alors (3e temps), le centre de gravité du tronc ayant dépassé la verticale qui passe par l'axe de suspension, le tronc se met à osciller d'avant en arrière, les jambes prennent un mouvement en sens inverse. On exagère cette flexion des jambes par la contraction des muscles abdominaux, en môme temps on effectue une adduction très énergique des bras tendus parla contraction des dorsaux et pectoraux ; vu le point d'appui des mains sur la barre, celte adduction a pour effet de fléchir le tronc sur le bras comme dans la planche en avant. Ces trois mouvements
Fig. 503. — Positions successives du corps dans un rétablissement par élan à une barre.
i, départ ; — 2, temps de reia ; — 3, rétablissement.
simultanés : oscillation du tronc d'avant en arrière, oscillation des jambes d'arrière en avant, élévation du tronc au moyen de l'adduction des bras, ont tous pour effet l'élévation du centre de gravité; ils sont amplifiés considérablement par l'élasticité des ligaments et des muscles distendus au moment où les segments du corps s'étendent en passant sous la barre. La tension de ces muscles devient très forte au moment où le corps oscille en avant ; il faut faire alors peu d'effort pour provoquer une oscillation inverse dont la vitesse est suffisante pour élever le centre de gravité suivant un chemin sinueux. C'est encore le rôle des muscles antagonistes que nous retrouvons ici.
Par une rotation de 180° de l'épaule autour des mains en entraînant tout le poids du corps, celui-ci passe subitement de la suspension tendue à l'appui tendu ; il vient au contact de la barre pendant que les jambes s'étendent ; il peut se maintenir à l'appui, son axe suffisamment incliné sur l'horizon pour que le centre de gravité situé pendant l'extension sensiblement dans le corps de la 5e vertèbre lombaire vienne se projeter au-dessus de la barre (fig. 803) .
On peut s'établir sur une planche au moyen du pied ; on se figure suffisamment le mouvement pour qu'il soit superflu de le décrire.
Progressions à la suspension.
Les progressions à la suspension sont à distinguer suivant le mode de suspension à une barre ou deux barres parallèles, suivant que la suspension est allongée ou fléchie, alternative ou simultanée et suivant que la direction de la progression est horizontale, oblique ou verticale.
Suspension allongée en progression sur une barre horizontale. — On peut progresser latéralement le long d'une barre horizontale en suspension par les mains, les bras allongés.
A cet effet, les bras étant parallèles, si l'on s'attire vers la barre latéralement par une légère traction du bras droit, le corps se mettra à osciller à droite, autour de la main gauche comme point de suspension. Cette traction cessant subitement,
LOCOMOTION AVEC LES BRAS
l'oscillation se fera à gauche et, dès que le bras droit sera tendu le centre de mouvement passera dans la main droite, la pression de la main gauche sur la barre diminuera jusqu'à devenir nulle, celle-ci pourra se soulever et se déplacer dans le sens de la progression c'est-à-dire dans le cas présent de la gauche vers la droite. L'oscillation du corps ayant lieu ensuite dans cette direction, le bras gauche se tend, la main correspondante sert de centre d'oscillation tandis que la main droite supportant une partie de plus en plus faible du poids du corps peut devenir
Fig. 504. — Progression par balancements à une barre horizontale.
libre, se déplacer à droite en avant de la progression et ainsi de suite (fig. 504).
Le rythme dépend de la taille du sujet assimilé à un pendule; les oscillations sont d'autant plus lentes qu'il est plus long.
La progression à bras fléchis à une barre est différente de la première, les oscillations du corps diminuent avec le déplacement des mains; la contraction musculaire très énergique rend le mouvement pénible et de courte durée, même si l'on a soin de ne contracter que les muscles des membres supérieurs, seuls nécessaires au mouvement et surtout d'éviter V effort. Ce mouvement est aussi mauvais pour la dilatation thoracique que le premier est favorable.
La progression à une seule barre, l'axe des épaules perpendiculaire à cette barre et les mains symétriquement placées permet un écart plus grand des mains ; la môme progression en suspension fléchie est la plus déLeslable et la plus pénible des progressions à la suspension, à moins toutefois de placer les mains transversalement comme les Suédois et d'obliger l'extension de la tète (fig. 485).
