CHAPITRE m
LOCOMOTION
§ i*. — Analyse dnématique et dynamique des allures normales.
CONSIDKBÂTIONS OKNKBALBS SUB l'ÉTUM DES ALLUBBS. — Toute
progression, tout déplacement continu ou intermittent de la masse du corps sur le sol ou sur des obstacles implique des forces extérieures. Ces forces d'impulsion se développent aux points de contact du corps avec le sol ou les objets sur lesquels il repose.
Elles naissent d*un effort musculaire produisant Textension ou la flexion des membres et du tronc. Si le sol ou les obstacles sont mobiles, une partie de Teffort sera employé à les déplacer^ mais il y aura toujours égalité entre les quantités de mouvement communiqué d'une part au corps dans le sens de la progression et d'autre part à Tobstacle servant de point d'appui.
Va la structure des articulations, la force impulsive est forcément périodique, le mouvement de rotation pourrait seul donner une impulsion continue ; ce mouvement ne peut eouster va la continuité des pièces du squelette nécessaire à leur ^nutrition. La force motrice est généralement rythmée et périodique; elle est produite par l'extension successive des membres se fléchissant ensuite pour s'étendre de nouveau ; elle imprime ainsi an corps des poussées successives à des époques régulières. L'inertie de la masse du corps régularise le mouvement et ainsi se trouve réalisé par des efforts discontinus Teffet d'une force (l'impulsion ayant une action constante. Nous avons à examiner en particulier chacun des éléments essentiels du mécanisme de la locomotion. Les lois de la locomotion sont connues, nous en
:2:2U ULCAjNlaMi^: El! hDbCATlurti Dïù:i MOUVEMENTS
avons fait une étude expérimentale approfondie pendant les années où nous dirigions le' laboratoire de M. le professeur Marey et nous allons donner un résumé de ces travaux pour en tirer des conséquences pratiques justifiées.
En éducation physique comme dans toute éducation, le professeur n'a pas pour mission de réglementer la nature, mais il doit au contraire 9e conformer à ses lois et mettre l'organisme humain dans les conditions les plus favorables au perfectionnement de ses fonctions normales. On apprend à marcher, à courir et à sauter comme on apprend autre chose.
L'enseignement pratique doit être conforme aux lois de la locomotion. S'il n'en est pas ainsi actuellement dans les programmes de Tarmée et des écoles, les réformes à faire doivent être dirigées dans ce sens.
On peut imposer à un enfant une éducation artificielle et fausse, on pourra Ty rompre mais on ne l'aura pas perfectionné. Si les mouvements imposés ne sont point d'accord avec la structure des organes Mcomoteurs et avec les lois du mécanisme des mouvements, on n'obtiendra jamais tout le bénéfice qu'il pourrait tirer de ses moyens naturels.
Il faut des observations et des moyens de contrôle, la raison pure et les sens ne suffisant pas à cette investigation. Le praticien seul ne peut donner de solutions complètes et certaines ; le praticien est guidé par ses sensations personnelles, ses habitudes font acte de foi, et lui rendent impossible toute nouvelle méthode. Il considère alors comme la meilleure celle à laquelle il est rompu. Aussi voit-on quelquefois autant d'opinions que de praticiens. Gomment se diriger au milieu de cette tour de Babel. Il faut étudier les mouvements sans idée préconçue et comparer les sujets entre eux. Les méthodes graphiques et photographiques que M. Marey a étendues à l'analyse des mouvements sont un moyen précieux d'étude. Entre des mains habiles elles permettent de voir juste et sans interprétation ce qui se passe dans les actes les plus délicats de la locomotion.
La longue pratique de ces recherches nous a montré la tendance de tous les sujets d'élite vers un type commua et que la supériorité consiste surtout dans l'économie de la force en la donnant aux moments et dans la direction les plus favorables, en réduisant au minimum les contractions musculaires.
LOCOMOTION 221
Les sujets d*élite tiennent leurs qualités d$k leur structure et de leur éîducation. Ils jouissent des avantages de leurs aptitudes innéeset savent utiliser par instinct ou par éducation les moyens dont ils disposent, nous allons essayer de les étudier dans la marche, la course et le saut.
