Auguste VacciutM'io
que Charles adore ; nous y avons des clials, qu'Auguslo adore. Le soir, des amis viennent chanter et faire de l.i musi(|ue. Cette musique nous ravit tous. — Cher ami. (]uel i'han;j,emeut ! des chiens et de la musique chez Victor Hugo! Eh! jjien, oui, lotit rel.i m.iintenaut es! aimé de nous. Cela vient d'une jjIus ^raudc exi)ansiou de l'àme : cela vient de l'exil. Eudjrasscz bien fort pour moi votre femme, et vos enfants qu'hélas! je ne connais |)as. Je ne puis vous dire: à i)ieiit<M ! mais je puis vous dire : à certainement là-haid !
Adèle Hugo.
Je vous envoie deux portiaits d'êtres (jui vous aiment.
Douce et bonne, affectueuse envers ses amis, d'une simplicité parfois presque naïve, distraite à ses heures, « rêvant et non rêveuse », tel est le portrait que nous ont laissé de M""' Hugo ceux qui l'ont connue aux diverses époques de sa vie. H faut bien le tenir pour exact, puisque tous sont d'accord.
Parlant de Planche, qui publiait sur le poète, dans la Revue des Deux Mondes^ des articles assez violents pour effrayer Buloz lui-même, elle disait: « C'est horrible, c'est affreux, un homme qui s'est assis à votre table el qui a maniié votre
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pain' ». Est-ce lu naïveté qui domine dans celte indignation? On n'est-ce pas encore la bonté, une bonté qui se refuse à concevoir et les trahisons et les motifs (jui les inspirent?
Elle était distraite, a-t-on dit, au point d'impatienter son mari, lorsque, demeurée bien loin de la conversation, elle y rentrait tout à coup par un mot qui montrait clairement fju'elle n'avait, jusqu'alors, rien entendu. On nous la représente
IC;,'an'c à p<)ursiji\ie une iiléi- indicililr. lue lèvre en avant, comme pour s'adi-csser, l/œil fixe, la paupière oubliant do,i,'lisscr*.
Sur sa fidélité aux amis, les témoignages ne sont ni moins nombreux, ni moins sûrs. Elle vu souvent jusqu'à comprendre dans l'affection qu'elle leur a vouée tous les êtres qui leur sont chers.
Victor Ihigo est le plus délicieux des hommes, écrit en 182^ Victor l'avie '. Il est vraiment hou et aimable à faire pleurer. Hier, je lui ai ixjrlé la lettre de mon jHire, "pii lui .1 été extrêmement sensible. Il m'a bien promis de lui répondre. .M'"" llujro la lui a arrachée des
1. Vklor l'avir, sk j('iin''sse el ses irlalion.s IUlmitins, \>. 212. i. Sainle-Beuvf : Livre (Vnmour. L'Enfance d'Adèlr. •{. I.t'ltro lit; Virlor l'.ivif ;i suri fit rc ini-tlile).
mains, et m'a dil. a])iL-s l'avoir lue : " Je vous en prie, dites à votre père combien nous l'aimons, combien sa lettre est charnianle. et quel i)laisir nous aurions à le voir...
Qu'un chagrin vienne à frapper l'un d'eux, comme elle sait faire comprendre qu'elle prend sa part de ces douleurs qui ne se consolent point ! Encore accablée elle-même sous le poids de la terrible catastrophe de Villequier, elle écrit*, le 4 novembre 1844 :
Mon cher monsieur N'ictor, voilà donc les épreuves que Dieu vous réservait ! Cela suffirait à faire croire à une autre vie. Si le bonheur est la récompense d'une vie si noble et si pure, vous ne l'avez pas ici-bas : nécessairement il vous attend autre ]>art. (>)nsolez-vous avec celle pensée et voyez vos petits an^es déjà rendus sur cette rive où vous débarquerez un jour et qui vous y préparent une demeure. Levez les yeux là-haut. ••! baissez-les le moins possible : je supporte ma vie seulement dans cet ordre d'idées. Sur la tombe de mes enfants, d'où j'arrive, je touchais leurs corps seulement avec le mien. Mon âme sortait pour ainsi dire de moi pour s'unir à la leur. II y a des délices dans l'union, dans la coiiiiniininn di-s âmes. Cherchez-les et vous les trouverez avec moi. Dites-vous (|ue chaque jour, dussiez-vous vivre aussi loniitemjis qu'il est donné à
I. Ltltro ;i Victor I'a\if titcf ni iiarlif par AL Kdnunid Hip' . Victor Hugo a/nvs l8-i0, tonn: II. pauL' Hi.
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riiomme, vous rapprochi' de ces cliers petits, et vtais en viendrez à bénir chaque jour qui sest écoulé : et puis, comme vous le dites. Dieu sait mieux que nous ce ([u'il faut qui soit fait^! Il avait voulu deux petits anges de plus, et peut-être des êtres malheureux de moins. N'eussent-ils à supporter que ce que vous et moi supportons, c'est assez pour que Dieu soit justitîé à nos yeux, en admettant que Dieu ait besoin d'être justifié.
Dieu est un père, et par rapport à l'autre vie, celle-ci a bien peu d'importance. Dans les affreux déchirements de notre cœur, nous ne comprenons pas qu'un père fasse tant souffrir ses enfants, et pourtant, quand il le faut, nous châtions nos enfants. Il est vrai (|ue la punition n'est rien en conii)a raison de la souffrance que nous endurons. Mais dans l'infuii, et avec la promesse d'une éternelle réunion, qu'est-ce que cette souffrance?
Alon cher monsieur Victor, je vous fais assister au travail de mon esprit qui est constamment occupé des rapports de ce inonde avec l'autre. C'est que j'ai dans ce dernier une |)artie de ma chair, une partie de moimême.
Je suis honteuse de vous envoyer cette lettre, qui est une confusion. C'est ({u'il y a souvent confusion dans la clarté d'en haut.
Ma chère fdle avait |)rié Dieu pour(|u'il vous envoyât des enfants, le jour de sa première communion. Soyez sur qu'elle couve de son amour ceux des vôtres (jui sont près d'elle.