I. LoUrc inédite
s'altaque aux cœurs vierges, à ceux qui n'ont pas encore joui : il cède momentanément à ces transports qu'excitent les arts, à ces plaisirs, à ces espérances, à ces illusions dont la ressource manque à ceux qui en sont rassasiés. Ici le remède est ce (jui est là la cause du mal, et ces deux maladies se ressemblent pourtant: l'une est le dégoût d'avoir trop éprouvé, l'autre, c'est la satiété d'avoir vécu trop peu.
Oui, mon cher Pavie. croyez-m'en, cette tristesse céderait à quelque séjour dans Paris, et surtout à un travail obstiné. Vous ne pouvez vous décider au grand travail. Vous aimez mieux disséminer votre génie. Je le conçois. Rien ne vous excite là-bas, rien ne met en fermentation le trop plein moral, cette surabondance de chaleur et d'imagination, ce génie rentra qui vous fait mal. Ici chaque soir les accords de Uossini, le jeu de miss Smithson, mille autres enchantements |)roduiseiit dans les facultés créatrices une éliullition qui les force à produire. C'est la respiration qu'on reçoit par un organe pour la rendre par un autre. Cette maladie a cédé à peu près chez moi au travail forcé que je m'impose chaque jour. Quand toute la journée je me suis brisé la tète, je n'ai plus d'autre désir qu'un peu de récréation. Puis, mon ami. quand arrive un grand malheur, il éteint des tourments imaginaiies, connue la clarté du tonnerre éteint cell ■ d'un feu d'artitiee. Toutefois, gardez-vous de penser que je sois heureux: j'ai un caractère trop susceptible de recevoir les impressions fâcheuses pour pouvoir me donner ce titre, mais je puis l'être, je le sens. J'approcherais plus, par exemple, de cet état si envié, si je pouvais vous embrasser maintenant, et vous répéter
de vive A'oix (|iril faut travailler: vous ne savez pas quel admiraJjle talent vous possédez.
Adieu, j'ai mille choses encore à vous dire, mais je verrais la fin du papier avant celle de mon griffonnage. Àmy Robsarl est jouée dans trois semaines. Vous verrez dans les Annales romantiques de cette année des vers de moi. J'aimerais mieux en voir de vous. Adieu encore; j'attends, à votre défaut, votre père et votre frère, et vous embrasse encore.
Tout à vous.
Paul FOUCHER.
P. -S. — Cromwell paraît dans huit jours.
Janvier 1828'.
... Les vers ([ue vous attendiez de moi dans les Annales romantiqiies sont arrivés trop taid ; mais vous avez dû trouver une ample compensation dans ceux de ce bon Sainte-Beuve qui comme vous est jeune et mûr, qui fait obscurément des vers .illustres et attache deirx initiales insignifiantes aux vers les plus remarquables du monde.
Vous allez bientôt venir à Paris, mon ami. oh! que je suis aise, je vais vivre dans cette espérance. >'ous allons revoir ensemble le Siège'^. Tâchez donc ipie ce soit le plus tôt possible ; je vous attends. Que jaurai de plaisir à vous signer un billet pour Amy Robsart. Mais vous, êtes-vous toujours résolu à ne rien faire? Car ne vous imaginez pas, mon ami. (|ue je compte vos articles, quelque remarquables (|uils soient : faites-