Direction oblique et intermittence de la forge motrice. — Dans la locomotion la force motrice nécessaire pour progresser est une poussée exercée par le pied en contact avec le sol. L*impulsion est produite par Textension du membre inférieur ; il faut un point d'appui pour ce dernier, il est donné par le frottement du pied au contact, du sol, le frottement fixe le pied et permet rallongement du membre inférieur du côté de la hanche.
Sans frottement sur le sol, pas d'impulsion possible, le pied glisserait et le corps resterait en place. On sait la difficulté de la marche sur un plan de glace horizontal et poli.
Nous voyons immédiatement combien Tefifort de notre jambe est désavantageux au point de vue de la progression. Il n'est point dirigé suivant la direction à suivre, il est oblique au lieu d'être horizontal, de là perte considérable de force, de plus, il cesse avec l'extension du membre à l'appui, de là intermittence dans l'action.
Le pied qui vient de pousser doit être immédiatement relayé par l'autre, le corps doit être toujours soutenu par une des jambes ; pendant que l'impulsion est donnée par Tune, l'autre se prépare à soutenir le poids du corps jusqu'au moment où elle deviendra à son tour impulsive.
Chaque jambe joue alternativement deux rôles, un rôle de soutien et. d'amortissement et un rôle d'impulsion, la période complète de ces actes périodiques s'appelle le pas.
La marché est la succession d'une suite de pas ainsi définis.
L'obliquité des impulsions engendre un mouvement qui ne peut être rectiligne, leur périodicité engendre une vitesse qui ne peut jamais être uniforme; mais l'art du marcheur est de se rapprocher le plus de l'uniformité et de la ligne droite, de rectifier la trajectoire de la hanche et d'uniformiser le mouvement; il y arrive par la manière dont il fléchit et étend les divers segments du membre inférieur.
DÉFINITION DES TERMES EMPLOYÉS EN LOCOMOTION. Il eSt bOD
de définir les mots afin d'éviter la confusion :
P(is. — Succession des actes qui s'effectuent entre deux appuis successifs d'un même pied.
Longueur du pas. — Distance qui sépare la position d'un point du pied entre deux appuis successifs et qui peut se mesurer directement sur des empreintes laissées sur le sol.
Rythme, cadence d'une allure. — Nonïbre de pas ou d'appuis du même pied exécutés en une minute.
Vitesse de progression. — Vitesse moyenne de la masse dn corps ou quotient de l'espace parcouru borizontalement par le temps employé à le parcourir.
Vitesse relative du pied par rapport au tronc. — Vitesse de translation du pied par rapport à la masse considérée immobile. La vitesse relative a pour valeur à chaque instant la différence entre la vitesse horizontale absolue du pied dans l'espace et la vitesse de translation du tronc.
Appui du pied, — Période du pas où le pied est en contact avec le sol.
Lever du pied. — Période du pas qui s écoule entre deux appuis et où le pied ne touche pas le sol.
Suspension du membre inférieur. — Période qui suit l'appui et dans laquelle le membre tout entier est en réalité suspendu au bassin.
Oscillation du membre inférieur. — Mouvement angulaire exécuté par le membre inférieur tout entier, pendant sa saspension, autour de l'articulation coxo-fémorale, et dans un plan vertical parallèle à la direction de la progression. ^
Déroulement du membf^ inférieur. — Mouvement angulaire inverse exécuté par le membre inférieur autour du pied pendant son appui.
Rayon du membre inférieur. — Ligne droite idéale qui joint l'extrémité du fémur ou le centre du mouvement de Tarticulation coxo-fémoraie au milieu de la surface d'appui ou au centre de rotation du pied sur le sol pendant son appui et inversement pendant le lever.
Double appui. — Période de la marche qui précède immédiatement le lever du pied et pendant laquelle le corps repose sur les deux membres inférieurs.
LOCOMOTION ' SSa
n y a alors effectiyement deux pieds à Tappni sur le sol.
Pig. S9i. — Analyse chronophotographique du premier pas de marche.
C3i«te du oorps Ma eoomaudcaicBt de ■ En «vaut ! > On voit le talon se soulever du sol >ar allonger le rayon du membre à l'appui, et la jambe se fléchir pendant le lever du
poor
Suspension du corps. — Période de la course et du saut pendant laquelle le oorps est complètement détaché du sol. Cette période soit imoiédiatement l'impulsion et précède la chutau
ilU
hëgamsmë et Education des mouvëmi^nts
Flexion et extension d'un membre. — Actes musculaires qui ont pour effet de raccourcir ou d'allonger le rayon du membre inférieur ou supérieur.
