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CHAPITRE V

LOCOMOTIONS ET ALLURES DIVERSES

Natation. — La natation consiste à associer harmonieuse.ment les mouvements des membres de façon à trouver sur l'eau un point d'appui pour se soutenir, pour progresser et conserver la tête hors du liquide afin de respirer.

La résistance à vaincre est celle que le milieu oppose à la progression ; c'est plus exactement le travail effectué dans le déplacement des couches d'eau mises en mouvement. Cette résistance augmente soit avec la vitesse de progression soit avec la vitesse de l'eau elle-même dans le cas où l'on remonte le courant.

La force motrice est l'action des muscles adducteurs des bras et des jambes ; l'art de nager consiste à employer au mieux cette action musculaire au bénéfice de la progression.

L'homme n'a pas, en général, la densité de l'eau; cette densité moyenne dépend de la constitution, l'accumulation de la graisse la diminue notablement; le volume du corps varie même pendant les deux périodes de la respiration. Cependant le poids d'eau déplacée peut être égal et même supérieur au poids du corps : c'est le cas de l'eau salée où l'on flotte sans mouvements. Surnager ne suffit pas, il faut encore pour que l'immersion soit sans danger que la bouche émerge hors de l'eau.

Les quadrupèdes flottent en général quand ils sont plongés dans l'eau, et la longueur de leur cou leur permet une extension suffisante pour que la bouche ne soit pas immergée. Ils n'ont pas d'autres mouvements à faire pour progresser que ceux qu'ils exécutent sur terre.

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Au contraire, dans le cas où sa densité est inférieure à celle de l'eau, l'homme doit constamment s'appuyer sur celle-ci pour remonter à la surface ; il développe pour cela des actions de bas en haut et pour progresser il augmente l'énergie de ses mouvements.

La résistance de l'eau croît avec la vitesse de la progression ou avec la vitesse contraire du courant; elle croît aussi avec l'étendue des surfaces présentées contre l'eau. Pour vaincre cette résistance l'homme coordonne ses mouvements ainsi qu'il suit:

Il allonge les bras horizontalement en même temps qu'il fléchit les jambes avec une forte adduction latérale de la cuisse les pieds fléchis. Ensuite il amène les bras en abduction en même temps qu'il étend les jambes et produit l'adduction des cuisses.

Les premiers mouvements sont des mouvements préparatoires ; ils doivent être exécutés sans vitesse et sans brusquerie, car ils sont nuisibles à la progression. Les seconds mouvements produisent seuls l'effet utile ; ils doivent être faits avec vigueur et avec toute l'ampleur possible (fig. 514, 516 et 517).

Pendant l'adduction des bras et des cuisses, l'eau est repoussée en arrière par toutes les surfaces en mouvement. La quantité de mouvement est également partagée entre le corps et toutes les molécules d'eau déplacées. L'eau sert de point d'appui fuyant à la poussée des membres. Les surfaces internes des cuisses sont essentiellement actives, d'autant plus qu'elles sont plus larges ; pour ajouter à leur action on a essayé d'armer les extrémités des membres de palettes qui se déploient dans la période active et font l'office des membranes interdigitales des animaux palmés.

Ces tentatives avaient pour but de donner un grand développement aux surfaces utiles à la propulsion.

Le point d'appui que le corps trouve sur l'eau dépend de l'inertie des molécules du liquide, il est d'autant plus grand que les mouvements sont plus énergiques et plus vifs. La période active est suivie de la période où l'on reprend la position de départ.

Alors au contraire, la flexion des cuisses doit être lente si l'on ne veut pas reculer. Malgré cela cette flexion est toujours

accompagnée d'un léger recul du corps. Ce recul s'explique par le déplacement du centre de gravité provenant du changement d'attitude.

Il est sensiblement égal à la valeur de ce déplacement comme dans la suspension du saut.

La vitesse de progression du corps dans un courant d'eau et dans la direction de ce courant est égale à la vitesse que le corps aurait dans l'eau stagnante augmentée de celle du courant. En remontant le courant l'inverse se produit.

Si l'on traverse une rivière obliquement au courant, le mouvement du nageur est indépendant de celui du courant; ce dernier avance dans une direction par ses efforts personnels et

en même temps est porté dans la direction du courant. Il se trouve au bout d'un certain temps en un point déterminé par les compositions de ces deux vitesses.

Le praticien connaît toutes ces influences; il présente obliquement sa poitrine au courant qu'il remonte afin de lui opposer le moins de surface possible ; il sait que jamais il n'aborde au point qu'il désire s'il s'y dirige directement; il sait aussi que pour changer sa direction il doit faire dominer l'action des membres opposés à cette direction.

En mer la natation est facilitée par la densité de l'eau, densité qui dépasse souvent la moyenne de celle du corps.

Les ondes étendues ne gênent en rien la progression car elles ne produisent que des mouvements d'élévation et d'abaissement . qui en sont indépendants. Mais il n'en est plus de même des vagues qui déferlent sous l'influence du vent.

