‹ Médaillons romantiquesChapitre 94 sur 121 · LeUre inrdite · texte numérisé non relu

LeUre inrdite

je pouvais nous nietlrc au même poinl, en lui prenant de ses années ^ ! Ma sœur est comme cela, elle éprouve parfois encore de terribles douleurs névralgiques. Mon beau-frère a depuis six mois une toux qui nous inquiète.

Je ne vois point Théodore : c'est un vilain. Enfermé, enclos dans son chinois, il nous oublie. Moi. de mon côté, je me reproche de ne pas aller plus souvent dans son quartier. Je l'aime bien cependanl. Ainsi l'on vit à Paris, presque comme à vingt lieues de distance. Il y a cent villes dans cette Babylone du dix-neuvième siècle.

Je ne sais quand Sainte-Beuve sera de retour. Je le reverrai avec un grand plaisir. Je voulais lui écrire, et je ne lai pas fait : je hâte de mes vieux son arrivée.

Je n'ai pas encore lu le Promél/iéc de Quinet. Je nt; l'ai que depuis une huitaine • j'ai lu d'un trait la préface. C'est triste au cœur et empreint d'un doute qui est amer. Dites-moi ce que vous en penserez. Je vais me mettre au poème. Je ne voudrais pas qu'il fît des vers : le

1. Dans les Poésies de la deniicre saison, Boulay-l^aty a donné à cette pensée la forme d'un sonnet plein de tendresse émue. Je ne puis résister au plaisir de le citer ici tant il est caractéristique de sa verve tout intime :

Comme a vieillir ma mère, o temps, lu le dépêches !

Je voudrais de mes ans plulôt la rajeunir,

Reverdir ses rameaux avec mes feuilles fraîches.

Dorer, de mon espoir, son pâle souvenir.

Je voudrais, de mon sang, rougir ses lèvres sèches.

Prolonger son passé de mon long avenir,

De mes cheveux épais noircir ses blanches mèches.

Quand je commence enfin, l'empêcher de finir.

C'est le contraire, hélas ! — car je vis de sa vie.

De ses chagrins toujours ma joie est poursuivie.

Son âge atteint mon cœur, et l'étreint el le mord !

Souffrant de tous ses maux, faible de sa faiblesse.

Paie de sa pâleur, cl vieux de sa vieillesse.

Je sens que chaque jour je me meurs de sa mort.

rythme lui est rebelle, il parle c 'tte langue comme une langue apprise, avec une certaine gêne, qui ôte de la poésie à sa pensée. Il est bien plus poète en prose : son style alors a de l'ampleur et du parfum, son idée va dignement sous ce manteau à larges plis. C'est une chose à remarquer, c'est un mystère que je ne comprends pas bien : il y a donc deux poésies, celui qui les joint est Homère ou Milton.

Je ne sais rien de nouveau. Je n'ai pas lu le dernier ouvrage de M'"'' Sand. J'ai vu la dernière statue de David. C'est magnifique : il a donné à l'auteur du fameux canal du Languedoc cette grandeur solennelle dont il pétrit tous les hommes de génie. Faites-lui-en votre compliment. Il m'a écrit pour me dire qu'on piochait le moule, j'y suis retourné : c'est mieux, je veux maintenant voir couler le bronze. Il m'avertira.

Au revoir, bien cher ami, je vous serre les deux mains dans les miennes, j'offre mes hommages d'atfeclion à voire femme, et mon souvenir de cœur à votre père.

Tout à vous,

Évariste Kollay-Paty.

Paris, 19 novembre 1839 '.

Mon cher Victor, j'ai été plusieurs mois absent de Paris. Je suis allé aux eaux de lîourbon-l'Archambault, de Vichy ; et puis j'ai fait une excursion dans les montagnes de l'Auvergne, j'ai vu Clermont, Randan. le Mont-Dore, le château de Marolles. admira Ides paysages.

Page 1