‹ Médaillons de poètes, 1800-1900Chapitre 43 sur 52 · LE COIN DES RÊVEURS · texte numérisé non relu

LE COIN DES RÊVEURS

Dans notre revue des poètes, qui touche à sa fin, j'allais oublier le coin des rêveurs. On pense aux dominateurs, aux triomphateurs, à tous les lauréats du théâtre, des cénacles ou des académies, €t l'on ne songe pas aux songeurs, qui sont parfois aussi des inspirés. Mais voici que la mort prématurée de l'un d'entre eux nous lait souvenir que nous devons aimer aussi ces doux visionnaires, qui à notre âme ne disent rien de très précis et de très fortifiant — le Rêve est un moins haut inspirateur que ridéal, — mais savent pourtant distraire nos pensées et bercer nos douleurs par leurs fantaisies et leurs mélodies. Sans être des éducateurs^ ils sont aussi et pourtant des enchanteurs. En nous murmurant leur plainte, ils endorment la nôtre ; en nous contant leur fantaisie ils nous arrachent pour une heure aux médiocrités et aux laideurs de la vie courante, de sorte que ces enchanteurs sont peut-être aussi des bienfaiteurs.

GABRIEL VICAIRE (i)

Tel fut précisément le poète de THeure enchantée, ce Gabriel Vicaire qui vient de mourir après Albert Samain, et qui habitait lui aussi^ sinon le (( jardin de l'infante », du moins « le clos des fées ». C'était avant tout un enfant du Rêve. Pour le public, qui, souvent superficiel et systématique, classe un auteur d'après ses premiers vers. Vicaire était surtout un épicurien et un malin. N'avait-il pas écrit dans Emaux bressans des vers gaillards sur les belles filles et sur les bonnes poulardes, dans les Déliquescences, des vers d'une piquante et subtile ironie ? Sans doute, mais il en a écrit bien d'autres, et supérieurs. Et si Ton goûte la saveur de cette peinture :

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