Progression simultanée. — La progression simultanée est celle où, étant en suspension allongée, on attire vivement et simultanément le tronc verticalement vers la barre,. au moyen de la flexion des avant-bras et de l'adduction des bras. Le corps prend une vitesse verticale de bas en haut, la pression des mains sur la barre diminue; au maximum d'élévation, cette pression s'annule et le corps est en suspension. On profite de ce moment pour déplacer les deux mains latéralement du même côté de la même quantité et changer ainsi le point desuspension; au moment de l'appui des mains, une nouvelle traction sur les bras a lieu suivie d'un appui plus éloigné, le corps progresse donc latéralement d'une façon saccadée et rythmée. Cette progression est analogue à une série de sauts de côté et successifs ; le mouvement des bras peut être ici remplacé par une élévation verticale des genoux au moment de la traction des bras; cette élévation augmente la vitesse verticale du corps et ajoute son effet à la traction des bras. Les sujets peu rompus à ces exercices de suspension et d'ailleurs peu développés, usent instinctivement de ces moyens qui subviennent à leur force musculaire. Ils s'agitent alors de la façon la moins élégante, font beaucoup de contorsions inutiles, mais les mouvements dominant toujours sont des élévations de genoux.
Progression en suspension a deux barres parallèles horizontales. — La progression peut être alternative ou simultanée, allongée ou fléchie.
Dans la progression alternative allongée, le corps suspendu par les mains, la ligne des épaules perpendiculaire aux barres, prend un balancement à droite par une légère traction sur le bras correspondant; pendant l'oscillation suivante à gauche, la main gauche se soulève et va se replacer en avant de son point d'appui; puis c'est la main droite qui se déplace, et ainsi de suite en conservant une cadence en rapport avec la taille.
Si l'on fléchit les bras, les distances des appuis des mains diminuent, le rythme s'accélère, la contraction rend le mouvement pénible, surtout si les mains sont en pronation avec rotation des bras en dedans.
La progression se fait simultanément au moyen d'une traction vive des bras, suivie d'une suspension pendant laquelle
LOCOMOTION AVEC LRS BRAS
les mains peuvent être déplacées, l'effet est le même que dans la progression à une barre, le mouvement des bras est seulement un mouvement en avant au lieu d'un mouvement latéral pendant la suspension.
L'élévation brusque des genoux peut avoir le même avantage et, pour éviter un balancement d'avant en arrière, il faut avoir soin de donner une nouvelle impulsion aussitôt après l'appui, sans s'arrêter.
Ces mouvements peuvent s'exécuter en avant, en arrière, avec différents mouvements de jambes; nous n'insistons pas, leur analyse est facile, on y trouverait des analogies parfaites avec la marche, le saut; une condition nécessaire de progression, est l'existence de frottements développés au contact des barres.
Nous avons vu, quand nous avons traité du développement thoracique, que la qualité de ces progressions dépend de l'allongement des bras et de l'écartement des mains.
Les marches prolongées en suspension allongée à des barres horizontales ayant plus de l'écartement des épaules, seront donc très efficaces et le plus à recommander. Les fixateurs de l'omoplate en arrière, les portions moyennes et inférieures des trapèzes, les rhomboïdes, sont fortement mis en jeu par l'écartement des mains. On peut encore exagérer l'effet à une échelle horizontale par une progression latérale en suspension à des échelons fortement distants.
Au contraire, toute progression à bras fléchis et à une seule barre, donne aux pectoraux la prédominance d'action funeste que nous avons déjà indiquée à propos de la suspension et dont les conséquences sont l'attitude vicieuse des épaules et l'affaissement thoracique, sans compter les troubles dus à un effort continu.
Dans les suspensions l'action sur le redressement du tronc et sur la dilalation thoracique dépend de l'élongalion de la colonne vertébrale, grâce à la passivité des muscles fléchisseurs et au poids du corps.
Dans les balancements, la pression des mains sur la barre de suspension varie constamment, l'effort d'élongation varie comme elle et ne s'exerce pas d'une façon conslante (fig. 505). Il en résulte que l'attitude de suspension allongée a un effet
plus intense sur la dilatation thoracique que tous les exercices avec élans.
Fig. 505. — Progression par balancement en suspension allongée à deux
narres parallèles.
Progression oblique. — Toutes les progressions à des perches, cordes, échelles placées obliquement, peuvent se faire à l'aide des pieds et des mains ou à l'aide des mains seulement.
L'effort musculaire, nécessaire dans la suspension, et la progression horizontale, est ici insuffisant ; il y a en effet élévation
Fig. 506. — S'élever au moyen des bras et des jambes à une corde inclinée.
verticale du corps à chaque déplacement des mains. Cette élévation correspond à une production de travail mécanique considérable et ne peut avoir lieu que si l'on s'attire par les bras ou si l'on se repousse par les jambes en changeant ses points d'appui. Il n'y a donc pas de progression oblique ni verticale à bras complètement allongés (fig. 506).
