‹ Médaillons romantiquesChapitre 93 sur 121 · Lettre inédite · texte numérisé non relu

Lettre inédite

le pressentiment de Tamitié n'a pas été trompé. Je suis content de ce triomphe, surtout quand je pense au bonheur qu'il va causer à ma mère.

Comment êles-vous, mon bon ami ? Comment vont les yeux si doux de votre enfant? J'espère qu'ils vont tout à fait bien maintenant. Et votre excellent père, a-t-il toujours celte belle santé qui semble chez lui un reflet d'un cœur pur et joyeux? Théodore vit-il toujours en Cliine, même auprès de vous? Je n'ai pu le voir avant son départ; je n'ai trouvé au Palais-Royal la lettre de lui qui m'annonçait qu'il vous quittait que lorsque déjà il roulait vers Angers. Dites-le-lui, et reportez-lui toute l'expression de mon attachement. Présentez mes respectueux hommages à votre femme et mes tendres amitiés à votre père.

Tout à vous.

Évariste Boulay-Paty.

Le prix accordé par l'Académie française à VOde sur VAi'c de Triomphe de l'Etoile fut le seul véritable succès de la carrière poétique de Boulay- Paty. Ni les Odes Nationales, ni EUe Mariaker, le livre de soimels dont il est question plus haut, ne furent vraiment goûtés du public. Cela manquait d'originalité. Ce qui devait être d'abord l'histoire du sonnet se transforma définitivement en une notice sur la vie du personnage imaginaire d'Élie Mariaker qui donnait son nom au volume, notice trop calquée — inconsciemment sans doute, mais visiblement — sur le Joseph Delorme

de Sainte-Beuve. A mesure que les années passent, le poète renonce peu à peu ;i produire, pour se confiner davantage dans l'admiration des œuvres d'autrui, et, à remplir ce rôle, son cœur d'or trouve du moins pleine et entière satisfaction.

Paris, le G mai 1S38.

Mou cher N'ictor, j'ai reçu votre lettre et les volumes ce matin. Votre chère écriture a fait battre mou cœur d'exilé. J'avais besoin d'avoir souvenir de vous, et je r.'mettais de jour on jour à vous envoyer ma pensée. Jf vous vois bien souvent, bien souvent de loin, à votre doux foyer de famille, et je m'associe à voire tran- (juille existence, heureuse par l'intelligence et par le cœur, ces deux grands rayons du Très-Haut. La vague orageuse meurt à vos pieds, et c'est à peim^ si vous nous entrevoyez, ballottés que nous sommes derrière le brouillard, sur cette houleuse mer de la capitale. Les vents nous poussent de tous les côtés, et je ne sais où nous irons au milieu de ces bourrasques.

.te ne vous écrivis pas de Donges. parce qu'alors je tombai très malade au lit, avec une violente esquiuancie. Et pourquoi n'ètes-vous pas venu nous y voir, cher ami? A'ous auriez apporté avec vous joie et bonheur, ne le savoz-vous pas? Ma famille aurait été si contente de lier connaissance avec votre feuune. Ma chère maman est toujours souffrante et faible : c'est le ver rongeur de ma vie, que de la savoir vieille. Oh! si

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