Lettre inédite
ooiile sur mon àme, ulcérée de tant de choses passées do cette vie, comme un baume délicieux. Les blessures ne se referment pas, elles ne se refermeront jamais; mais de telles tendresses y posent des douceurs adorées, et les blessures saiiïnantes sont moins cruelles.
Je venais de partir de Donges quand vous m'avez écrit. La lettre a été de là à Rennes, à Nantes, est revenue sur ses pas, est retournée encore et a enfin trouvé ma nièce qui me la renvoie. Que je vous remercie de votre profond intérêt ! Qu'il m'est doux d'être aimé ainsi, quand j'aime si fort, et que je vous serre la main avec une foi du vieux temps !
J'ai été en effet souffrant à la campagne ; mais rassurez-vous, je suis mieux maintenant, je suis même bien, quand je songe au passé. Je suis parti de Paris au mois d'août, horriblement dépéri, traînant une sanlé délabrée. Je me suis arrêté peu à Rennes, j "avais une soif immense de mon cher Donges. Je m'y suis ranimé sur les grèves de mon enfance. J'ai eu d'abord beaucoup de peine à reprendre : j'aspirais de toute ma poitrine le vent de la mer, je tendais mon front à mon soleil retrouvé, je m'environnais de ma solitude embaumée. Que d'enivrantes heures j'ai savourées sous mes arbres battus des brises, sur mes sables battus des vagues ! Jf pensais bien à mes amis, mais pour tout au monde, dans ce cercle sacré d'isolement, je n'aurais voulu que la poste voisine en sût quelque chose. 0 pourtant, oui. pourtant, Victor, ce m'eût été un bonheur complet que de yjouvoir vous dire à vous : « Venez, je vous attends. » •Mais, heureux ami. vous étiez doublé, vous n'étiez plus un pour nifti. l"n ange terrestre vous attachait là-bas
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|);ii' lin lien (juc la l;nii;ii(' Imiiiaine ;i|i[ipII(' le ciriii'. Comment ôtcr volrj main de celte iiuiiii MjiikIic ;"i i|iii Dieu l'enlaça? Comment désunir votre pas nn seul instant de ce pas avec qui un divin accord unit sa marclu' ? J'ai craint do vous sembler exigeant en vous demandant une semaine. C'eût été égoïst > de ma part : je soutfrais, et vous étiez si heureux.
Que je voudrais coimaitre voire femme! C'est un de mes vides dans cette vie, c'est un de mes i-egrets, c'est un de mes besoins. Qu'elle doit être bonne et belle! belle de celte haute be;mlé du cœur que ne peut man- (|ui'r d'avoir celle que vous avez choisie, l'our la voir, pour voir votre cher père, je me suis eud);ir(|ué il y a un mois dans le bateau à vapeur deNant'S. à six heures du malin, par un froid atroce, avec un ni.ij de gorge et un rhume violent. C'était pour Angers, c'était pour vous, pour vous seuls. Eh bien ! dites, suis je malheureux? Je ne savais pas qu'il y eût deux bateaux, je n'eu avais nulle idée. Je m'embarque dans celui que je trouve là, et que je croyais l'unique : je n'ai su que le soir, quand je croyais être sur le point d'arriver à Angers, (ju'il n'y allait jkis. J'étais désolé; j'ai couché le soir, malade, dans une auberge détestable à Ce'-'. Que j'étais malheureux! Je ne pouvais retarder : mes effets étaient là, on m'attendait à Paris expressément. J'avais déjà eu beaucoup de prolongation de congé et j'étais raii[)elé. J'ai fait le plus triste voyage du monde : mais il faut la fatalit'^"' (pii m'avait fait entrer dans un bateau et non pas dans un autre. J'avais demandt- le bateau pour