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me brûlait pas les ongles, ce qui ne me tourmentait pas, je ne le mettais pas en vers, je ne l'exprimais pas. Je n'ai fait de poésies d'amour que lorsque j'aimais. »
...« Le monde est si grantl et si rictie, la vie si variée, que jamais les sujets pour des poésies ne manqueront. »
Ces idées ne sont -elles pas chères aussi à ses frères d'Outre-Rhin? D'ailleurs, depuis 1827 — et peut-être nos voyageurs ignorent-ils combien cette conversion est de fraîche date — il estime que « les Français se iléveloppent et valent la peine d'être étudiés », leur « révolution » littéraire, trop tapageuse à son gré, a^^'ant eu cet heureux effet de leur apprendre à trouver la poésie partout, à ne plus exclure tel ou tel sujet comme « antipoétique ». Qu'il le veuille ou non, il est des leurs, il leur appartient.
De l'étudiant en rupture d'amphithéâtre, ou de l'artiste arraché au labeur de l'atelier, lequel, chemin faisant, fut pour l'autre le plus joyeux compagnon, lequel fut le plus vivement fasciné par le but final, le plus entièrement conquis par la splendeur <les étapes? Je ne saurais le dire,
tant on devine en interrogeant leurs souvenirs une même gaieté, un enthousiasme commun.
Sur la roule, il y a Mayence, Cologne, Strasiiourg. « Cologne est une ville passablement gothique, une ville de clochers et de créneaux, c'est l'indiquer assez si j'y suis à l'aise et si j'y respire à mon gré ' . »
Les quarante-huit lieues sur le Rhin, de Mayence à Cologne, ne sont « qu'une suite d'enchantements qui se tiennent par la main, des rives à perte de vue, vertes et fermées, surchargées d'un bout à l'autre des ruines colossales de châteaux forts de la plus fantastique architecture, et dont quelques-uns subsistent presque entiers^ », Cologne les ravit « avec ses trente clochers, pardessus la tète desquels émerge l'immense clocher de la cathédrale, leur mère à tous. Il est impossible de s'imaginer comment des hommes ont pu bâtir une ville pareille. Pas une seule pierre blanche qui puisse vous réveiller de l'illusion enivrante où vous êtes plongés. Les esprits qui hantaient ces villes s'y reconnaîtraient encore et ne trouveraient aujourd'hui que les hommes de changés^. »
1. Lettre de Victor l'avie à son père, 18 août 1829 inédite . t. Lettre de Victor Pavie à son père, 18 août 1829 (inédite). 3. Lettre de Victor Pavie à son père, 18 août 1829 inédite .
A Strasbourg, ils saluent au passage « le papa Aumacht, naïf et délicieux bonhomme, rebouteux de saints fracassés, et dont l'austère figure, qu'on dirait ébauchée dans quelque souche de Nuremberg, veille depuis un siècle, le ciseau à la main, au salut de la cathédrale; Kirstein, ce grand chasseur et ciseleur, qui, revenant chaque soir, le fusil sur le dos, des fourrés de la Forêt Noire, redit sur l'or ou l'argent l'agonie des vieux cerfs, les aboiements de la meute, et comment le sanglier s'est élancé de sa bauge pour éventrer les chiens à la barbe des veneurs'».
L'aîné des deux voyageurs ne sait pas un mot d'allemand. Quant au plus jeune, un professeur parisien a bien tenté de l'initier aux sublimités de la langue de Lessing. de Schiller et de Gœthe, mais nullement à la pratique de celle que parlent les postillons et les hôteliers. De là, bien des incidents qu'il faudra prendre, de gré ou de force, avec bonne humeur.
Un beau matin qu'ils occupent tous deux la même chambre, en je ne sais quelle auberge de petite ville ou de bourgade, le premier réveillé éclate de rire à la vue de son compagnon enfoui sous l'édredon, d'où émergent seulement les