‹ Médaillons romantiquesChapitre 24 sur 121 · LeUre de Victor Pavie à son père, 24 août 1829 (inédile · texte numérisé non relu

LeUre de Victor Pavie à son père, 24 août 1829 (inédile

lard. Elle nous rerul avec une affabilité toute française, nous parla avec une habitude consommée de nos grands poètes modernes, particulièrement de I^marline et de Victor Hugo qui avaient mis récemment l(^ul Uerlin en émoi, sur la nouvelle absurde qu'ils y étaient, et qu'on avait vu leur nom inscrit sur le livre de la ville. Son mari entra. Nous causâmes encore quelques minutes et nous partîmes, invités pour le lendemain A six heures à prendre le thé chez eux. Ils ont promis à M. David de le seconder de tout leur pouvoir dans son grand dessein, dont il avait touché un mot devant Gœthe, qui n'avait pas froncé le sourcil trop l)as. Ainsi il y a grande espérance. Toutefois, n'en dis encore rien. Si quelque obstacle arrivait !...

Qu"on en veuille faire honneur à celte intervention féminine ou à toute autre cause, toujours est-il que les deux Français ne tardaient pas à recevoir de leur hôte raccueil le plus amical. De longues causeries s'engagent, tandis que le sculpteur fixe dans l'argile les traits majestueux de son modèle.

C'est un océan ^ que la science de Go^he. Il a tout vu, tout lu. connaît tout. Je le vois tous les jours. Le buste est colossal et plus long à faire que de coutume. Il vient souvent poser, moins par nécessité «pie par plaisir, et pour causer d'art, et d'art antique surtout, avec -M. David qu'il aime beaucouj». dont il admire les

1. Lettre de Victor Pavie à son frère, 3 août 1829 [Incdite).

l.\ VOYAGE A WEIMAR EN 1829 79

médaillons, et avec qui. de très réservé le premier jour (et tant de visites oiseuses expliquent cette première disposition I- il devient de jour en jour plus épanché et plus ouvert. Ses appartements sont pleins de plâtres antiques et tapissés de croquis des grands maîtres et de médailles du moyen âge, sur lesquelles il revient sans cesse avec un ardent amour. Il est bien au courant de nos poètes. Nous avons parlé ensemble de Lamartine, de Vigny, surtout Mérimée, qu'il regarde à grand titre comme une des fortes têtes du temps, et Victor Hugo, dont il a lu et étudié avec une profonde attention le Cromwell...

Prompt à s'accommoder d'une atmosphère nouvelle, pour peu qu'elle soit féconde en effluves d'art et de beauté, David travaille tout à son aise et sans trouble :

« L'œuvre s'avance ' ; la terre fume. Les amis vont et viennent, se ruant sur le statuaire et l'étreignant. Car ici, ce n'est pas tout à fait comme chez nous : on ne sent pas le besoin de sceller hermétiquement son admiration dans son âme, en face d'un homme comme soi, et que cela pourrait gâter. Dans ce pa3'S naïf, on presse les mains de l'artiste, on l'embrasse, et l'on retourne ému à son logis. »

Son jeune compagnon, lui, se sent oppressé.

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