Les qualités du nageur et du plongeur sont toutes inhérentes à la coordination dans les mouvements surtout dans les mouvements respiratoires, à la faculté qu'il a de retenir longtemps

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sa respiration et de supporter l'influence du froid. Il y a à cet

Fig. 515. — Exercices de natation sur le chevalet. Premier temps : flexion des bras et des jambes

égard des différences individuelles innées et acquises par l'éducation.

Fig. 516.

Deuxième temps ; extension des bras et des jambes écartées.

Tous devraient savoir nager ; pour apprendre il n'y a pas deux moyens, c'est d'essayer prudemment d'abord, puis de

Fig. 517.

Troisième temps : rapprochement des cuisses et écartoment des bras.

pratiquer souvent, toujours accompagné d'un aide. On a conseillé de s'exercer à nager sur un tabouret (fig. 515,516 et 517).

Gela vous donne évidemment idée de la coïncidence des mouvements des bras et des jambes mais ne donne pas la sen-

sation spéciale d'être porté par l'eau. On fait sur le tabouret un exercice gymnastique très violent mais les contractions musculaires ne sont pas du tout celles que l'on doit faire dans l'eau.

\ Les extenseurs de la colonne vertébrale fortement contractés sur le tabouret se relâchent presque à cause de la poussée de l'eau et les contractions des bras et des jambes sont toutes différentes. En un mot l'exercice est si différent de la natation qu'il serait impossible de se débrouiller en tombant à l'eau pourvu d'une instruction sur le tabouret dite natation à sec. La sensation de l'eau, la suffocation qui en résulte, les gorgées que l'on avale, les mouvements de l'eau qui vous porte, les crampes sont autant de choses nouvelles à ressentir et à connaître pour se familiariser avec le nouveau milieu.

La natation est un exercice gymnastique excellent à touspoints • de vue, l'altitude est très bonne et exige l'extension et le redressementde la tête, les mouvements sont étendus et symétriques, les contractions musculaires sont réparties sur la totalité du corps. La respiration est très active, l'eau nettoie la peau et l'excite par sa température. Les exercices de natation sont de véritables jeux, ils ont tout l'attrait d'un sport. On peut dans l'eau faire toutes sortes de culbutes et de plongeons. Il serait bon d'apprendre à nager avec ses vêtements et de savoir porter secours à une personne qui se noie. Aussi dans les grandes villes faut-il multiplier les piscines de natation. L'essai en a été fait à Paris avec les élèves des écoles primaires en \ 894 Sur 1 279 élèves, 1 234 savaient nager au bout de 16 leçons et traverser la piscine en tous sens ; 670 plongeaient ou sautaient au grand bain ayant 3 mètres de profondeur ; 432 se livraient à des exercices de sauvetage, allaient chercher à 3 mètres de profondeur une assiette ou un poids de 5 kilogrammes.

Ces résultats sont encourageants et devraient être imités partout.

Canotage. — Dans la progression en canot, la force musculairemotrice s'exerce par l'intermédiaire d'avirons ou de palettes qui offrent sur l'eau un point d'appui suffisant pour communiquer à la masse totale, canot et canotier, une vitesse daus un sens déterminé.

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La force motrice est intermittente et tout le travail musculaire n'est pas utilisé.

Dans la position initiale„les bras sont allongés horizontalement, le tronc est fléchi de façon à porter l'extrémité de la poignée de l'aviron le plus en avant possible. Les canots perfectionnés ont des bancs à coulisses qui permettent de fléchir les jambes et le tronc au maximum. Dans la période active, le tronc se redresse, les jambes s'étendent en prenant point d'appui sur le fond du canot ; les bras se fléchissent lorsque le tronc est tota-

Fig. 518. — Les deux positions extrêmes du rameur dans le coup d'aviron.

lement étendu. L'extrémité de l'aviron plongé dans l'eau décrit un arc de cercle autour de son point d'appui; sa façe plane, d'abord dirigée en avant, s'incline peu à peu jusqu'à l'horizontale par une flexion progressive des poignets qui produit la rotation de l'aviron autour de son axe. Les couches d'eau rencontrées par la face antérieure de l'aviron offrent à son mouvement une résistance qui dépend de leur masse, de la facilité de leur écoulement et de la vitesse communiquée à l'aviron. Elles réagissent sur celui-ci et de là sur la masse totale du canot qui prend une vitesse contraire telle qu'il y ait égale répartition entre la quantité de mouvement de sa masse et de celle de l'en semble de toutes les molécules d'eau déplacées.

Dans la période inactive ou de préparation, le corps reprend l'attitude initiale ; les avirons reviennent d'avant en arrière en effleurant la surface de l'eau et replongent à la fin de leur course perpendiculairement à cette surface (fig. 518).

L'axe du canot prend une direction qui est celle de la résultante des vitesses communiquées par l'eau et l'air d'une part et

par l'action des avirons et du gouvernail de l'autre. Ainsi se comprennent les changements de direction à droite ou à gauche, les virages, suivant que l'on fait prédominer l'action de l'aviron de gauche ou celle de l'aviron de droite.

