‹ Médaillons romantiquesChapitre 100 sur 121 · I. Victor l'a-vie : Les IkvenaniK, Œuvres choisies, I. II · texte numérisé non relu

I. Victor l'a-vie : Les IkvenaniK, Œuvres choisies, I. II

PAUL FOUGHER

PAUL FOUGHER

« Il était si jeune », disait, en parlant de Paul Foucher, et en citant une de ses boutades, un des anciens habitués du Cénacle. Pendant des années, il fut, ou rue Notre-Dame-des-Champs, ou à l'Arsenal l'enfant gùté à qui l'on passe mille innocentes folies, qu'on gronde en souriant, et qu'on se désolerait de voir devenir subitement sage, tant il semble que sa gaieté fasse partie intégrante du fonds de mérites et de travers mis en commun, sur lequel tous s'alimentent. Point de femme spirituelle et jolie à qui il ne fasse quelque peu la cour, en rimant. Point de fêle, manifestation littéraire ou sauterie improvisée chez Nodier qui s'organise sans lui. Point de réunion où l'on danse, où l'on cause, où l'on chante,

OÙ l'on dise des vers, dans laquelle n'émerge de quelque groupe cette fine tête aux cheveux bouclés, tête d'adolescent, presque d'enfant, modelée en un médaillon charmant par David d'Angers. « Il est si jeune », il n'a pas vingt ans. Et pourtant il connaît déjà les déboires du théâtre, les rebuffades des directeurs de revue, des éditeurs, tous les échecs déconcertants du métier d'homme de lettres pour lequel il se sent un attrait invincible et malheureux.

Autour de lui on ne parle que d'art et de poésie. Mais on en parle entre gens à qui la gloire a déjà tendu ou commence à tendre la main. Le débutant aux oreilles de qui tant d'applaudissements résonnent se désole en songeant qu'il n'y en aura peut-être jamais une part pour lui. Il ne jalousé point ceux qui les recueillent, il se réjouit de voir peu à peu ou brusquement leurs noms grandir. Seulement, à mesure que s'élève leur renommée, il vit davantage dans leur ombre, se résignant à des labeurs de moins en moins proches de ceux qu'il a rêvés. Et de tout cela naît un découragement, une mélancolie, d'autant plus expansive — pour peu qu'elle trouve une oreille à qui se confier — qu'elle est alors assez de mise et pour ainsi dire à la dernière mode du jour. Il arrive même qu'on la prenne pour marque

de supériorité d'esprit. N'est-ce point à peu près en ce temps que Stendhal écrivait, dans une de ses lettres : « Une chose fait naître le grand^ génie, c'est la mélancolie»? Il y avait, dans la génération littéraire dont Paul Foucher faisait partie, plus d'une jeune tête disposée à croire que, si la mélancolie, ou pour mieux dire — et pour employer une expression juste qui n'a point d'équivalent — cet indéfinissable et trop réel « mal du siècle » ne faisait point précisément « naître le grand génie », le grand génie ne pouvait du moins s'en garder complètement.

Paul Foucher crut à cela plus que personne. Ainsi éclairée, sa physionomie apparaît comme vraiment caractéristique parmi bien d'autres du même temps. Aussi m'a-t-il semblé que ceux qu'avait pu émouvoir un instant le récit du « lamentable échec d'Amy Jiobsart » ne liraient peut-être pas sans intérêt ces quelques fragments de lettres où s'étale naïvement la mélancolie si goûtée aux environs de 1830. On trouvera, chemin faisant, non point sans doute la chronique littéraire en raccourci constituée par les lettres de Sainte-Beuve au même correspondant, mais quelques menus détails inédits ou peu connus, et surtout, je le répète, la manifestation, affectée peut-être dans la forme, mais au fond sincère, cle

Tétat d'àme commun, après tout, à beaucoup d'êtres du même milieu et du même temps.

Octubie 182"'.

...Comment répondre, mon flicr ami. à tant de Ijoiitt' et à tant d'esprit? J'ai aillant (l'amilii' nue vous, mais je ne sais pas aussi ijien l'exprimer. Je veux pourtant vous dire combien je suis sensible au souvenir que vous avez gardé de moi. Je veux vous dire aussi que la même raison qui vous a empêché de m'écrire m'a interdit pendant cpielque temps toute espèce de plaisir, et même de consolation. Vous voyez que je ne devais pas songer à vous.

Oui. vous avez bi<^n caractérisé notre amitié. raj> procbement soudain, et pour ainsi dire électrique, de deux âmes qui cherchaient chacune sa pareille. .Mais la mienne date d'une époque où vous ne saviez pas encore que j'existasse ; c'est lorsque Victor Hugo m'a montré ces lettres si vraies qui exprimaient toutes les soutTrances vagues que vous résumiez si bien en quelques mots: « J'ai mal à l'àme ». Je fus surpris de trouver des sensations que je croyais n'appartenir qu'à moi. tant elles étaient bizarres et pour ainsi dire extravagantes vis-à-vis des hoiumes tpii, comme l'immense majorité de la société, ne trouvent de souffrance que là où il y a douleur, ou de ceux qui par une organisation particulière ont l'esprit trop plein pour admettre de telles rêveries. Car c't'st un mal singulier que celui-là; ce n'est |)as le spleen, ce n'est pas le dégoût des voluptés: il

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