‹ Médaillons contemporainsChapitre 17 sur 35 · FISSOT (ALEXIS-HENRY · texte numérisé non relu

FISSOT (ALEXIS-HENRY

(Un lisant attentivement les œuvres émanées de la plume de Henry Fissot, on penserait à un artiste né dans une contrée limitrophe du Rhin. Il se dégage, en effet, des rares et charmantes pages écrites par lui jusqu'à ce jour un sentiment de poésie bien proche parent de la Sehnsucht allemande, un vague parfum rappelant celui des Lieder du romantique et divin maître Robert Schumann. Et, cependant, c'est à Airaines (Somme), en pleine Picardie, que naquit le 24 octobre 1843 Fissot (Alexis-Henry), le pianiste-organiste-compositeur, qui fut professeur d'une des classes de piano les plus importantes du Conservatoire.

Son père n'était qu'un très modeste commerçant. Sans avoir jamais appris la musique, il dévoilait des tendances surprenantes et très arrêtées pour cette branche de l'art. Il n'avait qu'une idée fixe, faire de son fils un musicien. Il acheta un piano à Paris et, dès l'âge de deux ans et demi, le jeune Henry fut installé devant le clavier. On se moquait bien un peu, dans le petit

entourage provincial, des hautes visées du père ; mais rien ne pouvait le détourner de son projet, qu'il poursuivit avec d'autant plus de ténacité qu'il y fut encouragé par les dispositions très heureuses qu'il rencontra chez son fils. Les progrès de l'enfant furent si rapides, malgré l'absence de maîtres sérieux, que le père le conduisit à Paris à cinq ans et le présenta au Conservatoire. On lui fit observer qu'il était beaucoup trop jeune pour suivre les cours de notre grande école de musique et qu'il ne pourrait concourir pour l'admission que lorsqu'il aurait atteint l'âge de dix ans. En attendant, le jeune pianiste fut placé, à Amiens, dans une pension où, tout en faisant ses études élémentaires, qui révélèrent chez lui des dispositions très marquées pour les mathématiques, il prit des leçons de musique d'un professeur de violon nommé Garidot, qui était loin d'être une étoile.

Sans attendre l'époque fixée par les règlements pour l'admission au Conservatoire, le père de Fissot le conduisit de nouveau à Paris et le présenta à l'école de la rue Bergère, où l'on voulut bien, sur une décision du directeur, le recevoir, malgré son jeune âge, le 5 octobre i852. Il n'avait pas encore atteint sa neuvième année.

Ses succès furent rapides, prodigieux, on peut le dire ; il est facile de s'en rendre compte par la lecture du tableau suivant :

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