MÉDAILLONS I)K POÈTES
de notoriété. Il a publié six ou sept volumes de vers et tous sont de valeur et ont leur charme. Si le premier livre du poète était, comme dit Vicaire, « tout de grâce et d'exquise fraîcheur», les suivants marquèrent plus de maturité et aussi de mélancolie. Par son esprit, Andr é Foulon de Vaulx est volontiers du xvni^ siècle : par son âme, il est bien du nôtre et de la fin du notre :
Ame en exil, à qui tout paraît étranger, Ame qui ne connaît que Thiver et l'automne, Ame rase et sans fleurs, Tune lande-bretonne, Qu'habite un opalin et douteux demi-jour. Ame veuve à jamais de jeunesse et d'amour... Ame d'incertitude, âme de nonchaloir.
(L'Accalmie.)
Et cette âme ressemble aux choses ou les choses ressemblent à cette âme.
La chambre est nue et froide et ses murs de bois blanc Ont je ne sais quel air amorphe et somnolent, Un air atone, un air presque veule, un air neutre ; Les pas y font un bruit plus sourd que sur du feutre ; Le parquet est éteint, empoussiéré, terni. Les fauteuils ont un ton d'usure, un ton fini. Un ton de lassitude, un ton de nonchalance. Et la pluie en dehors épingle le silence.
(L'Accalmie.) Et c'est ainsi qu'après avoir fait du Chérubin
dans les Jeunes TendresseSj du Frontin ou du Fridolin dans la Fée Mlguette, André Foulon de Yaulx fait du Rodenbach dans I'Accalmie ou la Vie Eteinte. Il en fait même trop et trop bien. Jeune encore, il subit involontairement l'influence des maîtres ; il se garde sans doute de l'imitation, pas assez de l'empreinte ; pas assez non plus du maniérisme, de l'attitude chagrine et morose. Le public, — lequel après tout ne se trompe jamais complètement dans ses engouements ou ses oublis, — ne s'attache pas à qui fait tant le détaché. Cet inspire du Rêve en est aussi la victime. Le Rêve a trop fait delni un solitaii'e, un découragé, un désenchanté. « Le Rêve a déformé mon àme.» dit-il quelque part; eh bien, qu'il la redresse par l'effort elle vouloir; et cette âme connaîtra encore debeaux jours, tout en donnant les beaux fruits qu'elle promet.
CHARLES LE GOFFIC (i)
Mais au Rêve, fait-on jamais sa juste part ? C'est du moins ce qu'a tenté Charles Le Goffic, essayant d'équilibrer dans sa vie et dans son àme la rêverie et 1 activité, le songe et l'observation. Observa-
(1) Amour Breton, Le Dois donnant.— Lenicrre, éditeur.
leur, il fait du journalisme, il écrit des chroniques ou des romans documentaires ; songeur, il a compose deux minces volumes de vers, d'un poids léger, mais d'une tonalité intéressante et pénétrante: Amour Breton et le Bois Dormant.
Et à quoi songe-t-il ce provincial qui habite Paris? A sa province naturellement, à sa chère Bretagne lointaine, car lui aussi, lui surtout, a une sensibilité « lande-bretonne ».
Une aube de douceur s'éveille sur la lande,
Le printemps de Bretagne a fleuri les talus...
O printemps de Bretagne, enchantement du monde!
Sourire virginal de la terre et des eaux !
C'est comme un miel épars dans la lumière blonde.
Viviane éveillée a repris ses fuseaux.
(Le Bois Dormant.)
En vain son travail, sa profession, ses habitudes le retiennent dans les cités ; son cœur est toujours (( en partance » vers la terre natale, si chaste et si saine.
Viens-t'en nous aimer ailleurs, N'importe où, mais loin des villes ; Viens-t'en sous des cieux meilleurs.
O chants des flots sur le sable, Vous m'aurez bientôt guéri, Si mon cœur est guérissable.
(Amour Breton.
Les exilés de l'Idéal disent : Là-haut! luij l'exilé de Bretagne, murmure : Là-bas!