Trajectoire tVun point du corps. — Ligne décrite dans Tespace par ce point et que les procédés de la photographie actuelle permettent de fixer et d'étudier.
Maximum ou minimum de la tra^ jectoire d'un point du corps. — Les points remarquables ofk la trajectoire du point considéré vient à s'infléchir présentent un maximum ou un minimum, et la hauteur de ces points audessus du plan horizontal en donne la tnesure. i
Réactionve7Hicale du tronc. — Quaatité évaluée en centimètres qui mesure Félévati'^n de la tête pendant chaque appui dans la marche, pendant la saspension dans la course et le saut.
Cette élévation est comptée à partir du point le plu? bas de la trajectoire. Les réactions ont donc pour valeur la différence entre un maximum et
Fig. 292. — Marcheur dansi l'impossibilité d'éviter une chute en avant si le pied levé vient buter une pierre P en vertu de la vitesse S qu'il possède.
un minimum consécutifs.
Analyse des mouvements pendant la marche. — Étant en station droite, pour se mettre en marche du pied gauche, on porte le poids du corps sur la jambe droite, on penche légèrement le corps en avant et Ton fléchît les segments du membre inférieur gauche pour en réduire la longueur et lui permettre d*oscilier sans toucher terre (fig. 291). Cette oscillation de la jambe est due à Taction musculaire, dans le cas d'une paralysie des fléchisseurs le pied traîne, et si l'on a une jambe ankylosée ou une jambe de bois, il faut la projeter latéralement, on fauche pour la dégager.
La jambe gauche continue à osciller ; à ce moment, si elle était arrêtée par un obstacle, la rencontre d'une pierre par exemple^ le corps projeté en avant ne trouvant plus de point d'appui, il
LOCOMOTION
se produirait une chute (fig. 292). Pendant que la jambe gauche oscille, la jambe droite toujours à Tappui s'étend, le pied droit se déroule sur le sol, l'action impulsive cesse avec rallongement et le pied gauche pose à terre par le talon un peu avant le lever du pied droit. A 6«t instant très court le corps repose sûr deux points d'appui : le talon gauche et les orteils droits (fig. 293,1 et 294). C'est la période de double appui. .\. ce moment les jambes sont écartées au maximum, le corps est abaissé et la distance entre les deux talons mesure la longueur d'un demi-pas.
Un peu apijès, le pied gauche s'applique contre le sol tandis que le pied droit quitte terre par la pointe. Alors la jambe droite se fléchit et oscille à son tour comme l'avait fait ^a jambe gauche ; le pied gauche se déroule sur le sol, la jambe gauche s'étend, le pied droit touche terre par le ta< Ion, le pied gauche se lève- et le tronc se retrouve au-dessus de son point d'appui. Alors un pas complet est exécuté, lajambe droite est redevenue verticale et presque étendue, comme au départ. 11 s'est passé deux demi-suspensions de la jambe gauche, une oscillation complète de la jambe droite,
Demiht. — liée, et «dae. 15
Fig. 293. — Analyse chronophotographique d'un demi-pas de marche montrant les positions relatives du bras et des jambesdansles attitudes successives.
Fig. 294. — Marcheur au moment du double appui.
un appui entier du pied gauche et deux demi -appuis du pied droit.
La durée de Tappui de chaque pied a été la même, un peu
plus grau de que celle du lever. Le tronc s'est incliné légèrement en avant et conserve une inclinaison variant avec la vitesse de l'allure, le degré de fatigue et de force musculaire. Le pi»d touche le sol par le talon quelle que soit la longueur
LOCOMOTIOH
du pas ; la jambe au moment du poser est oblique en avant et presqu'étendne ; elle fait un angle avec la verticale qui reste
Tig. 296. — Monvement relatif du membre inférieur ptr rapport an trono dans la marche. Période de lever.
S, ecntn de mourement de la haBche; — G, genoa; — 0, 1, 1, 10, cheTille du pied. (Les chiffres correspondent à ceux de la figure S95.)
constant pour un même sujet aux différentes vitesse de la marche puis le pied se déroulant sur le sol Tangle décrit par le rayon au moment dulever s'ajoute avec le premier pour former l'angle total de déroulement. Ce dernier vaut 50^ environ et- ■' varie avec la longueur du pas.