Dans la progression à une perche oblique, ou une corde tendue obliquement, l'équilibre est très difficile à conserver si l'on est couché sur la perche et si l'on progresse en attitude d'appui oblique qui a une grande analogie avec le ramper. L'équilibre est instable, le corps tend à tourner autour de la perche jusqu'à ce qu'il ait exécuté une révolution de 180 degrés et que l'on soit en suspension oblique.
LOCOMOTION AVEC LES BRAS
Dans cette suspension elle-même, on peut progressera l'aide des pieds et des mains, soit en s'accrochant par les extrémités diagonalement opposées, la main et l'angle du genou, et en déplaçant dans le sens de la progression les deux autres membres ainsi rendus libres; soit en déplaçant alternativement les mains et les pieds et prenant tour à tour point d'appui et point de suspênsion, en serrant la perche au même point avec les pieds ou avec les mains et en faisant des flexions et extensions du tronc comme nous le verrons dans le grimper vertical.
Dans la progression en suspension oblique à la perche ou à la corde à l'aide des mains seulement, les jambes doivent rester passives ; on passe successivement de la suspension fléchie à deux mains à la suspension fléchie à une seule et il faut conserver cette pénible aLtitude pendant que le bras, devenu libre, s'élève et prend un point d'appui plus élevé, grâce à la pression des doigts et aux frottements développés par cette pression.
Les progressions à l'échelle oblique ou à deux perches ou cordes obliques parallèles, ne diffèrent de celles que nous venons d'étudier que par l'écartement constant que doivent conserver les membres à l'appui, écartement qui, pour les membres supérieurs, rend la progression salutaire et efficace au point de vue du développement thoracique dans les suspensions. Il y a à observer un rythme, à tirer parti du balancement du corps qui doit, comme dans les progressions à la suspension horizontale que nous avons décrites, s'opposer à ce que, au moment du lever d'une des mains, le corps n'ayant plus tout à coup qu'un point de suspension latéral, n'oscille brusquement de ce côté et n'entraîne la main qui s'est levée loin du montant le long duquel elle doit progresser (fig. 507).
Les progressions peuvent aussi se faire simultanément à bras fléchis, sans balancement latéral, par sauts successifs.
En se servant des pieds et des mains et en suspension audessous d'une échelle oblique, on peut monter par les extrémités diagonales ou latérales en ayant soin d'éviter que les pieds ne quittent l'échelle, grâce à la tendance du corps à se mettre en suspension verticale.
Au-dessus de l'échelle, on progresse à l'appui sur les pieds comme sur un escalier, les mains ne servant qu'à maintenir
l'équilibre, ou à l'appui sur les mains, les jambes écartées serrant les montants de l'échelle par adduction des cuisses.
On peut aussi effectuer une suspension oblique de ce côté, le dos contre l'échelle et appuyant le long d'une planchette fixée aux échelons. Cette disposition, qui est celle de l'échelle dite
Fig. 507. — Progression oblique à l'échelle.
1, Monter à l'aide des pieds et des mains ; — 2, Monter par le revers à l'aide des pieds et des mains ; — 3, Monter par le reversa l'aide des mains.
orthopédique, a pour effet de rejeter les points de suspension en arrière de la ligne des épaules, ce qui contribue simultanément à rejeter l'épaule en arrière, et grâce à la suspension allongée, à dilater le thorax sans pour cela contracter les muscles du dos.
Progression verticale. — Cette progression constitue le grimper proprement dit, et s'exécute à l'aide des pieds et des mains ou à l'aide des mains seulement à une corde ou à deux cordes ou perches parallèles.
Le grimper à l'aide des pieds et des mains à une corde verticale se fait en prenant alternativement point d'appui et point de suspension au moyen des pieds et des mains serrant fortement la corde et s'opposant ainsi par les frottements développés au glissement vertical de tout le corps (fig. SOS).
LOCOMOTION AVEC LES BRAS
Les mains sont juxtaposées, les pieds entre-croisés serrent la corde sur leurs faces dorsales externes au moyen de l'extension de la jambe, de la flexion de la cuisse qui correspond au pied droit porté à gauche et de la flexion de la jambe et de l'extension de la cuisse gauche, qui correspond au pied gauche porté à droite. Dans le cas d'une corde à nœuds cette pression est considérablement amoindrie.
Fig. 508. — Grimper à l'échelle de corde et à la corde lisse au moyen des pieds el des maius.
