‹ Médaillons romantiquesChapitre 78 sur 121 · Fantaisie <li' Victor l'a\ie · texte numérisé non relu

Fantaisie <li' Victor l'a\ie

MADAMK A. GENNEVRAYE 251

piri-t' la plus claire. On a été enchanlé. il y avait là M. Boulay l*aty. nous avons parlé de vous, et. quoi que vous disiez, il ne me manque rien. .Mon bonheur ne me rend point égoïste, et j'aime les i»auvres, tonte riche que je sois. — Sainte-Beuve me vient de temps en temps. Il est sauvage et triste, il a par l'imagination défloré toutes choses, el cependant il se laisse rêveusement entlammer par elles, (^est une eau qui tremltle, qui ondule sans cesse et qui se brouille souvent. C'est un poète, une âme en peine, qui connaît tous les coins de sa prison, et qui se dit toujours : « Je sais cela. » Ses rêves l'ont vieilli, brisé; il n'est même plus tenté de goûter au fruit, il \o voit trop mûr. et peu à peu. aussi, son âme s'est détendue. — J"ai un peu de celle uialadie: mais la vanité et mes affections me sauvent un peu.

Je vous donnerai pour la Gerbe ^ : je suis Angevine, j'aime l'Anjou matériel, mais, hors ({uelques-uns. ses habitants ne me vont pas.

Je serai bien contente de vous voir à Paris. Il me semble que vous respireriez ici. A Angers, vous êtes comme un chien ahuri. Moi, votre truchement, je vous expliquerai le monde, et vous expliquerai au monde. Je vous remercie l>ii'n de me regretter, et je me fâcherais contre vous, si vous ne me traitiez pas comme une de vos meilleures amies, qui saura ramasser goutte à goutte vos pensées. Ne craignez pas de m'enimyer: il y a deux femmes en moi. el la femme mondaine s'est toujours inclinée devant la femme de cœur.

J'aime maintenant l'abbé ]Morel, dites-le-lui; dites-

1. Recueil angevin fondé par Viclor Pavie, et qui vécut trois an>.

2o-2 MÉDAILLONS ROMANTIQUES

lui <|iK' je pense souvent à loul ce qu'il me disait. Dans

ma prochaine lettre, je vous |)arlerai de l'altlM'^ Lacoi-

daire et de Lamennais,

Adieu, je vous suis bien dévouée.

Votre amie,

Adèle Janvier.

l'aris, 7 noveiiittre 18;V»'.

Mon cher monsieur l'avic j'ai vu votre père, et j'ai en du plaisir à parler de vous; car, malgré (pi'avec moi vous n'ayez que (pielques éclairs de conflance, je ne vous en connais pas moins, et je fais grand cas de la franchise de votre âme et de la pur.'té de votre esprit. Ne trouvez-vous pas que l'on se dit bien mieux par lettre ce (jue l'on pense? On est démonté quand on se trouve face à face, on devient gens du monde, comme ceux qui vous entourent, et l'on i)erd ainsi toute confiance et toute poésie. Aussi je ne vous en veux pas du tout de vos rares visites. Chez moi. vous me trouviez rarement seule, et dès lors je n'étais plus moi. J'aurais regret de voir nos rapports tout à fait rompus, et j'aime à les voir se renouveler de temps à autre. Si vous souffrez, si vous êtes heureux, songez qu'il y a quelqu'un ici qui prend part à tout ce qui vous arrive.

Je vous envoie une pièce de vers (|ue je viens de faire après mon diner. au coin du feu. pour votre Gerbe. Je désire qu'elle vous convienne et (|ue mon nom angevin se mêle à celui de mes conqjatrioles. J'étais d'abord fâchée que vous demandassiez des vers, je les déteste.

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