Li'tU'e in'hiilc
J'ai fait un rapport pour qu'on souscrive à notre vieux et fleuri Du Bellay. J'espère une réponse favorable.
J'aurais grande envie de voir avec vous cette magnifique œuvre de notre ami admiré David, amassée, commentée, honorée ainsi dans sa ville ^ Cela doit être beau à voir comme expression d'une vie de génie, d'un côté, et à sentir, de l'autre, comme expression aussi d'une reconnaissance et d'un orgueil de concitoyens. Ce sera, j'en suis sûr, de l'âme de l'un de vous que sera partie cette noble idée.
Je ne sais quelles voix tendres, quels échos de, mon cœur m'enivraient de votre nom, dans cette nuit de novembre où j'ai passé à Angers dans la malle-poste. Je n'ai pu ni'arrèter : j'étais en retard, mon retour était pressé, j'avais quitté Paris il y avait deux mois. J'ai voyagé tout ce temps; j'ai vu Rouen, ses admirables églises, le Havre, son port plein de vie. son coteau plaisant, Honfleur et sa Vierge de Grâce. Caen. Avranclies. le Mont-Saint-Micliel, cet édifice d'un rêve, cette merveille, Saint-Malo et ses murs hardis, Diuan. sa Rance si sauvage et si gracieuse, Paimpol, sa baie aride, son île de Bréhat à l'aspect imposant, Morlaix, Brest, Quimper, Loricnt. Auray, Carnac, Vannes, le pont de la Roche-Bernard, cette féerie ravissante, et, de là. j'ai joint ma chère mère, ma chère sœur à >«antes. J'y suis resté, savourant leurs amitiés de l'âme, y puisant aussi profondément qu'il est donné à l'âme humaine. J'ai repris
1. Le musée d'Angers venait d'inaugurer la galerie David, qui, depuis, s'est enrichie d'un exemplaire de presque toutes les œuvres du sculpteur angevin.
ma cliauie : écrivez-moi, ami. Je vous embrasse, et votre bon père, et votre enfant, et le nouveau petit ange, s'il est venu, et j'ofîre mes hommages et affectueux dévouements à votre femme. Tout à vous.
Évariste Boula y-Paty.
Paris, 18 novembre 1841 ',
Mon cher ami, jai été absent de Paris. J'étais allé aux eaux de Vichy en septembre, puis j'ai voyagé dans le 3Iidi. A mon retour, je trouve votre bonne lettre, et l'envoi de notre vieux poète. Deux fois merci. Quand je reconnais votre écriture, Victor, une émotion vraie fait toujours battre mon cœur. Vous savez combien je vous aime. Votre souvenir, quand il vient à moi dans vos chères lettres d'Angers, me rassérène l'esprit, me caresse la pensée. Un doux et chaud rayon de votre saint intérieur arrive à ma tristesse et rit alentour. Heureux ami. si bien reposé en famille sur le bord de ces flots qui m'ont brisé ! Oh ! sentez-vous tout votre bonheur? Vous en avez tant. tant, que je m'avise d'aller quelquefois en chercher un peu. du vol de l'idée, près de vous.
Je n'ai pu voir Théodore, n'étant point ici. Quand reviendra-t-il ? Je pense qu'il ne tardera pas. Dites-lui de venir, dès les premiers jours, à la Bibliothèque, me serrer la main.
Letellier n'a pas été heureux : il n'a pu encore trouver une place. Il est allé, en attendant m'a-t-onappris, passer quelque temps en famille, à la canq)agne,