Lettre inédite
ÉVAKISTE BOILAY-PATY 287
Ce voyage mêlait ordonné par les médecins ; ma pauvre santé avait besoin de secousses, de changement de lieux, d'action, de distractions forcées. Les bains, le mouvement, la variété des pays m'avaient fait du bien ; je me sentais moins mélancolique et mieux, lorsque je suis tombé très malade, avec une fièvre, un mal de gorge, des douleurs rhumatismales dans un petit village perdu au fond d'une vallée, où je n'avais ni soins ni médecin. J'ai été malheureux. Cet accident a retardé mon retour à Paris. Après m'être un peu rétabli à Clermont, je suis revenu à petites journées; j'ai passé par Bourges, où j'ai admiré cette sublime cathédrale que les temps nous ont léguée à nous, crpurs religieux, esprits ardents. Que c'est beau ! Vos yeux onl-ils ciiressé ce magnifique monument ?
En arrivant à Paris, j'ai trouvé, déjà un peu vieille de date, votre bonne lettre. J'ai cru que vous me serriez la main. Je vous réponds, mon ami.
J'aurais fait avec un grand plaisir l'article sur le livre de Théodore, dans le Cabinet de Lecture^, si Ladi;rantais ne l'avait fait. Ce m'eût été une douce chose de dire ce que je pensais de ces pages si fraîches, et de l'auteur, que j'aime. Je n'écris malheureusement dans aucun journal : j'ai abandonné cette voie, et, depuis la fatale maladie que j'eus à Donges il y a un an, je suis toujours souffrant. Ce rhumatisme dans la tète m'a laissé hypocondriaque et souffrant sans cesse. Le travail m'est défendu. Désolé de mon impuissance avons servir dans ce moment, j'ai couru chez Lucas, avec mon volume
1. Publication dirigée par Lotellicr. V. plus iiaut. page '268.
(j'en prendrai un antre clio/. voire librairei. je le lui ai prêté pour quil en rende compte ; il m'a bien pioinis de iaire un article dans Ir Charivari ou VArlisIc. Je le presserai, et cet article ne peut tarder à paraître Si je puis aider encore la publicité du livre de Théodore, je saisirai l'occasion. Dites-moi si je dois prendre un troisième exemplaire, et un autre même, dans le cas où j'aurais promesse d'un rédacteur de journal.
Ne viendrez-Yous point à Paris cet hiver? Que j'aurais de joie à vous voir, vous et votre excellent père! Je vous remercie de cœur, vous et lui, et le doux être que vous appelez votre femme, de vos souvenirs. Causez de moi .
Tout à vous.
Évariste Boulay-Paty.
Paris, 9 (li'cembre 18'i0 '.
Mon bon Victor, voire lennne est-elle accouchée? D'après ce que vous me dites, ce bonheur vous arrivait. Donnez-m'en nouvelle et joie. J'espère que cette fêle aura été pour vous sans mélange d'inquiétudes trop longues. Je salue de loin de tout l'élan d'une profonde amitié le nouveau rejeton de vous que j'estime tant et que j'aime tant. Votre père va doubler sa tendresse auprès de ce second berceau, et voire douce et chère femme va sentir un cercle de plus autour de son existence. Paix et ft'lifilr à vous, bons cœurs et belles âmes!
Avez-vous quelque chose de récent de Théodore? Qu'il est loin, cet ami ! Un souvenir tendre de moi pour lui dans votre première lettre, n'y manquez pas.