Le genou au moment où le rayon du membre passe par la verticale est étendu dans la marche lente, un peu fléchi dans la marche rapide.
Fig. 297. — Mouvement relatif du membre inférieur par rapport au tronc
pendant l'appui du pied.
(Les JBhifTrM «orrespoodent & eeax de la flgura 195.)
Pendant la période de lever du pied, le membre oscillant est d'autant plus fléchi que le temps d'oscillation est plus bref ; c'est là une condition d'économie de travail que l'on retrouve dans l'oscillation du bras, la vitesse du pied atteint son maximum au dernier tiers de la phase d'oscillation. La vitesse
LOGONOTIOIf
2îJ
moyenne du pied est supérieure au double de la vitesse de progression du corps ; en effet la durée du double appui doit s^
Ffg. 298. — Monyement relatif de la cuisse sur la jambe dans la marche, pendant le lever du pied.
O, cent» de mouvement du genou; — 0. 1, î, 8. 4, 11, position de la jambe indifftijuil le àitçek de flexion et d>xlension tous let 1/SO de seconde. La courbe ponctuée indique le BBOOTement relatif. (Les chiflres correspondent & la figure 293.)
retrancher de celle du demi-pas pour constituer la période d'oscillation (fig. 295 et suivantes) ^
Appui du pibd. Déroulement du pied et double appui. — Lt pied touche le sol par le talon (fig. 295) et presqu'aussitôt s'applique par toute retendue de sa surface plantaire ; cette première phase occupe encore les trois cinquièmes de la durée
i. Demeny et Marey. Notes à Y Académie dea sciences (1884-4886).
MÉCANISME ET ÉDCGATION DES MOUYEMEIfTB
totale de Tappui. A partir de ce moment le talon se détache du sol et pendant laseconde phase, c^est-à-dire les deux cinquièmes
Pig. 299. — Mouvement relatif de la jambe sur la cuisse dans la marche pendant Tappul du pied.
L«s nomérot indiquent les positions successires de la jambe tous les 1/20 de seconde, et, par suite, le mouyemcnt de flexion et d'extension. La courbe ponctuée rend manileste oe Mouvement. (Les chiffres correspondent à la figure 295.)
deTappui, le pied se déroule autour de sa pointe ou pour mieux dire de l'extrémité des métatarsiens (fig. 305). La figure 308 montj:eladurée relative de l'appui du talon et de la pointe du pied. Le double appui est spécial à la marche, nous en avons étudié la durée* en adaptant' sous la semelle des plaques de métal disposées de façon à fermer le circuit électrique d'une pile
i. 6. Demeny, Variations de la durée du double appui dans la marche. Comptes Rendus de l'Académie des sciences, 25 juin 1885.
LocoMonon
%Zi
portative placée dans la poch« du marcheur quand le double Appui avait lieu. Le contact électrique se produisait quelle que
Fif .300. -— Centres de rotation du rayon du membre inférieur pendant
ie déroulement du pied sur le sol.
Is mouvement angnUire du rayon correspond aux trois arcs a, b, rf, décrits autour du
tant C nenrlant le nn<Mr Hn tAlnn A» la ^tiAvillA C. «lAn/lsn» Ia nAai.» <!<., i^ i •. j „• j
-an p
— it c pendant le poser du talon, de la cheville C pendant le poser de la plante do psed. .^.«i point C" pendant le déroulement du pied jusqu'à la pointe des orteils. Les angles «»s et » soat respectivement les angles de poser, de lever et de déroulement. (Les chiffret corresp«adeDt à ceux de la figure 295.)
soit la partie, pointe ou talon qui posât sur le sol. L'inscription <ie la fermeture du circuit se faisait au moyen d'un signal Desprez (fig. 309). Les tracés obtenus mesurent exactement les durées du double appui et même les durées de l'appui et du lever d'un pied pour la durée d'un demi-pas (fig. 306, 307 et 310).
