VOICI LES PIÈCES NOUVELLES
L'Ile du rcve ....
Fervaal
La Bohème
Fidelio
L' Angélus
Beaucoup de bruit pour rien.
Le Cygne (ballet) .
Cendrillon
Javotte (ballet). . . .
Louise
Le Juif polonais
Le Follet . ...
Hànsel et Grctel.
Bastien et Hastieiiiie
I phi génie en Tauridc .
Phabé
La Marseillaise.
Une Aventure de la Guimard
Raynaldo Hahn Vincent d'Indy G. Puccini Beethoven Baille . .
P. Puget .
Ch. Lecocq J. Massenet C. Saint-Saëns G. Charpentier C. Erlanger .
Lefévre .
E. Humperdinck Mozart (iluck . . .
Gedalge .
Lucien Lambert MessaL-^er .
23 mars 1898.
10 mai 1898.
i3 juin 1898.
3o décembre 1898.
2 mars 1899.
24 mars 1899.
20 avril 1899.
24 mai 181)9.
23 octobre 1899.
2 février 1900.
11 avril 1900. jer mai 1900.
3o mai 1900.
9 juin ig~>Q.
juin 1900.
4 juillet 1900.
14 juillet 1900.
6 novembre 1900.
La Fille de Tahavin . . G. Pierné. . . 20 février 190 1.
L'Ouragan A. Bruneau . . 29 avril 1901.
Pilléas et Mélisaiide . . Cl. Debussy . . 3o avril 1902.
La Troupe Jolicœur . . A. Coquard . . 3o mai 1902.
Parmi les reprises, il faut citer : Le Roi l'a dit, Zampa, Fra Diavolo, Joseph, Prosei'pi^ie, La Servante maîtresse, L'Irato, Orphée, Les Pêcheurs de perles, Phryné, Le Rêve, La Basoche, Mireille. Ajoutons que la mise en scène des oeuvres importantes qui ne quittèrent jamais le répertoire fut entièrement renouvelée.
Et M. Albert Carré n'a pas entendu moins de cent partitions ! Au nombre de celles qui ont les plus grandes chances de voir le jour, on doit mentionner Titania de M. G. Hue.
La construction et l'agencement intérieur d'un théâtre ne l'ont point laissé indifférent. Nul n'a visité la salle de Bayreuth sans avoir été frappé des avantages qu'elle offre. D'abord, le théâtre doit être de moyenne grandeur; puis l'unification des places s'impose. Plus de loges d'où les spectateurs, placés à l'arrière-plan, ne voient ni n'entendent ; plus de matériaux employés pour la construction, ni d'ornementations intérieures, nuisant à la sécurité et à l'acoustique. Un seul genre de places : des fauteuils d'orchestre convenablement espacés et simplement cannés, s'élevant graduellement, de telle sorte que tous les spectateurs puissent embrasser d'un seul coup d'œil la scène largement éclairée ; partout, des vomitoires laissant facilement écouler la foule après le spectacle; un orchestre s'abaissant à volonté, visible ou invisible suivant le caractère des pièces repré-
sentées (i) ; un éclairage habilement distribué dans la salle et sur la scène; des systèmes perfectionnés pour la manœuvre des décors, suivant les derniers procédés imaginés au Burgtheater de Vienne, ou au Residenz-Theater de Munich, ou encore au Deutsches-Theater de la même ville, et nombre d'autres perfectionnements que tout le monde réclame aujourd'hui. Nos théâtres, sous se rapport, sont encore dans l'enfance de l'art.
M. Albert Carré est tellement persuadé que l'avenir est dans ces transformations radicales, qu'il a fait dresser le plan d'un théâtre idéal ; nous disons idéal, parce qu'il se passera bien des événements avant qu'on songe à mettre en pratique des innovations qui s'imposent.
Un document qui donne également du relief à la physionomie intellectuelle de M. Albert Carré, c'est la préface qu'il écrivit en tête des Annales dit théâtre et de la musique, de M. Edmond Stoullig, pour 189g. S'occupant spécialement du prix Monbinne, il fait voir comment l'Académie des Beaux- Arts a agi contre la pensée même du testateur ea rejetant, en igoo, l'œuvre de G. Charpentier, cet opéra-comique rajeuni, transformé : Louise.
« Louise avait été proposée pour le prix Monbinne par un groupe d'académiciens (peintres.
