‹ Médaillons romantiquesChapitre 2 sur 121 · IV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

IV AVANT-PROPOS

le roman, l'histoire romantique. On a, sous prétexte de vérité, imaginé une fausse conception de la nature humaine, on a divinisé l'amour, dénaturé la réalité historique, adopté toutes les chimères les plus funestes de la Révolution, considérée comme une sorte de révélation mystique survenue pour changer l'ordre ancien des choses humaines et substituer au règne du fait, de la force, de la servitude, de la superstition, le règne du droit, de la justice, de la félicité générale, de la liberté, de la raison.

Mais de méfaits qui sont sans conteste imputables à la Révolution, faut-il rendre le romantisme solidairement responsable avec elle? Et n'est-ce point se faire du romantisme une idée incomplète que le concevoir comme uniquement destructeur et corrupteur? Le romantisme de Michelet, de Quinet, de George Sand et certain romantisme de Victor Hugo n'est pas tout le romantisme. Et l'on peut bien admettre que le « virus » révolutionnaire s'est infiltré en eux sans avoir eu besoin de recourir, comme intermédiaire, au romantisme. Quoi qu'il en soit, et ce n'est pas ici le lieu de discuter ces opinions, les écrivains et les artistes qui débutèrent ou mûrirent de 1820 à 1830 rèvè-

AVANT-PUOPOS V

rent autant de construire que de renverser. Il était besoin, pensaient-ils, d'ouvrir à l'inspiration des sources nouvelles, de prendre plus de liberté et dans le choix des sujets, et dans les formes, et dans les proci^dés. Plus d'une œuvre est là pour attester que leurs efforts ne furent pas constamment stériles. A envisager la production de leurs prédécesseurs immédiats, de ceux qui enfantèrent sous la Révolution et le premier Empire, et qu'ils envisageaient — à tort, mais parce que c'étaient les exemjtles les plus rapprochés d'eux — comme les représentants autorisés de l'art classique, on peut se demander où en serait aujourd'hui notre littérature sans cette réaction. Et l'on doit peutêtre, à cause de cela, beaucoup leur pardonner. Surtout, ils n'étaient alors qu'artistes et que poètes; ils n'avaient point encore inventé la vertu sociale, le sacerdoce de l'art. Ils chantaient, sans prêcher ou prophétiser. Avec Lamartine, ils disaient :

1,6 poète est seniblaljlé aux oiseaux de passage Qui ne bâtissent point leurs nids sur le rivage, Qui ne se posent point sur les rameaux des bois; Nonchalamment bercés sur le courant de fonde, Ils passent en chantant, loin des bords, et le monde Ne connaît rien d'iMix (|iit' Irm- voix.

Page 1