En faisant varier le nombre des pas de 40 à 100 par minute, j'ai pu comparer les durée» du demi-pas à celles du double
Fiff 301. - Loi de la vitesse angulaire et de rallongement du rayon du membre inférieur pendant l'appui.
et r Je de courbe montre les variaUons de la longueur du rayon. (Les chiffres corre»pondenl à la figure 295.)
appui correspondant (fig. 314). On voit qu'à toute allure marchée il v a un double appui des pieds, que la dotée de ce double appui diminue plus vite que celle du demi-pas quand la m^arclie
s'accélère, les écarts extrêmes ont été de de ^ à -g- de
la durée du demi-pas ; soit en valeur absolue de -j^ à -^
de seconde.
Dans une autre série d'expériences j'ai étudié l'influence de la charge. En augmentant graduellement cette charge de 0 kilogrammes à 40 kilogrammes le double appui augmente pour atteindre presque la moitié du demi-pas (ûg. 312;.
LOCOMOTION 23
Tantôt nous imposions au marcheur une cadence de 60 pas à la minute^ tantôt nous le laissions libre de régler à volonté sou allure.
Pig. 302. — Variations de la vileise horizontale de -la hanche, du senoi» .et de la cheville pendant un pas complet de marche ; les temps sont comptés en 20* de seconde.
(Les tempe correspondent aux positions de la figure 295.)
L'allongement du double appui a atteint son maximum dans ce dernier cas.
ilg. 303. — Loi de la vitesse angulaire de flexion et d^extension de la jambe sur la cuisse et de la cuisse sur le tronc dans la marche.
La coarbe ponctuée correspond au mouvement de la jambe, la courbe point et barre an mouvement de la cuisse. La flexion est au-dessus de la ligne des temps. rextcnsioD aoous.
La fatigue allonge la période de double appui, et cet allongement peut servir de signe objectif de la fatigue.
Influence de la chaussure. — Deux choses essentielles sont à considérer dans la chaussure : sa forme intérieure, la fidélité avec laquelle elle se moule sur le pied et en suit tous les mou-
^Zl
MÉGAlflSllE RT ÉDUCATION DBS MOUVEaTBNTS
Tements et sa forme extérieure, les dimensions du talon et de la semelle (fig. 313).
L'empreinte du pied sur le sol montre la forme à donner à la chaussure. Dans un pied normal le gros orteil se trouve à peu
,ûyic'. Lot. \.'''\
\ du r'^Jfo/TL
■io 7/ ///3 /^ is^:/6 i^:fS ^^ ^O V U
Jcmps
Flg. 304. — Courbe représentant la Tariation de Titesse angulaire et la ▼ariation de la longueur du rayon du membre inférieur pendant Tappui du pied.
La tcail ponctué correspond à la viteise angulaire, le trait plein à la longueur da rayon. {}jc% chiffres corre^ondent aux temps et positions de ht figure préMcédente.)
près dirigé suivant la ligne interne du pied^ les orteils sont libres, étalés sur le sol, les points de contact ont lieu principalement aux métatarsiens et au talon; la plante présente une Toûte ne reposant pas sur le sol. Dans le pied plat, cette voûte n'existe pas, le pied s'écrase (fig. 314) à cause de là distension des ligaments, les points de contact avec le sol sont plus nombreux, mais c'est une conformation défectueuse enlevant toute résistance au pied et incompatible avec la marche soutenue.
Les chaussures mal faites ont presque toujours le défaut de recroqueviller les orteils et de les déformer en les ramenant tous vers un axe faux passant par la pointe de la chaussure. Les
LOCOMOTION
chaussures étroites et pointues sont cause de la plupart des iofirmités du pied, durillons, arthrites, luxations des orteils qui infligent aux élégants des tortures inimaginables. La
Fig. 305. — Déroulement complet du pied daus la marche, i, Icrer du Ulon ; — S, appui sur let orteils ; — 3, lerer de U pointe.
radiographie reproduite (fig. 315) suffît pour faire comprendre 1 eut du pied dans ces conditions.