Le canotage et la natation sont d'excellents exercices musculaires ; ils répondent au but hygénique et social de la gymnastique. La natation met en jeu les adducteurs des membres et du tronc, elle exalte la fonction respiratoire; le canotage exerce les muscles abdominaux et les muscles postérieurs du dos sollicités dans les tractions horizontales d'avant en arrière faites sur les avirons.

Le canotage à la godille et à la voile, l'exercice de la périssoire sont un peu moins gymnasliques, mais ils présentent tous les avantages des exercices musculaires à l'air libre et privé des poussières inévitables sur les routes. La natation et le canotage sont deux sports complets d'ailleurs inséparables.

Glisser. — Le Glisser est un mode de progression qui utilise la propriété des surfaces polies telles que le sol recouvert d'une couche de glace.

La diminution des frottements entre les surfaces de contact entraîne la diminution des résistances passives. La vitesse communiquée au corps dans une course préalable peut ainsi être conservée pendant un temps plus ou moins long, un espace considérable peut être parcouru au moyen d'un seul élan initial sans que le corps quitte terre.

Si le sol est horizontal, il est nécessaire, pour prendre son élan, d'avoir une partie solide et rugueuse. A l'arrivée sur la surface polie, les jambes cessent leur impulsion, demeurent tendues jointes ou écartées, les deux pieds sont à l'appui et le corps progresse avec la vitesse ini tiale qui va constamment en décroissant.

Sur un sol incliné, si l'on part du point le plus élevé, la pesanteur seule suffit pour communiquer au corps un mouvement accéléré. Ce mouvement tend à s'uniformiser lorsque les résistances dues au frottement et à l'air augmentent.

La difficulté de la glissade consiste à maintenir son équilibre. On y parvient en laissant aux articulations du tronc et des membres inférieurs une grande souplesse, en atténuant ainsi l'elïet des chocs dus aux. inégalités du terrain.

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En tous cas le mouvement du centre de gravité ne dépend que de la vitesse initiale, de l'action de. la pesanteur et des frottements de la chaussure. L'adresse est d'éviter les chutes ou d'en atténuer les effets lorsqu'elles ont lieu.

Patiner. — L'art du Patinage est plus complexe; il faut en patinant entretenir la vitesse de progression en prenant point

Fig. 519. — Sport norwégien : le saut au moyen des shidas.

d'appui sur la glace elle-même et varier la direction de cette vitesse à son gré.

On y réussit en armant le pied de patins, c'est-à-dire de lames d'acier présentant des surfaces planes verticales dirigées dans la direction de l'axe du pied. Ces lames pénètrent dans la glace et permettent aux membres inférieurs de prendre point d'appui sur le sol ; suivant la direction qu'on leur imprime, le sens de la progression peut varier à l'infini.

Entre deux impulsions successives, le corps glisse sur le sol en vertu de sa vitesse acquise, le pas devient ainsi très long et le rythme de l'allure très lent. Mais l'équilibre est assez diffi-

cile et, pour bien patiner, une éducation spéciale est nécessaire.

Il faut visiter les pays du Nord pour voir pratiquer dans tout leur développement les sports sur la glace. En Suède et en Russie il serait honteux de ne pas savoir patiner. Le patinage sur la neige se fait au moyen de schidas ou patins de grande longueur. Armés de ces schidas on voit des jeunes gens descendre avec une vitesse vertigineuse la pente d'une montagne et, ainsi lancés, franchir une crevasse ou un fossé par un bond qui peut avoir 20 mètres de longueur (fig. 519).

Dans les écoles de Suède chaque élève possède un petit traîneau sur lequel il se couche. Pour progresser il se pousse avec le pied contre laneige et se dirige ainsi comme avec un gouvernail.

Le patinage et le traîneau à voile sont encore des sports usités et présentant tous les attraits de la vitesse et du danger l.

Equitation. — L'équitation consiste à monter un cheval, suivant les lois de sa locomotion, en lui imposant sa volonté. L'équitation peut être envisagée sous trois aspects :

Elle est, pour le cavalier, une gymnastique passive et active tout à la fois. Une gymnastique passive, car l'homme à cheval subit tous les mouvements et réactions de sa monture ; une gymnastique active car, pour assurer sa stabilité, il réagit par des actes musculaires et par des attitudes qui le lient au cheval dans tous ses mouvements.

L'équitation demande la connaissance des allures du cheval et celle du mécanisme de sa locomotion, pour ne jamais contrarier celle-ci. Elle touche donc à la science de ce côté.

Elle devient un art dans l'application, parce que le cavalier doit, pour bien jouer du cheval, avoir acquis le tact, l'à-propos, le sentiment équestre sans lequel homme et monture ne sauraient former un tout harmonieux.

La connaissance du cheval, en temps qu'animal indépendant, capable de volonté et de sentiment, ne s'acquiert que par l'expérience et est en rapport avec l'intelligence même du cavalier.

La connaissance des réactions du cheval dans toutes ses allures est encore à déterminer expérimentalement; c'est d'elle

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