‹ Médaillons et caméesChapitre 10 sur 24 · Mirecourt · texte numérisé non relu

Mirecourt

Pendant quelque temps, il essaya de divers moyens de gagner sa vie, mais chacun d'eux ne le conduisait qu'à mourir de faim. Trompé, dupé, joué par d'habiles industriels, sans amis, sans argent, sans espérances et presque sans illusions, il arriva bien vite au bout de ses ressources. Il essaya alors de la littérature, mais ce fut d'abord sans aucun succès.

Un jour, il rentra chez lui, l'âme brisée, l'esprit découragé, complètement abattu, et le corps fatigué par les plus pénibles privations. Il monta donc, chancelant, faible, à la mansarde qu'il occupait, rue de la Cerisaie, aux environs de la Bastille. Le lendemain, on ne le vit pas descendre.

On grimpa l'escalier, on écouta à la porte, on n'entendit aucun bruit, et finalement on pénétra dans la misérable retraite, où l'on vit Féval gisant, inanimé, un livre entre les mains. Ce livre, c'était Y Imitation de Jésus-Christ, seul et dernier bien que le pauvre n'eût point vendu. Aussitôt, comme il arrive à Paris, où la foule rit du moindre accident, mais où vingt mille bras s'offrent pour porter un enfant malade chez le pharmacien, aussitôt l'on s'émeut; on court chercher un médecin, et le médecin déclare que ce jeune homme se meurt d'inanition.

Le reste se devine. Des amis improvisés soignèrent le malade : l'aventure fit du bruit dans le quartier, et, peu de jours après, Paul Féval faisait le premier pas de sa vie littéraire, en débutant, comme correcteur, au journal le Nouvelliste.

En ce temps-là régnait sur le feuilleton le citoyen Eugène Sue qui publiait, dans le Journal des Débats, les Mystères de Paris, cet immonde roman où l'auteur

a donné libre carrière à son imagination dépravée, et qui obtenait un succès immense, précisément à cause du scandale qu'il renouvelait chaque jour.

Paul Féval, — qui venait de publier une nouvelle fort originale, le Club des Phoques, dans la Revue de Paris, les Chevaliers du Firmament, dans la Sylphide et le curieux récit intitulé le Loup Blanc, dans le Courrier Français, — vit un matin entrer chez lui M. An ténor Joly qui s'était créé la profession lucrative d'entrepreneur littéraire, et qui, du reste, rendait de véritables services aux débutants.

Cet habile négociateur, qui se chargeait de la fourniture des bons auteurs et des bons romans, les uns portant les autres, lui proposa d'écrire les Mystères de Londi'es. On voulait opposer une concurrence sérieuse au mercantilisme du socialiste Sue, et le Courrier Français exigeait, coûte que coûte, dix volumes de Mystères. Un auteur anglais chargé de les écrire, avait broché une œuvre lourde et indigeste.

Paul Féval publia une quinzaine de chapitres, et ce fait, accompagné de secrétaires, escorté d'un train de maison complet, il partit pour Londres oîi il termina ce premier récit de longue haleine, qu'il signait sir Francis Trollope, et qui lui fit une réputation bien méritée. Les Mystères de Londres sont, au dire d'un critique « une œuvre considérable par ses dimensions, bien conduite et bien soutenue. Paul Féval s'y révèle avec toutes les qualités et tous les défauts de son talent. Ecrivain d'une imagination vive, colorée, puissante; conteur habile, chatoyant, intarissable^ il est maître de tous les fils de sa trame, et tient en main,

comme un réseau dont il enveloppe le lecteur, les mailles les plus serrées de l'intérêt. »

Paul Féval, n'a pas, comme Georges Sand, écrit des romans de toute espèce : il n'a fait que des histoires de cape et d'épée, ou des récits d'aventure ou encore d'excellentes études de mœurs. 11 ne s'est jamais soucié de la politique, encore moins des questions sociales; il n'a pas grand goût aux choses champêtres, ni aux dissertations esthétiques, non plus qu'aux peintures des mauvaises mœurs. Il aime l'action, le combat, la vie, les grands coups d'épée, les folies héroïques, les drames impossibles.