La hauteur du talon diminue la longueur du pas parce qu'elle
Fig. ^6. — Semelles exploratrices de la pression donnant la durée de Tappui du pied et la durée relative de Tappui du talon et de U pointe.
réduit le déroulement du pied sur le sol; on voit (fig. 300, 305 et 316) la longueur du pas se composer de la longueur du pied augmenté de Técartement des pieds ; plus le talon est élevé, moins la projection horizontale du pied sur le sol est grande, moins le déroulement est grand; le minimum de déroulement
936 MfiCANlSlIB ET ÉDUCATION DES MOUVEMENTS
correspondrait au pilon d'une jambe de bois, le maximum au pied complètement à plat. Le marcheur muni de chaussures à hauts talons repose en réalité sur la pointe des pieds, le poids du corps comprime douloureusement les orteils dans l'extrémité de la chaussure et le fait de se tenir sur la pointe des pieds provoque nécessairemeniies flexions de la jambe et de la cuisse; la longueur du pas diminue encore parce que la jambe
Il il •
i^ucAc
Fig.. 307. — Inscription des appuis successifs du pied droit et du pied gauctie pendant la marche, avec la notation des appuis et levers montrant la valeur relative du double appui.
TiïLom
Pointe
Fig. 308. — Inscription de la pression du pied sur le sol pendant la marche au moyen d'une semelle exploratrice donnant la durée relative de l'appui du talon et de la pointe.
ne s'étend pas au moment du poser (fig. 300). Ainsi tout Téquilibre du tronc est compromis et une ensellure lombaire eo Mi la conséquence.
La longueur de la semelle augmente la longueur du déroulement du pied sur le sol et par suite la longueur du pas ; mais il ne faut rien exagérer. Une semelle longue et rigide semblerait l'idéal pour allonger le pas, cela est vrai, en théorie, mais eUe exige une dépense considérable d'effort et devient extrêmement fatigante. Une semelle trop souple permettant Texlettsion complète des orteils raccourcit visiblement la longueur du pas (fig. 317 et 318).
Une bonne chaussure ne peut être faite que sur un moulage du pied ou sur une vieille chaussure qui en a pris exactement la forme. Les durillons se produisent aux endroits où la chaussure frotte sur le pied; on ne les évitera pas avec une chaussure trop large; il faut au contraire pour cela une chaussure ajustée.
r.ncnMoTios 237
MocTKMKNTS DU TRONC. — La périodicité et Tobliquitéde Tira-
Tig. 309. — Dispositif pour mesurer la durée du double appui dans la marche (Demeny).
Ko, bottines à Mmelles S miUlliques renant ea contact k U'poiDto CC «i au talon DD* pendant l'appui sor le »oI. Un circuit électrique PFP' est fermé pendant le double appui M oa «|(Bal S ioacrit la dorée de la fermeture lor on cylindre enregiitrenr En que 1 en VMot à la main par une poignée M.
pulsion de la jambe communiquent au tronc un mouvement complexe que Ton peut diviser en oscillations verticales, oscillations latérales et torsions.
OsaLLÀTioNs vBBTicALSs DU TRONG. — Les osciUatious verticales
MÉCANISMB KT KDOCATIOlf DBS MOUYEMEIfTS
tiennent à Tangle de déroulement du membre inférieur. La trajectoire de la hanche serait un arc de circonférence si celai-
Fig. 810. — Tr&eé et notation du double appui dans la marcne. AB. CD, double «ppû àa pied.
là était rigide, mais le déroulement du pied et Textension de la jambe allongent le rayon de ce cercle à chaque instant et
4o 4S' 5o ss ^ ^o ff^ /û /â- Sa W ^ ^ ^oa
Fig. 311. — Grandeur comparée de la durée du demi-pas et de la durée du double appui dans la marche.
Lei ordonnées indiquent les durées en vingtièmes de seconde. Les cadences sont portées en absciues de 5 en 5 pas à U minute (Dbmimt).
déplacent le centre de rotation; la trajectoire de la hanche prend alors une forme plus allongée (fig. 301, 304 et 319).
Le tronc repose tantôt sur une jambe étendue yerticalement, tantôt sur les deux membres obliques, il y a donc un minimum d'abaissement au commencement de l'appui du pied et un maximum d'élévation au milieu de Tappui. Pendant un pas complet, il y a deux minima et deux maxima ou deux oscilla-
LOCOMOTIOlf
tiens correspondant à deux doubles appuis et au milieu de deux appuis simples.
Mcîrc/uf Criden.ct 6o
Fig. 318. — Augmentation de la durée du double appui du pied dani ia
marche avec une charge de 50 kilog.
(fa peut comparer let longueurs dee traeés dans lee deni cas.
