‹ Médaillons romantiquesChapitre 19 sur 121 · A. do Musset : Confession (Van enfant du siècle · texte numérisé non relu

A. do Musset : Confession (Van enfant du siècle

qui lui (lil sans lui laisser le temps de réfléchir: « Je vais à Weimar, faire le buste de Gœthe. Je t'emmène. » L'amitié fraternelle qui unissait le sculpteur au père de l'étudiant justifiait la brusquerie affectueuse de cet enlèvement. Le père d'ailleurs, du fond de son Anjou, consentait et autorisait. Il ne restait plus à l'étudiant qu'à partir, après avoir traduit son enthousiasme par ces remerciements presque lyriques ' :

... Il est bien vrai qu'un voyage en Allemagne, dans la patrie de Faust et de Gœthe, où ont été bercés dans l'intervalle mon Lessing, mon Schiller, mon Biirger, l'Allemagne aux sapins noirs et aux clochers aigus, que c'était ma réxcrie, mais ma rêverie vague et informe, l'embryon d'une idée qui aurait pu parler et se mouvoir un jour dici à longtemps.

Allemagne de rêve, en effet. Figure de rêve aussi que celle du Gœthe imaginé par nos romantiques français. De la même plume n'a-t-il pas écrit Gœtz de Berlirhingen et Iphigniic, Werther et les Elégies romaines? S'il s'est épris de Shakespeare et d'Ossian, s'il a goûté, sous l'influence de Herder, l'Orient, le moyen âge, et les vieilles chansons populaires de l'Alsace, longtemps avant, il a parcouru la Sicile, VOdijssée à la main. Il a aimé notre dix-huitième siècle, avant de traiter,

1. Lettre df Vi<t<>r l'avie à son ])ère, 30 juillet 1829 inédik- .

un peu dédaigneusement sa lillrralure de vieille et distinguée. Malgré la modernité du sujet, Hermann et Dorothée est un poème d'une forme tout antique. Gœtz de BerUchingen à la main de fer date de 1773. Ce tableau si vivant de la fin du régime féodal, de la vie sociale bouleversée par les luttes des derniers chevaliers contre les rois et les empereurs ligués avec la bourgeoisie des communes, est un produit de la période Stur)n und Drang, et le poète a fait, depuis, assez bon marché de cette œuvre de jeunesse. 11 a jugé sévèrement M""" de Staël et Chateaubriand dont le génie est, à ses yeux, « purement d'art et de forme »', et plus durement encore Tallirail de diableries, de sorcelleries, de vampires, d'escrocs et de galériens bruyamment agité par le romantisme français encore enfant.

Mais tout cela, nos voyageurs ou ne le savent point ou l'oublient. Le patriarche de Weimar, fondateur, sur son sol, d'une littérature nationale par sa source et son inspiration, peut donner la main aux novateurs qui l'admirent. Il veut que la poésie jaillisse de la réalité, que le poète puise ses sujets dans la vie.

« Ce qui ne m'arrivail pas, dit-il', ce qui ne

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