‹ Médaillons romantiquesChapitre 86 sur 121 · LeUro inndilr · texte numérisé non relu

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ÉVARISTE HOULAY-PATY 273

sur le front de cet antique océan ! Que de bonheurs j'ai perdus! Que de fièvres j'ai manquées! Oh! les beaux délires, les inimaginables extases ! J'en ronge mon cœur. Que voulez- vous? .le n'ai pu étendre ma chahie que jusqu'à Rennes; car, les jours de juillet, mon âme a eu des ailes à m"étoufîer dans in.i [loiti'iiic j";ii été obligé de partir, j'ai embrassé ma mère, ma sa^ur, et je suis arrivé ici sans que personne se soit douté de mon absence. Cela m'a fait du bien, j'ai rapporté de l'air de quoi respirer encore ici pendant quelques mois, jusqu'à ce que j'eusse un congé plus long. Ce que vous me dites de ma bonne, de ma poétique mère me fait grand plaisir. Je suis heureux que vous la chérissiez, que vous l'ayez appréciée, que vous l'aimiez un peu, comme Lelcllier l'aime. Quelle àmo jeune, IVaiche, sous cette enveloppe souffrante ! 0 mon ami, que je l'adore, et comme j'étends mes bras vers elle en ce moment ! Aimezla bien, ami, j'ai besoin de vous aimer de votre tendresse pour elle.

Vous allez donc encore partir, ô heureux ! ]>artir ! et pour la Suisse ! 0 rêves bucoliques de ma pensée ! Venez au moins par ici, que je m'imagine vous donner quelque chose de moi à voyager avec vous, en vous serrant la main, en vous embrassant. Sinon, il faut me promettre toujours de revenir par Paris, par moi ; que j'aurais du boidieur à vous entendre tout me raconter! La Suisse sera pour moi dans vos paroles.

Au revoir. Victor, embrassez bien votre bon père |iour moi, et donnez-moi souvent de vos nouvelles! Au revoir.

Évariste Bollay-Patv.

Paris, 26 octoltre 1833'.

Cher et bien cher ami, j'ai reçu votre lettre. El!e m'a fait du bien, en me parlant de vous, de votre père, de votre frère, et j'en avais besoin, car depuis quelque temps j'ai été très souffrant. Je croyais (|u(e trois semaines au lieu natal, vous savez, à ce petit clocher qui penche sur un bord de la Loire, m'auraient guéri. Mais non! Est-ce à dire qu'il faut désespérer ? Mon sang me brûle. J'ai vu ma mère, ma sœur; j'ai causé tous les jours de vous avec ces deux belles et pures âmes, comme on en rencontre peu dans cette triste lunnanité de notre siècle. ?Hous vous suivions sur les monts glacés et nous disions que votre place était bien là, près du ciel. Que nos pensées vous environnaient souvent !

J'ai communiqué votre lettre à Lch^llier : il vous rend toute votre chaude affection. Il me charge de vous reporter l'assurance de son amitié tendre et dit que, lorsque je vous écris, nous vous écrivons tous deux. Il est très occupé à l'impression de son Histoire du Mont Saint-Michel qui, quoique annoncée depuis plus d'un mois, ne paraitra que dans une huitaine.

Moi je travaille à un volume tout de cœur, dont Abel Ledoux vient de se rendre l'éditeur. Je voudrais bien qu'il fût publié avant la fin de l'année. Aussi je le couve de tous mes moments et j espère pouvoir le faire éclore avant peu. Alors, vous le savez. l'aile, bien que jeune encore, le portera vite vers vous.

Je vous embrasse, et votre excellent père.

Tout à vous.

Boulay-I'aty.

Lettre inédite.

Paris, avril 1835'.

Mon bien cher Victor, j'attendais toujours pour vous répondre quAngelo eût été joué. Je voulais vous parler longuement de la première représentation de cette œuvre nouvelle d'un génie que nous aimons. 3Iais elle tarde, elle tarde, et je ne puis remettre encore à vous écrire : mon cœur me crie trop haut votre nom et se tourne trop souvent vers vous. Salut, ami! doux regard, douce parole et doux serrement de main! Me voilà face à face avec vous, et je cause d'àme. Eh bien! Victor, où en est votre vie intime? Quel aliment a-t-elle là-bas où vous êtes? De quelles pensées se repaît-elle, affamée qu'elle est, comme la mienne, de l'infini et de l'inconnu? Ditesmoi, cher voyageur de l'imagination, avez-vous trouvé dans les espaces qu'on rêve, dans les espérances qu'on sillonne, quelque nouvelle région, quelque région pure et belle, où l'idée du chrétien et du jujète se repose avec délices ? Moi, je ne sais où poser l'aile. Je vole, je vole toujours; l'immensité m'égare, me trouble, m'eifraye. Montrez-moi du doigt l'endroit sacré, la branche verte ot moussue : je suis las. Les tourbillons des vents m'ont battu, les pluies m'ont mouillé, les ardents rayons m'ont ébloui ; j'ai peur du tournoiement et de l'abîme, ma force se fige, mes ressorts se détendent. 0 heureuse vie des autres siècles, où la religion avait un baume pour les blessures, où Dieu faisait tomber tout droit l'âme lassée dans le nid saint du cloître. Victor, Victor, où allons-nous? Les ports sont fermés, et nous battons

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