La progression se fait en deux temps ; au premier temps, le point de suspension supérieur est fixé, les pieds se relâchent, les bras se raccourcissent, les cuisses elles jambes se fléchissent, les pieds sont ainsi amenés le long de la corde au dessus de leur première posilion. Puis le point d'appui des pieds est lixé par un serrement convenable, les mains se relâchent, le tronc, les cuisses et les jambes s'étendent; les mains devenues libres, glissent, le long de la corde jusqu'à élévation complète des bras, et serrent pour servir tlo nouveau de point fixe vers lequel est attiré comme précédemment tout le corps.
Fig. 509. — Grimper au mât vertical.
Ce dernier progresse à chaque changement de main de la hauteur à laquelle se sont élevés les pieds lors de la flexion des extrémités. 11 y a donc intérêt à exagérer cette flexion ainsi que
celle du tronc en même temps que la traction des bras et ensuite à bien étendre tout le corps pour reporter les mains le plus haut possible. L'analogie de ce grimper avec l'allure de la chenille est complète.
Les Japonais pratiquent un mode de grimper à la perche qui diffère du précédent en ce que le tronc et les membres inférieurs sont constamment fléchis, que le pied saisit la perche entre le gros et le second orteil et que deux membres diagonaux sont constamment appuyés pendant que les deux autres se déplacent. Le corps contracte assez d'adhérence avec la perche en s'attirant au moyen des bras et en se repoussant au moyen des jambes pour éviter le glissement. Cette allure, qui rappelle celle des singes est difficile mais beaucoup plus rapide que toutes les précédentes (fig. 509).
Le grimper à la corde au moyen des mains seulement consiste, étant en suspension fléchie des deux mains, à se tenir un moment en suspension fléchie d'un seul bras pendant que l'autre, devenu libre, s'élève pour saisir la corde le plus haut possible.
Dans la traction qui succède, le rôle de chacun des membres est interverti,
le dernier qui vient de se poser reste fixe, le premier s'élève. Celte progression est donc des plus pénibles ; il est surtout
Fig. 510. — Perche dite Amorosienne servant aux escalades et aux sauvetages.
LOCOMOTION AVEC LES BRAS
difficile de posséder assez l'indépendance des mouvements pour qu'il n'y ait aucune flexion des jambes ou des cuisses sur le tronc. Sans cette qualité, les muscles abdominaux contractés, annulent presque entièrement la respiration et la progression ne peut se continuer. Nous avons étudié spécialement ces défauts
1, avec les mains et les pieds ; — 2, avec les mains seulement.
inhérents aux élèves mal coordonnés à propos de la coordination des mouvements. Dans tous les cas, l'exercice de la corde lisse et de la perche n'est qu'un exercice d'application en cas de sauvetage, mais non un exercice gymnastique proprement dit, car il renferme tous les défauts inhérents à l'effort et à l'attitude vicieuse de l'épaule due à la prédominance d'action des pectoraux (fig. 510).
Les exercices de grimper à deux cordes ou deux perches parallèles sont beaucoup moins mauvais, ils doivent- être à l'exclusion des autres, pratiqués par les enfants, leiir mécanisme se rapprochant de celui des progressions obliques.
Ils peuvent s'exécuter avec changement simultané ou alternatif des mains (fig. 511).
Le secours des pieds est ici plus gênant qu'utile.
Progressions à l'appui.
Les progressions à l'appui s'effectuent à une seule barre ou à deux barres parallèles, les bras étendus ou fléchis.
L'appui tendu ou fléchi peut être fait alternativement ou simultanément des deux mains; la progression peut avoir lieu avec ou sans élan, avec ou sans l'aide des membres inférieurs.
Progressions a l'appui tendu. — L'appui des mains peut être alternatif ou simultané à une barre ou à deux barres horizontales avec ou sans balancement du corps.
Dans la progression a une barre avec appui alternatif des mains, le corps allongé étant en station à l'appui tendu sur celte barre, son axe incliné du côté de la barre, peut progresser péniblement surtout si, en balançant les jambes avec souplesse à droite ou à gauche on fait passer l'appui sur une seule main et l'on déplace dans le sens du mouvement celle qui est devenue libre par suite du balancement latéral, c'est-à-dire celle qui est située du côté où se fait ce balancement.
La progression avec appuis simultanés n'est autre qu'une succession de sauts dus à l'extension vive des bras préalablement fléchis. C'est pendant la suspension ou la diminution de pression qui suit l'extension des bras que l'on peut déplacer les appuis des mains vers la droite ou vers la gauche et ainsi progresser.
Par un mécanisme analogue s'exécutent les marches à l'appui sur deux barres parallèles. Dans les progressions avec appui alternatif des deux mains, le corps prend un léger balancement latéral qui fait porter un instant le poids du corps par la main opposée au côté où sont lancées les jambes, la main droite par exemple. La main gauche n'èxerçant plus alors de pression sur la barre correspondante peut se déplacer librement et se porter en avant.
