Rjcue des (oiira el wiifi'ieiiiTs du lô.jaMNiiM- IW
après M. Edmond Biiv, qui «s'est donné la tâche peu aimable de les relever». 11 u'y a eu ni représentations tumultueuses, ni intervention du Gouvernement, mais bien une seule et unique représentation. Pourquoi donc, si l'on s'est trompé sur ces points précis, ne se serait-on pas trompé aussi bien sur le point de savoir quelle a été exactement la part des deux auteurs dans la collaboration? De tous ceux qui fréquentèrent le Cénacle de J830, nul peut-être ne reçut, dans sa formation, de celui qui en était l'àme, une empreinte aussi profonde que Paul Foucher. Lorsque parut Ami/ Robsart, sa grande jeunesse le soumettait encore plus naturellement qu'aucun autre à l'influence de son beau-frère. Il écrivit sans doute la pièce sous l'œil complaisant du maître, qui ne lui ménagea ni son aide ni ses conseils. Et lorsque l'occasion s'otîrit d'en parler à nouveau, comme on parle d'un souvenir lointain, habitué qu'il était îi l'humilité, à l'efl'acement, il s'abrita une fois de plus derrière le puissant génie qui l'avait toujours couvert de son ombre. Puisque l'obscurité naissant des assertions contra<lictoires que nous avons citées laisse quelque place au doute, ne vaut-il pas mieux conclure amsi, préférant aux confidences faites après coup le témoignage des lettres contemporaines de l'événement même? Ce n'est point
diminuer la gloire d'un grand poète que lui refuser la paternité d'une œuvre indigne de lui. Ce n'est point faire injure à sa mémoire que vouloir l'estimer innocent d'une mesquine et inexplicable superclierie littéraire.
Lx\ BATAILLE D'HERNANI
LA BATAILLE D'HERNAM
La bataille d'Hernani, telle est bien la désignation qu'il convient de laisser à cette soirée du 25 février 1830, soirée mémorable dans les annales du romantisme. Sous la plume de ceux qui jouèrent, en ce temps-là, leur rôle dans la lutte de l'art nouveau contre l'art ancien, les lermes empruntés au langage militaire reviennent à tout instant. Il n'y a pas là seulement amour de la métaphore, recherche du mot pittoresque, habitudes de style particulières à l'école dont ils ont été et demeurent les adeptes. Ces mots vienneni naturellement sous leur plume, parce qu'il n'en est point d'autres capables de mieux rendre la fougue, l'ardeur vraiment belliqueuse qui les
animait, eux et toute la jeunesse inteîlectuelle el artiste de 1830.
Quiconque vivait alors, si peu que ce fût, de la vie de l'esprit, se rangeait de lui-même dans l'un des deux camps, celui de l'insurrection, ou celui de la résistance. Et, de part et d'autre, on prenait, comme d'instinct, des attitudes de combattants. Tous les terrains accessibles à l'art semblaient autant de citadelles défendues par les partisans du vieux goût, battues en brèche par les attaques répétées de la jeune école. L'apparition d'un livre, d'un tableau, d'une pièce de théâtre était, presque toujours, le signal d'un nouvel assaut. Et si, du côté de la résistance, les troupes — peut-être parce qu'elles étaient moins jeunes — montraient plus de calme et de sang-froid, on n'en luttait pas moins de part et d'autre avec un entrain vraiment martial qui autorise le ton guerrier des récits et des souvenirs.
Théophile Gautier assistait à la bataille (THernani. Il a peint, en ce style dont chaque mot est une tache de couleur, l'aspect de la salle, l'entrée, vers deux heures de l'après-midi, de Tarmée romantique, qui dîne sur le terrain, en chantant des ballades d'Hugo, des scies d'atelier. Il a tracé de Delphine Gay, applaudissant tout ce qui l'ait frémir les classiques, ce charmant portrait : « Robe
LA BATAILLE D^HEIOfANI Hl
blanche, écharpe bleue, longues spirales de cheveux d'or, bras replié et bout du doigt appuyé sur la joue, dans l'attitude de l'attention admirative. » Il a montré les deux partis, se battant « autour d'un vers, d'un hémistiche, comme d'une redoute. » Et, racontant tout cela près de quarante ans après l'événement, il ajoute : « Nous ne rabattons rien de l'enthousiasme de notre jeunesse, et toutes les t'ois que retentit le son magique du cor, nous dressons l'oreille, comme un vieux cheval de bataille prêt à recommencer les anciens combats. »
Combien ce temps est loin du nôtre ! Et ne dirait-on pas que des siècles nous en séparent, alors qu'il y a seulement, entre nous et ceux qui vivaient alors, la durée d'une existence humaine. Une telle exubérance dans l'admiration littéraire, une telle persistance dans le souvenir d'un pur triomphe d'art paraîtraient aux sages et pratiques générations d'aujourd'hui démence ou puérilité.
Le romantisme n'en est plus, le 2o février 1830, à la période des essais. 11 compte : on compte avec lui. Mais, pour transformer son succès grandissant en triomphe, il lui reste encore une conquête à faire, celle du théâtre. L'échec iVArrij/ Robsart, le drame de Paul Foucher, a été un désastre. Le More de V'enise, d'Alfreil de Vigny, Y Henri III
• l'Alexandre Dumas ont eu peu de succès. Emile Deschamps et Vigny ont achevé, en collaboration, un Roméo romantique qui ilort dans leur portefeuille, tandis que Ton a joué, à l'Odéon, le liomi'o classique de M. Soulié. « Le théâtre français est dans la plus horrible détresse, écrit Paul Foucher, en juin 1(S28 ', ce qui ne l'engage pas à donner un Roméo romantique. Nous venons d'en avoir un classique à rOdéon, où l'on trouve un cinquième acte. Mais les quatre premiers! » Et pourtant, le public est prêt depuis longtemps à saluer Tavènement au théâtre du genre nouveau : il est « devenu tellement romantique, qu'il ne tient pa.«> compte du dénouement, et qu'il ne se porte pas plus à la tragédie <le M. Soulié qu'aux tragédies ordinaires- ». Le moment est venu d'imprimer une direction décisive à ce courant déjà dessiné depuis deux ans. Amy lîobmrt n'était qu'une adaptation, le More de Venise, une imitation, presque une traduction. Alexandre Dumas manquait d'autorité. Ôue le chef de l'école se jette lui-même dans la mêlée, qu'il apporte, rehaussée du prestige <le son nom, une iruvre originale, application resplendissante des théories nouvelles.