Sans aucune prétention à se poser en historien, comme Alexandre Dumas, qui s'imaginait avoir inventé la science historique, et inventait, en effet, une histoire pour son usage personnel, il excelle à peindre les mœurs et les caractères des siècles passés.

L'amour violent de la patrie se retrouve constamment chez M. Féval. Si Georges Sand s'est réservé le Borry, Méry Marseille, La Landelle la mer, Henri Conscience la Flandre, Paul Féval a, pour ainsi dire, accaparé la Bretagne. 11 en admire tout, et quand il se moque, c'est le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux: il admire les genêts et les landes désertes, les falaises et les bas-fonds, les ciels orageux, les forêts ombreuses, les débris druidiques, les ruines féodales, les villages perdus sous l'ombre des chênes, les cabanes fumant dans le creux des ravins; nulle harmonie ne lui est plus suave que le son aigre du biniou ; il préfère la bouillie de sarrasin à l'ambroisie; il estime Gothon fumant sa pipe noire au coin de l'âtre, et Yaumc le pâtour, braudir^sant d'une main robuste

son bâton ferré, et même Alain s'enivrant d'eau-devie ; il donnerait Venise pour la bonne ville de Quimper, et troquerait contre Vitré, Florence la jolie, s'i^ était, pour son malheur, propriétaire de Venise et de Florence.

Il n'est au monde que la noblesse de Bretagne qui soit de bonne souche, de pur lignage et de haut parage; et quel culte Féval a pour ces vaillants fils de l'Armorlquc! Est-il nom qui sonne mieux à ses oreilles qne celui de Rohan ? Bourbon et Montmorency ne sont que petite race à côté de cette race de géants qui produisit le père de La Louve. L'écrivain n'aurait pas plus grand respect pour Rohan, quand il pourraitdire de lui-même :

Roi ne puis : Prince ne daigne : Rohan suis!

Ce n'est pas qu'il ne sache railler les hobereaux : il maltraite volontiers les traitants ornés de savonnettes à vilains, et je me souviendrai toujours du trio de vicomtesses du Château de Velours : la vicomtesse Le Brec du Hartz de Cramayeul-en-Géveson-les-Fosséssur-Papayoux, la vicomtesse de Honnihic, la vicomtesse de Galirouët, et de quantités d'autres vicomtesses dont l'histoire imprudente a oublié les noms. Et M. Le Mihir de Crapadeuc, maire de Vesvron, et l'entrepreneur Berthelleminot de Beaurepas, chevalier de l'Aigle d'Or de Souabe? Quels noms significatifs! Ils contiennent plus de satire à eux seuls, ces noms magiques, que tout un volume de satires grecques ou latines.

Eh bien! cet amour immodéré du pays natal est-il donc blâmable, en un temps où le patriotisme est une

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vertu si rare qu'on est tout surpris d'en voir de temps à autre un exemple, et qu'on serait tenté de décerner un prix à tout homme convaincu d'aimer sa patrie?

Paul Féval n'oublie jamais d'introduire le comique dans ses drames les plus noirs. Il oppose volontiers le rire aux larmes, et parfois même il abuse de ces antithèses en action qui deviennent alors fatigantes pour le lecteur. Il caractérise son personnage bouffon par un mot, par un lambeau de phrase, qui revient dès lors jusqu'au bout, dans le roman, à chaque situation un peu tendue. La caractéristique de Cocardassc c'est Junior \ son mot, c'est As pas pur! prononcé en correct idiome de Gascogne ; le As pas pur! vous révèle la longue brette, le manteau effiloqué, la moustache pointue de ce bourreau des cœurs, soudard sans sou ni maille. Dans le Jeu, de la mort, les comiques sont nombreux; il y a Romblon-Ballon, assassin poussif; il y a Honoré le happe-monnaie; il y a Menand jeune, notaire, amateurs d'oignons crus et de ficelle de fouet; il y a aussi Guérineul^ chevalier peureux, qui jure nom de bleurre! et surtout M. Berthelot-Berthellemot-Berthelleminot de Beaurepas, chevalier de l'Aigle d'Or de Souabe, entrepreneur! Le drame, lugubre et sombre comme un pastiche de feu raistress Anne Radcliffe n'a que des innocents pour acteurs, des innocents ou des farceurs qui s'entretuent en riant.

