LES MARDIS D'ALPHONSE DAUDET
récemment chez l'éditeur Charpentier le poète Coppée et l'illustre seigneur Gambetta? On venait d'inaugurer le monument de Corot, et ce jour-là on fit trêve à la politique. D'ailleurs, le Président se pique de littérature; il a de la lecture et se déclare l'ami des artistes... On voit bien Mécène ; mais où est Virgile ?
M. Edmond de Goncourt collabore avec une troupe de jeunes poètes dont il est fort entouré. Quel nouveau roman prépare-t-il, après cette Fille Elisa qui a mené si grand bruit? Ou fournit-il à M. Saint-Juirs, — un vrai jeune, — le meilleur ami de M. René Dclorme, de la Vie Moderne, le plan d'un drame à prendre dans un de ses romans?
Parmi ces groupes divers, qui apparaissent dans le nuage bleuâtre de la fumée des cigarettes, va et vient M. Ernest Daudet, que ses livres diplomatiques ont fait mieux connaître que ses romans. La tête d'un militaire sur le corps d'un attaché d'ambassade: œil vif, démarche inquiète, c'est au surplus un journaliste inquiétant. Son œuvre politique la plus habile a été de réconcilier son frère avec la feuille du matin où venait de paraître un portrait à l'emporte-pièce, signé Pierre Quiroul '.
Ce n'est point ici Rambouillet : on y cause à l'aise, de tout un peu; l'hôte est cordial, plein de sollicitude pour les égarés de son troupeau. A force de stratégie, on empêche des rencontres dangereuses : hier celui-ci éreintait celui-là dans son feuilleton. Qu'ils ne s'approchent pas, au moins, l'un de l'autre! Ce poète élégiaque mettrait flamberge au vent si ce réaliste