I. Lettre inéilitc
l'aris, 10 iii;ii lisô-J.
Mon clh-f Pîivic.
0' ncsl |i,is ma laiilc, cro.ez-le bioii, si j(; iTai |)as iv'poiidu itliis loi à volif si bonne, si trisle el si cordiale lellre dil y a {)i'ès de deux mois. Mais les semaines se suivenl, senchaînenl. et je suis dans un élau. Vous aurez compris toul cela. Dites bien à M"'*Pavie combien je suis entré de loin dans toutes ses peinr^s. Vous avez encore dans la vie ce qui soutient, ce qui console et ce (|u"on a droit d'api)eler le bonheur. Vous savez de moi jiar If journal |j1us que je ne puis vous en dire. Quand il passe tant de choses et tant de train d'idées à la minute dans un cerveau, il ny a ni place ni temps pour des choses bien difTérenles. Le co'ur se contente de mettre sou* clé ses souvenirs et de se dire : Je les conserve. Voilà Théodor*' (pii se décide enfin, et avec grande raison, à se nidlre en avant pour l'Acadéniie, Quand il en sera, il aura une patrie, et il aura jeté l'ancre. Je ne vous réponds pas sur la demande de Cosnicr. Ménage, en tout aulic temps, m'efd liien souri : mais ce n'est plus l'heure des ana et des mis-xUanées . Excusez-moi aui»rès de Ini. Les éloges de Bernardin de Saint-Pierre vont iinir d'être jugés cette semaine; mais je n'ai pu suivre que très inexactement ces lectures. J'espère que votre ami aura surnagé... Adieu, mon cher Pavie, otîrez mes hommages à M^^^Pavie el à voire |ière. et ne vous dites point liri|i malheureux.
SAi.NTK-Bi:r\i:.
Une lassitude de plus en plus grande perce désormais dans chacune des lettres qui conlinuenl
de tenir l'ancien habitué du cénacle au courant des moindres événements littéraires'. Aux regrets anciens, des déceptions amèrcs sont venues s'ajouter. L'âme de l'écrivain s'aigrit, sa chronique amicale s'en ressent, et les retours sur le passé deviennent de jour en jour plus mélancoliques.
Paris, 2 septembre 1861.
.Mon elici' ami '.
El d'abord excuses du rdard : j"ai été dans jnillc embarras. Voici (pour connnenci'r par les affaires) la lettre omise de Chapelain pour M. de Lens. Il j^eut en l'aire tout l'usage qu'il vont, ainsi que des autres. Elles ne sont bonnes qu'au.x travailleurs, qui, s'occupant de |»oinls très spéciaux, y trouvent et y donnent de l'intérêt. — J'ai été heureux de vous voir en père de famille, mais primé par un tils partait et sage, qui a de la prudence pour deux et (tour trois. Ji; vous envie, ou plutôt je vous admire. Ma vie est de plus eu plus à vau-l'eau. Je vis décidément comme les militaires. Nous sommes des soldats. Nous mourrons sous le liarnois, heureux de n'être i)as mis à la retraite. Je fais allusion à ma vie de journaliste, à laquelle je vais m'adonner de nouveau, lâchant le reste par suite de c()nd»inaisons qu'il serait trop ion^ dénuméreret d"c.\|ili(|ii(i' ici. — Je vous serre
1. La plupart des lettres de celte époque oiU été insérées dans Victor Pavic, i^n jeunesse, etc.