Vitiop Pa\ie : Les liecenants, Œuvith citoisies, t. II
encore converser avec M"^ Hugo dans le salon de la rue Xotre-Dame-des-Champs, s'appelait Évariste Boulay-Paty. Son timbre un peu nasal, sa prononciation un peu lourde, son accent provincial étaient en désaccord avec l'ardeur lyrique de son langage. 11 se leva : même contraste entre la distinction de ses manières et le défaut de sveltesse et de désinvolture de son galbe. Les quelques mots que nous échangeâmes nous servirent comme d'amorces pour nos rencontres à venir. En nous quittant, nous nous sentîmes instinctivement attirés l'un vers l'autre. »
Dans les lettres de Boulay-Paty, on retrouve bien le même ton lyrique qui était celui de sa conversation. Quant à la sympathie qui devait naître, si soudaine, mais si durable, entre ces deux habitués du Cénacle, elle s'explique d'ellemême par leurs affinités multiples. Retenu à Paris par ses fonctions de conservateur de la Bibliothèque du Palais -Royal, Boulay-Paty resta toujours un déraciné, aussi amoureux de sa Bretagne, de la petite maison natale de Donges, près de ]\antes, que Victor Pavie l'était de son Anjou. Et, fidèle au souvenir, sinon à la pratique des mêmes croyances, il trouvait, en faisant vibrer cette corde de sa lyre intime, un écho toujours prêt à répondre dans l'àme de son correspondant.
F.VARISTE BOULAY-PATY 267
Paris, le 26 janvier 1833', Cher ami, que voire lettre ma fait de bien ! Vous savez si je vous aime! C'est plus que je ne puis dire: mais comme on sent entrt' nous! Votre souvenir m'a rafraîchi dans le grand désert où il est venu me passer sur le cœur. Merci! je me retrouve de la force à marcher quand j'ai été touché d'une de ces brises de poésie, quand un de ces flots d'amitié m'a désaltéré. Sans cela que faire du fardeau des jours sur la route que nous autres jeunes hommes nous frappons déjà d'un pied fatigué"? Toutes les belles choses s'en vont à l'horizon là-bas, et tourné vers ce couchant radieux, je m'arrête, déplorant la nuit où nous allons nous égarer. Du front de l'humanité vieillie tombe feuille à feuille la noble couronne du passé; nous nous baissons, et tâchons d'en ramasser quelque chose, mais ce n'est déjà que sali de fange que ce quelque chose nous arrive sur le cœur, où nous le choyons pourtant avec amour. Triste crépuscule que ce temps! Triste ville surtout que ce Paris où la lioue souille moins les pieds du passant que les vices ne lui llétiissenl la pensée! ?Sous étouffons, nous dont le cœur remplit la poitrine. La nature et la poésie pleurent, oh! quelles larmes! Cher Victor, votre frère où est-il? où est-il ? Que j'envie son destin ! Que sa course vagalx)nde appelle mon être! Que je voudrais caresser de l'o'il, effleurer de l'àme ces terres vierges, ces végétations inconnues qu'il parcourt ! Un nouveau monde d'émotions 1 Que mon âme, voyageuse dans l'intîni, aurait besoin d'aborder, de trouver aussi son Amérique!