(i)Dans la belle salle de concert élevée par les ordres de la comtesse de Béarn en son hôtel de l'avenue Bosquet, tout l'orchestre s'abaisse ou s'élève à volonté au moyen de la pression hydraulique.
sculpteurs, graveurs et architectes) sensibles à toutes les formes de l'art, mais libres dans la question d'intérêt personnel et surtout en dehors des préjugés de profession et d'école.... La proposition reçut l'accueil le plus lavorable en l'absence des membres de la section de musique.... Informés de ce qui s'était produit, les musiciens (de l'Académie) s'émeuvent. Louise est une œuvre révolutionnaire ! Son succès est un scandale ! Forme et fond, l'œuvre de Charpentier donne un violent coup de pioche dans l'édifice vermoulu du vieil opéra-comique. Il fallait parer au danger. A. la séance suivante..., Louise resta sur le carreau. L'Académie n'avait pas voulu chagriner ses musiciens ! »
Et ce jugement très critiquable de l'Académie l'amène à formuler les pensées les plus justes :
« Il n'y a rien, en art, de plus contraire au progrès, de plus dangereux et de plus stérile que la superstition des genres considérés comme des formes intangibles, comme des dogmes d'une religion immuable.
» Un genre n'est autre chose qu'un ensemble de procédés, lentement trouvés et perfectionnés, pour exprimer un état passager des mœurs et du goût, pour satisfaire une sorte de sentiments et de pensées se maintenant par l'habitude, mais que chaque génération modifie, transforme ou même détruit pour en former de nouveaux.
» L'artiste s'en sert comme d'un moule pour y couler son inspiration, mais c'est elle qui importe et non lui. Un moment arrive où le moule est fatigué et usé, où il n'en sort plus que des épreuves
sans relief, où il faut décidément le remplacer. L'originalité de chaque artiste, de concert avec le "besoin que le public éprouve confusément, travaille alors à former un moule nouveau avec les débris de l'ancien, et, peu à peu, de l'effort commun, malgré les résistances de la routine, ce moule se trouve créé, pour durer plus ou moins longtemps et être, tôt ou tard, remplacé par un autre ; car, si l'Art est éternel, ses moyens d'expression changent incessamment. »
Malheureusement, les académiciens ne partageront jamais les idées de M. Albert Carré, Ils se refuseront toujours à comprendre qu'on ne remonte point un courant et que rien ne saurait arrêter l'évolution incessante en toutes choses. L'immutabilité en art serait la perte même de cet art. Si quelques personnes, attachées encore au passé, reviennent entendre le Domino noir, Fra Dia-
-volo ce genre panaché de musique et de
parlé, la foule jeune et ardente saluera comme un progrès Carmen, le Roi d'Ys, Louise. M. Albert Carré aurait été moins surpris de la décision des vieillards de la coupole, en ce qui concerne le prix Monbinne, s'il s'était rendu compte de la légèreté et du parti-pris avec lesquels l'Académie des Beaux-Arts octroie le plus souvent les divers prix ■dont elle a à faire la répartition.
La carrière de M. Albert Carré serait imparfaitement tracée si nous ne mentionnions pas ses très fines et charmantes œuvres théâtrales : La Bosse dît vol, vaudeville en un acte, représenté en l'année 1879 '^ l'Athénée (plus de deux cents représentations) ; Les Beignets du Roi, musique de Ber-
nicat, joués, en 1882, à l'Alcazar de Bruxelles, puis donnés à Paris aux Menus-Plaisirs en 1888, sous le titre nouveau de : Les Premières Années de Louis XV (musique de Bernicat et de Messager); L'Amour en livrée, à l'Eldorado (i883); Le Docteur Jojo, comédie en trois actes, joué plus de cent fois au théâtre Cluny (1888); La Basoche, opéracomique, musique de Messager, qui, en 1890, remporta un si vif succès à l'Opéra-Comique et a été repris en novembre igoo sur la même scène ;. La Souricière, comédie en trois actes, en collaboration avec Al. Bisson, donnée aux Variétés en 1892, et Le Veglione, comédie en trois actes,, également en collaboration avec Al. Bisson, au Palais-Royal en 1893.
Au physique, M. Albert Carré a l'aspect militaire : figure sympathique, dont les yeux vous regardent avec douceur, mais laissent deviner une fermeté très marquée.
Son esprit toujours en éveil, sa finesse d'observation, son flair pour inventer ce qui plaira au public, ses connaissances en musique et en littérature, ses aptitudes remarquables pour la mise en scène, ses idées très arrêtées en matière d'organisation théâtrale, ses tendances pour le mouvement en avant, ses audaces intelligemment calculées, son expérience en font un directeur de tout premier ordre.