Le comique se retrouve dans les Compagnons du silence et le Prince Coriolani, en la personne d'un Anglais, Péter-Paulus Brown, de Cheapside, un Anglais étonnant, ressemblant à miracle, et qui permet au romancier de recommencer une charge à fond de train

contre la perfide Albion. Peter Paulus et la digne Pénélope, son épouse, sont destinés à devenir classiques dans le romantisme.

La série des romans d'aventures de notre héros est inépuisable. L'un des plus célèbres est le Fils du Diable qui révèle une grande richesse d'imagination, et dont quelques parties sont d'un intérêt terrible. Quelle diversité dans les caractères! Le belliqueux Georgyi, l'empoisonneur Mira, le juif Mosès Geld, le hideux Reinhold, opposés aux vaillants fils de Bluthaupt, Otto, Albert et Goëtz, à la charmante Denise, à la ravissante Gertraud.

Paul Féval a écrit peu de romans d'analyse ; il n'esquisse pas ses « bonshommes; » il les sculpte; on les voit tels qu'ils sont, non pas entièrement vertueux ou entièrement corrompus, mais avec les qualités et les défauts qui s'associent chez tout homme. On ne peut être courageux sans être indépendant et fier; on n'est jamais, ou rarement, si mauvais qu'il ne reste aucun vestige de bon sentiment dans le dernier repli de l'âme. Paul Féval s'entend à merveille à découvrir, à faire mouvoir ce vestige, cette ombre de vertu qui gît ensevelie sous les passions et les vices ; et Tétincelle couvant sous la cendre, réchauffe parfois la matière inerte, et ce reste d'amour, de patriotisme, de respect, de foi qui sommeillait au fond de cette âme s'éveille tout à coup, se développe, grandit et sauve. Il y a toujours dans l'homme un côté, bon ou mauvais, qui reste inconnu ; on a le caractère qu'on a ou qu'on veut avoir, que Ton montre ou que l'on cache.

J'aime la simple et divertissante histoire d'un notaire et d'un tonneau de poudre d'or, qui nous est

contée sous le litre de Roger Bonlemps. Il y a dans ce Roger Dontemps une fraîcheur, une vivacité d'impressions, un luxe de descriptions, une étude de mœurs qui m'a toujours charmé infiniment.

Fi des vampires que Paul Féval introduit dans les Cinq et dans le Chevalier Ténèbre ! Eux seuls m'ont fait prendre en horreur les pays d'Orient, et même pour le tonneau de poudre d'or du joli notaire, je n'irais pas pérégriner en Moldavie, chez les Valaques ou chez les Serbes. Les fantômes bretons me paraissent de meilleure compagnie et je les hante plus volontiers ; Féval ne les épargne point, il en use avec coquetterie, il les choie, il les décora', simplement parce qu'ils sont de Breiagne. Mais aux ianlômes, je préfère de beaucoup les vivants, Bretons ou autres, quand ils seraient brigands, golden dagger, compagnons du silence, molly maguires, ou membres du mystérieux Tugendbund.

Mais aurions-nous donc la présomption d'analyser un à un, tous les ouvrages de Paul Féval, le Chevalier dé Kéramour, Fontaine aux Perles, les Couteaux d'or, la Reine des Epées, l'interminable épopée des Habits noirs, enfin cette collection inépuisable de romans qui a fait de leur auteur le chef des romanciers contemporains ?