Elle portera à son tour le poids du corps dans l'oscillation suivante des jambes et ainsi de suite.
LOCOMOTION AVlîG LES BRAS
La progression avec appuis simultanés ne peut être faite les jambes passives que par une succession de petits sauts dus à l'extension brusque des segments des membres supérieurs préalablement fléchis légèrement. L'inclinaison du corps dans le sens de la progression facilite l'exécution de ces marches dans lesquelles il faut observer un rythme convenable s'accordant avec le balancement des jambes.
Le rôle de l'élévation des genoux est analogue à celui que nous avons attribué aux bras dans le saut et aux jambes pendant
Fig. 512. — Marcher debout en avant ou de côté sur la poutre.
la suspension, il consiste toujours dans une augmentation de la pression à l'appui, augmentation suivie immédiatement d'une diminution en rapport avec la vitesse d'élévation. C'est au moment de cette diminution qui peut aller jusqu'à zéro, que le changement d'appui se fait.
Les élans ou balancements du corps autour de l'axe des épaules dans le sens de la progression ont la mêmepropriété ; ils aident dans la progression si l'on fait bien coïncider le lever des appuis avec le minimum ou le zéro de la pression. L'équilibre après le changement des mains est plus ou moins difficile, l'espace parcouru est plus ou moins grand suivant que le sens du balancement est ou n'est pas le même que celui de la progression.
La progression sur une poutre (fig. 512) peut offrir des avantages au point de vue de la sécurité; si l'on doit se transporter
Dembny. — Méc. et éduc. 27
à l'extrémité de cette poutre et qu'elle soit trop élastique ou bien qu'elle tourne sur elle-même on marchera à cheval ou assis sans danger, il faut seulement maintenir son équilibre et éviter de tourner latéralement (fig. 513).
Progressions a l'appui fléchi. — Comme pour les progressions à l'appui tendu, les progressions à l'appui fléchi sur deux barres parallèles peuvent être exécutées avec l'appui alternatif ou simultané des mains, avec ou sans balancement du corps.
Fig. 513. — Attitude assise de côté et a cheval sur les barres et la poutre
pour progresser.
Les progressions à l'appui fléchi sans balancements sont fort pénibles et peu élégantes. Le corps subissant, par le fait de l'extension vive des bras, une vitesse dans le sens vertical, c'est toujours au moment où la pression des mains devient minimum qu'a lieu le lever des appuis.
11 faut, pour exécuter correctement ces progressions, laisser les jambes dans l'inaction, spécialiser l'effort musculaire aux adducteurs du bras et aux extenseurs de l'avant-bras et éviter qu'un fâcheux balancement ne vienne contrarier le mouvement dans son rythme et son aisance.
Ces exercices demandent une grande force musculaire ; ils donnent aux articulations des côtes avec le sternum une grande souplesse et peuvent ainsi, peut-être, favoriser l'ampliation thoraciqne ou du moins l'amplitude des mouvements d'inspiration. Leur inconvénient et leur laideur provient de l'abduction forcée
LOCOMOTION AVEC LES BRAS
du bras en arrière, produite parle poids du corps. Cette abduction n'a pour limite que la résistance des muscles et de l'articulation de l'épaule.
Cette dernière souffrira d'autant plus que les muscles seront moins développés. Nous conseillons de ne pas abuser de ces mouvements surtout avant l'âge adulte.
Il en est de même des progressions avec balancement à l'appui fléchi ou à l'appui fléchi et tendu.
Dans ces mouvements, on choisit toujours pour déplacer les mains le moment de l'oscillation du corps où la pression sur les barres est minimum. Le balancement du corps peut coïncider avec l'appui fléchi ou l'appui tendu suivi d'un appui fléchi et d'un appui tendu au moment du nouveau poser des mains.
On contrarie encore les mouvements en levant les mains au moment où l'oscillation des jambes est inverse de la progression ; il faut alors une poussée des bras dans le sens de la progression pour parvenir à se déplacer.
Nous ne pouvons aller plus loin dans l'étude de ces exercices plutôt curieux qu'utiles.
Il y auraitlieu de faire toute l'analyse de la locomotion par les mains comme nous avons fait l'analyse de la locomotion normale.
Les mêmes procédés photographiques et dynamographiques s'y prêteraient mais l'étendue de cet ouvrage est déjà assez grand pour laisser à d'autres le soin de compléter ces travaux.
Il y a du reste d'autres genres de locomotion plus intéressants et plus pratiques dont nous devons dire quelques mots.