Ces oscillations sont très visibles sur un marcheur dont la tête dépasse un peu la crête d'un mur horizontal; on voit la této
Fig. 313. — Forme de l'empreinte d'un pied normal ; le groi orteil dirigé suivant la ligne VX,et pied déformé par la chaussure, l'orteil déyié vers l'axe der la chaussure A B.
Fig. 314. — Empreintes d'un pied normal avec la voûte plantaire et d'un pied plat (figure de gauche) qui s'écrase sur le sol.
disparaître à chaque abaissement et reparaître ensuite au maximum d'élévation.
Elles sont amplifiées si l'on porte sur l'épaule une lontuo tige élastique de fer on de bois et la marche devient alors extré-
mement pénible à cause de la période d'oscillation propre de «ette tige. On a pour la même raison autant de difficulté à
Fig. 815. — Déformations dei orteils par la chaussure étroite et pointue. Pi«d déformé eompitfé au pied normal. (Photographia par les rayons Roentgen.)
transporter un vase plein d'eau d'une certaine grandeur sans en épancher le contenu.
Pour mesurer directement les oscillations
Fig. 316. — Déroulement du pied sur le sol suivant les surfaces d'appui jambe de bois» talon bas, talon haut, marche sur la pointe des pied*.
verticales, je me suis placé dans un chariot que j'avais construit spécialement à cet effet. Roulant sur un terrain horizontal et accompagnant le corps sans en gêner les mouvements, il portait un cylindre enregistreur destiné à inscrire en vraie grandeur les oscillations du tronc à la ceinture. La figure 320 montre cette disposition et le tracé obtenu (fig. 321)^ le tabieaa
LOGOMOTIOll
(fig. 322) sont le résumé des expériences dans la marche à différents rythmes. On voit les oscillations verticales varier de 4 à
PIg. 317. — Destinée à montrer Tinfluence de la rigidité de la semelle sur la longueur du pas.'
Poor vue même inclinaison de Ut jambe le déroulement da pied eat plus complet avec une semelle rigide. a6, ab\ arcs correspondants décrits par le talon.
6 centimètres pour une cadence variant de 40 à 70 pas à la minute.
Fig. 318. — Chaussure destinée à faire des expériences sur l'influence de la hauteur du talon et de la longueur de la semelle sur la longueur du pas.
Sinuosités de la trajectoiri de la tête et du sacrum. — Forme de la trajectoire des points principaux. La tête décrit pendant Tappui du pied une courbe à convexité^ supérieure mais cette trajectoire n'est pas plane, elle présente des sinuosités latérales. G*est une courbe gauche, on ne peut la représenter par le dessin que de deux façons, par ses deux projections horizontale et verticale (fig. 323) ou en perspective (fig. 3:24) *.
i . Marey. Images stéréoscopiques des trajectoires décrites par un point da corps dans les diverses allures: — Comptes Rendus, Académie des icienees^juin 1885. Marey etDemeny, Mouvements du tronc dans la marche et la course, titrf.,3oct. 1887.
DcMBMT. — Méc. et éduc.
Cette trajectoire provient des mouvements propres du tronc à savoir : des torsions suivant un axe vertical^ des torsions
wWW~
Fig. 319. — On voit la trajectoire de ia hanche dans la marche C D E, en^^endrée par la rotation du rayon du membre inférieur autour des centres  et B (poser du talon et de la pointe) combinée avec rallongement de ce rayon D' 0 et E' E. CD' et D E' représentent les arcs de cercle décrits par la hanche s'il n'y avait pas allongfiment. X, homontale; A Y, verticale. (Voir fig. 300,301 et 333).
suivant un axe horizontal et des balancements d'avant en arrière et latéralement.
Mouvements de roRSiON du tronc. — Ces mouvements sont déjà visibles sur des images photographiques successives prises d'en haut. Pour les obtenir nous avions installé à la station physiologique une chambre noire chronophotographique à 20 mètres au-dessus d'une piste noircie, mais pour aller plus loin dans ces recherches nous nous sommes servi du procédé des photographies partielles imaginé par M. Marey, procédé qui consiste à revêtir de noir le sujet en expérience et à rendre très
LOGOMOTIOir
UZ
apparents au moyen déboutons ou de tiges brillantes les points dont on veut analyser le mouvement (fig. 325).