Qu'il me soit permis seulement de citer encore la Première aventure de Cofentin Quimper, livre exquis, écrit avec une verve étourdissante, une bonne humeur qui ne ralentit jamais, un livre d'impressions singulières, livre qui semble, par ses paradoxes, ses portraits pris sur le vif, ses dialogues si piquants, être

le résultat d'une gageure. Comment analyser chacune de ces œuvres légères, souvent relues, il est vrai, mais dont la meilleure mémoire ne saurait garder qu'un reconnaissant souvenir?

La seule critique sérieuse qu'on puisse faire du procédé de Paul Péval, c'est que ce maître écrivain affecte parfois des allures trop originales. Il tâche à s'assimiler les locutions, les manières de parler, des pays oîi il conduit son lecteur; il parle alors avec complaisance de « l'intendant second de la police ; » du « camérier second du prince ; » il appelle un héros italien messer, ou bien il dit : « le » Doria Pamphili, x< des marquis d'Angri. >> C'est un peu plus que de la couleur locale. La grande estime qu'il a pour les noms de noblesse l'empêche d'inventer les grands noms qu'il veutàses marionnettes. Cen'estpaslui quise forgerait de toutes pièces l'armoriai que M. de Gramont inventa pourBalzac. Il ressuscite les dynasties éteintes ; par sa volonté, il a créé un duc de Nevers et un prince de Gonzague ; il réédifîe aussi, pour son usage, les princes Cantacuzène, les Comnène, les Paléologue, les ducs de Longueville, les Monteleone. Je le blâmerais volontiers de cet attrait pour des noms qui ne sont pas conventionnels et qui peuvent souvent égarer le lecteur. Sans doute, on ne s'y trompera pas, en voyant dans l'entourage du roi napolitain Ferdinand II, les noms qu'il y a mis ; Malatesta, Doria, Gravina, Malaspina, etc. Qui ne sait que les Malatesta sont de Rimini ; les Doria, de Gênes ; les Gravina, de Rome ;les Malaspina, de Carrare? Mais il faut laisser les noms historiques aux faits historiques. Ses acteurs seraient aussi gracieux avec des pseudonymes.

Il en a tant créés de ces héros d'un ou de deux volumes ? La jeunesse a pour lui des attraits qui lui donnent une indulgence d'oncle à l'égard de son coquin de neveu. Le jeune homme qu'il met en scène est toujours un diable-à-quatre, enragé de fredaines, timide comme une fillette, cœur de bronze, et tête de feu, un lion sous la peau d'une brebis, un galant danseur, joyeux viveur, mauvais sujet un brin, coquet, gracieux, souriant, téméraire, hardi comme un page, étourdi comme un phalène, sans expérience et rompu à tous les arcanes de la vie, bref une perfection, ou peu s'en faut ! Ainsi, Tiennet Blône qui devient le capitaine Mazurke, ainsi le chevalier d'Athol, ainsi Loriot, Didier, Roger, Gaston de Maillepré, Frantz, Lagardère, et leurs vingt ou trente jumeaux.

Mais vous ne parlez guère, me dira-t-on, du rôle que PaulFéval accorde aux femmes dans ses romans ? Walter Scott a créé Diana Vernon, Minna et Brenda Troïl, Effie et Jenny Deans, Lucie de Lammermoor ; nous devons à Shakespeare, Ophélie, Porcia, Desdemone, Juliette, sans parler des joyeuses commères de Windsor ; Balzac nous a peint madame Marneffe et madame Graslin, Eugénie Grandet et Modeste Mignon, madame Schontz et Malaga, madame de laBaudraye et Camille Maupin. Citez les héroïnes de Féval ! Ceci est une question délicate. Paul Féval a, comme tous les esprits d'élite, répugnance à tracer des tableaux où la passion, embellie, charme ; il a horreur des courtisanes, il estime peu Célimène, et méprise fort Marion Delorme. Il s'est gardé comme delà peste, des sujets qui plaisent trop à ses émules; toujours . chaste, même lorsque les nécessités de sa fiction le

contraignent à analyser la terrible passion que ses confrères mettent à toute sauce, il n'a pas imaginé d'autres amours que des idylles honnêtes, pures, permises, et qui n'ont jamais d'autre dénouement que le dénouement traditionnel : le mariage.

