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presque toute l'existence. Elles sont aussi, pour Victor Hugo, les plus glorieuses, peut-être, de sa longue carrière. David d'Angers peut couronner son buste de lauriers, sans que"personne soit tenté de juger hyperbolique un tel hommage. Il est, dès cette ('poque, inconleslablement le plus grand poète de son siècle. Mais, surtout, il n'est que poète : le contact de nul labeur moins noble ne l'a encore effleuré. Ce titre de « pair lyrique de France », que lui donnait ironiquement le National, au lendemain de sa nomination à la Chambre Haute, lequel de ses admirateurs hésiterait à l'en saluer comme du plus glorieux auquel il ait droit? Et cette maison de la place Royale, où il a détinitivement conquis ce titre, n'était-elle pas le lieu qu'il convenait de choisir pour y élever le monument consacré à son souvenir?
C'est pour nous, Français du vingtième siècle, épris de tourisme, et moins rebelles aux idiomes étrangers qu'on ne veut bien le dire, un déplacement d'assez mince importance qu'un voyage à Weimar. C'était en 1820, un événement digne de compter dans la vie d'un jeune lettré, fervent de la poésie nouvelle, fort amoureux de toutes les sources auxquelles celte poésie prétendait puiser ses inspirations.
Par delà les remparts et les fossés qui faisaient si distante cette Allemagne pourtant si proche dans l'espace, on devinait, plutôt qu'on ne le percevait nettement, un mouvement d'idées et une floraison d'art d'autant plus attirants qu'ils demeuraient encore mystérieux. Quelques audi-
tiens de Beethoven aux matinées du Conservatoire, la traduction de Goethe par Gérard de Nerval, l'illustration du Faust par Delacroix, l'incarnation du héros sur deux scènes parisiennes par des acteurs qui s'appelaient Bouffé et Frederick Lemaître, des noms de philosophes cités avec respect du haut des chaires d'enseignement mettaient en appétit les imaginations. Mais surtout l'Allemagne rêveuse et sentimentale révélée depuis quelque vingt ans par madame de Staël , l'Allemagne de Faust, de Samiel et de Mélusine, apparaissait avec ses légendes séculaires, ses sapins noirs, ses vieilles villes, ses burgs et ses clochers gothiques, comme le berceau du romantisme. Et, dans cette Allemagne, parée de tout le prestige de l'inconnu, brillait comme un sanctuaire la ville ducale de Weimar, la patrie de Gœthe, d'où le poète, « du fond de son cabinet d'étude, entouré de tableaux et de statues, riche, heureux et tranquille, regardait venir à nous son œuvre de ténèbres avec un sourire paternel' ».
Un beau matin de juillet 1829, l'un de ces jeunes lettrés qui rêvaient d'Allemagne romantique vit entrer dans sa chambre d'étudiant provincial campé à Paris le sculpteur David d'Angers,