Lettre à >:on père, 28 décembre 1830 {inédite
144 MÉDAILLONS HOMANTIQUKS
m'ont fait bien de la |M'iiir. Il ildllcciiln' le saint-sinioiiisme et le catholicisinc, et lin ira par endosser rime, on l'antre de ces denxsontancs. Mallicurenscment, il n'y a gnère d'équiliiirt' |M>nr lui ;ni inilicii de ces deux chances...-
Mais ce voyage en terre saint-simonienne ne fut guère qu'une excursion. Autrement puissante et durable devait être sur cette àiue de cire Tempreinte marquée par celui que ses disciples appelaient M. Féli. Il ne collabora sans doule jamais à. l'Avenir, il n'alla jamais respirer l'atmosphère séductrice de la Chesnaye. Mais il lui suffit de quelques rencontres, il lui suffît d'entendre, à Juilly, entre Lacordaire et l'abbé Gerbel, cette voix qu'on a peine à se figurer enchanteresse, et qui pourtant Tétait, pour tomber sous le charme. Il s'éprit, comme tant d'autres, de celte doctrine qui prétendait résoudre par l'amour les plus graves problèmes sociaux, placer, comme une digue entre les courants ennemis les plus violents, un Évangile rajeuni; il s'éprit, lui aussi, de ce Christ humanitaire, et peut-être trop humain, que David d'Angers représentait j)enché sur le globe terrestre pour écrire avec son sang la formule enivrante et décevante: Liberté, Egalité, Fraternité. Ses yeux suivent sans cesse les moindres mouvements de ce groupe auquel on sent
LA TRISTESSE d'aME DE SAINTE-BEUVE 145
bien, en dépit de quelques critiques, que son cœur est attaché. Il n"est ])as une lettre de cette époque adressée à son ami' angevin qui ne renferme quelque allusion.
« Paris. '27 octobre 1831'.
Mon cher Pavie. J"ai attendu à vous écrire, voulant choisir une bonne passe, afin d"ètre calme et joyeux, niais il me faudrait trop longtemps tarder... Rien de bien nouveau ici. Hugo n'y est pas. et revient seulement lundi prochain, ce qui ne rempêche pas de venir quelquefois uu jour ou deux pour ses affaires. Je ne sais s'il a un nouvel ouvrage en train. Il est agité et préoccupé, peutêtre à cause de ses procès. Lamartine va. je crois, décidément en Orient. Chateaubriand passe ici l'hiver et ne peut tenir davantage à bouder Paris contre son cœur. Le Charles Vil de Dumas a réussi. Je ne l'ai pas vu encore. Il y a de grandes imitations de Hugo dans le style, mais toute l'entente de scène que possède Dumas. — Vous me demandez ce que je fais : matériellement j)arlant. peu. Ce roman que je dois faire et devant lequel je recule toujours nest réellement pas commencé. Plus je suis apte désormais à écrire un roman, plus je redoute de l'aborder, parce que jai peur de le trop ex])rimer. et qu'il y a des gens qui épieraient jusqu'au moindre mi)l iluii roman de cœur écrit par moi. Ceci, mon ami. e>l une (litliculli- énorme. — Et puis j'aime mieux ne jeter li'> seulhueuts qui m'oppressent