Sainte-Beuve : Portraits littéraires, t. II
le recueillit et le détermina. Nodier ne le revit plus, Boulanger pas davantage ^ »
C'étaient bien des vers tels qu'on les aimait alors. Inspiration, rime, coupe et facture, rien ne leur manquait pour qu'ils fussent vraiment au goût du jour. Et, rentré à Dijon, l'humble poète provincial recevait de Victor Hugo ces lignes qui durent le combler de joie :
Je lis vos vers en cercle d'amis, Cdiiune je lis André Chénier, Lamartine ou Alfred de Vigny : il est impossible de posséder à un plus haut point les secrets de la facture. Notre Emile Deschamps s'avouerait égalé. Envoyez-moi souvent de la province de ces vers comme on en fait |)eu à Paris ^.
Mais, plus encore que des vers, certains — parmi lesquels Sainte-Beuve — raffolèrent des petits poèmes en prose, dans lesquels, au clair de lune, à l'ombre des clochers ou des castels go- I biques, dans des décors de Hollande et d'Espagne, passaient, en une sarabande fantastique, les fous, les nains, les sorciers, les alchimistes et les hommes