Il réserve donc pour les fillettes candides qu'il destine à ses héros, les couleurs les plus limpides de sa palette : Denise, Berthe, Angélie Doria, Anna et Glary Mac Nab, Charlotte d'Alex, Aurore de Nevers, Chiffonnette sont de gentilles ingénues, pures de la moindre mauvaise pensée et qui seraient accueillies à bras ouverts dans le couvent le plus austère. A part ces jeunes filles, belles et innocentes comme Ophélie, Mina, Ursule Mirouët, je ne trouve que rarement dans les livres de Féval des types d'aventurières, la Marguerite de Joulou, Agnès de Méranie, la Fanchette du Dernier vivant; encore, sont-elles des ambitieuses, des orgueilleuses, avares, méchantes, cupides, plutôt que ces immondes femelles dont le type se résume en madame Marneffe.

Le trait caractéristique du talent de Paul Féval, c'est qu'il n'a pas mis ses écrits au service d'un système. 11 n'a d'autre prétention que celle d'amuser. Il est un conteur et non un moraliste. Il ne s'est pas, comme Eugène Sue, complu à étaler des plaies sociales incurables, excitant les convoitises des malheureux; il n'a pas, comme Frédéric Soulié, peint la société sous des couleurs horribles, poursuivant l'idéal du mal, comme d'autres recherchent l'idéal du bien, proclamant l'ubiquité et l'impunité du crime.

L'absence de visées originales fait précisément son originalité, comme l'absence des peintures systémati-

quement immorales fait la moralité de son récit. Il va oîi son imagination le conduit, mais comme son imagination n'est pas pervertie et qu'il n'a aucun parti pris, le vice et la vertu ont une part à peu près égale dans ses œuvres, sans que la vertu soit monotone, sans que le tableau du vice soit démoralisateur. De toutes les œuvres que, depuis quarante années, il ne cesse de produire, il n'en est pas une qui ait eu pour effet d'exciter les rancunes du peuple et de propager la haine.

Certes, les hommes sont faits pour dégoûter des meilleures causes, a dit Joseph deMaistre; et l'écœurement est grand, quand on ne considère que les choses humaines!... Quelle souffrance plus amère que de juger ceux qu'on aime et qu'on respecte! quelles acres colères contre ceux qu'on a jugés! Mais au-dessus des hommes, de leurs agissements grotesques, de leurplatitude, de leur mesquinerie, de leurs bassesses, il est heureusement des abstractions, où l'âme, l'esprit et le cœur se réfugient. Il est des principes, il est des doctrines, il est des idées, — j'allais dire des illusions — qu'il faut défendre à tout prix, quand on serait un désabusé !

Paul Féval les défend, lui. Après quarante années de combat, le voici encore sur la brèche. Il nous apprend à nous, les jeunes, — ironie des mots! — que déserter le champ de bataille est un crime lâche. Il nous donne l'exemple, en courant tête baissée dans la mêlée.

Précipité comme nous, dans le Maëlstrom monstrueux de l'anarchie révolutionnaire, il lève un regard sérieux vers les cieux, et tandis que la barque pourrie

circule sur les flancs du vaste entonnoir, qu'elle raie en tournant, il méprise l'abîme qui nous aspire et il crie, dominant le fracas des flots : Serviamf Je servirail... quand même!...

Est-ce donc à nous, les dévorés de la fournaise parisienne, à nous les victimes du cloaque, à nous qui sommes nés d'hier et qui n'avons souff'ert, en définitive, que de la faiblesse de nos pères, de bégayer Tinfâme Après nous le déluge/... des incroyants et des désespérés?...

Non. Tant qu'il restera sous notre front une étincelle de vie, tant que nous tressaillerons aux mots de Dieu et de Patrie, nous chargerons l'ennemi, en suivant les traces de tant de gens de cœur, intrépides et bons, parmi lesquels il est, ce Breton bien digne de cette Bretagne oii l'on criait à Beaumanoir, mourant de soif :

'( Bois ton sang, Beaumanoir! ta soif passera! »

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