En fixant ainsi des baguettes blanches indiquant Taxe des épaules, la ligne des tètes fémorales et la ligne de la colonne
Fig. 320. — Chariot destiné à mesurer en vraie grandeur les oscillations verticales du corps pendant la marche (Demeity).
vertébrale, nous avons obtenu des figures où la torsion des épaules et le balancement du tronc sont manifestes (fig. 326, 327 et 328).
Voici les résultats principaux de ces expériences : Dans la marche, l'écart latéral maximum a lieu pendant Tappui d'un pied, il coïncide avec le maximum d'élévation de la télé au-dessus du plan horizontal et avec le minimum de la vitesse horizontale du tronc. La valeur est en moyenne de 2**. 5 à droite et à gauche de la ligne de progression. Cet écart varie dans le même sens que récartement des empreintes des talons ; il lui est sensiblement égal et diminue lorsque la longueur du pas augmente. L'écart latéral est nul pendant le double appui; à ce moment la trajectoire du sommet de la
tête se projette horizontalement sur la ligne moyenne de progression.
La hanche est portée en avant en môme temps que le membre
inférieur oscillant tandis que la hanche opposée correspondant au membre à Tappui reste en arrière.
Il en' résulte une torsion dont le maximum 9° environ, a lieu au moment du double appui et coïncide avec le minimum d'élévation du corps au-dessus du sol.
La torsion du bassin est nulle pendant Tappui unipédal et au moment d^élévation et d'écart latéral du tronc (fig. 3i3j.
Le mouvement de Taxe des épaules se fait en sens inverse de celui de Taxe du bassin. Il est de même sens que la projection des membres supérieurs. La torsion est maxinium en même temps que là torsion inverse de la ligne des hanches. Sa valeur absolue est plus grande, elle est de 12* environ dans la marche au moment du double appui. La torsion de Taxe des épaules est nulle en même temps que celle du bassin quand les bras passent par la verticale ; elle augmente avec la vitesse de progression.
La ligne des hanches s'abaisse du côté de la hanche suspendue et ce mouvement subsiste à toute allure marchée et courue. La ligne des épaules se relève du côté de la hanche suspendue et les deux mouvements sont synchrones. La torsion des épaules est plus faible dans la course que dans la marche et devient presque nulle dans une course rapide comme nous le verrons pius loin.
Fig. 321. — Réactions verticales du corps dans la marche, obtenues directement au moyen de TappareU ci-dessus à la cadence 55 et 65 pas à la minute.
Inclinaison dd corps. — Le corps s'incline en avant pendant la première moitié de l'appui e t en arri ère pendant la seconde moitié.
LOCOMOTION
Ce mouyement est insensible dans la marche, plus accentué dans la course, il s'exagère aveclalongueurdupas, maisn'excède pas 5 degrés dans les allures ordinaires.
Dans la «marche normale comme dan^ la course modérée les
.^ «liKieme
firJ
aÊ
Ojr
f/^fi
Vert
^Jti
irfj
PC
Ju i
les
ÎJ 1
^g. 322. — Variation des oscUlations verticales de la tête dans la marche et la course à des cadences croissant de 40 à 140 pas à la minute. Coni* paraison de la courbe des oscillations à celle des longueurs de pas.
«nonvements latéraux du tronc sont des mouvements de translation dans lesquels Taxe du tronc reste parallèle à lui-même et se transporte latéralement à chaque appui du pied d'une quantité indiquée dans la projection horizontale du sommet de la tète (fig. 326). Ce balancement a pour raison Técartement des empreintes des pieds et se combine avec le mouvement d'inclinaison du tronc en avant et en arrière; la figure 328 est la photographie eh perspective du mouvement latéral et d'élévation delà baguette fixée dans Taxe du dos du marcheur.
Différences entre les trajectoires de la tÊTB de l^épaulb et dr UL HANCHE. — Les remarques précédentes nous expliquent les -différences entre les trajectoires de.la tête de l'épaule et de la hanche d'un marcheur. Nous avons superposé les portions 4:orrespondantes de ces trajectoires en projection verticale. Nous
ayons fait coïncider les images n^ 6 qui correspondeat à la torsion nuUe da tronc ainsi que les horizontales menées par les points correspondants.