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ments des artères, il convient d’étudier la valeur des signes fournis par les variétés du pouls. Tel était le débat entre les dogmatiques et les empiriques, c’est-àdire entre la généralisation et le fait. Notons d’abord combien le terrain de la dispute est changé : les empiriques anciens refusaient de rechercher quelle était la composition des organes internes, quelle était la cause de la respiration, à quoi servaient les battements des artères ; et les dogmatiques anciens faisaient entrer dans leurs espérances de rationnalité ces connaissances. Au contraire, les empiriques modernes sont justement occupés de tout ce qui était l’espoir lointain des dogmatiques anciens, et les dogmatiques modernes s’efforcent de créer des théories qui soient à la fois la raison des choses et la raison de l’intelligence. Tout a monté d’un échelon. Notons ensuite que dans l’antiquité le débat était insoluble, par cela même qu'au fond ceux qui se disaient et se croyaient dogmatiques n’étaient pourtant effectivement en quête que de faits et non de théories. La question n’était pas véritablement posée; mais aujourd’hui elle est posée, elle est susceptible de solution, et définitivement l’esprit de généralité prend sa place au-dessus de l’esprit de particularité.
Quelques points choisis entre plusieurs mettront en lumière ce que je veux exposer. La vie d’un animal se perpétue à l’aide d’actes divers et multipliés. Il se nourrit; sa poitrine se soulève et s’abaisse pour attirer l’air et l’expulser; son sang circule dans les artères et dans les veines; ses muscles le transportent où il veut, et saisissent ou éloignent ce dont il a besoin ou ce qui le blesse; ses sens le mettent en communication avec les objets ; son intelligence, dans la mesure que lui a départie la nature, s’applique aux doubles exigences
imposées par l’organisation et par le monde extérieur. Évidemment, pour étudier tous ces faits qui s’enchaînent, il ne sera pas indifférent de commencer par l’un plutôt que par l’autre; et il surgit tout d’abord une question de méthode qui ne serait dédaignée que par les esprits superficiels; car les questions de méthode, étant toujours les plus générales, sont celles dont l’importance est à la fois la plus profonde et la plus étendue. Galien, qui fut un des maîtres de la science dans l’antiquité, a écrit un ouvrage qu’il intitula De V utilité des parties^ et qui expose comment chaque partie est le mieux adaptée à l’usage qu’elle doit remplir. C’est un grand et beau livre ; et l’auteur, qui avait embrassé toutes les sciences de son temps, était doué de l’esprit encyclopédique et philosophique; pourtant il est impossible de trouver dans la disposition de son traité aucune trace d’une véritable méthode; tout y est arrangé d’après un Système artificiel qui, ne se rattachant pas aux données fondamentales du sujet, n’y répand aucune lumière. Il ne faut pas l’en accuser, mais seulement reconnaître que l’époque scientifique dont il fait partie ne permettait pas d’apercevoir la subordination réelle des fonctions du corps animal. Cette excuse n’est plus valable pour M. Magendie. Lui qui avait une direction toute différente et qui était aussi empirique que Galien était spéculatif, n’a donné aucune attention à l’ordre suivant lequel les fonctions doivent être étudiées, et, dans sa Physiologie, il commence par les actes du système nerveux et la sensibilité et termine par la nutrition.
Un tel arrangement ne peut soutenir le moindre examen. La règle générale est de passer du moins compliqué au plus compliqué, de ce qui supporte à ce qui est supporté. Or, ce qui est le moins Compliqué, ce sont les
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phénomènes relatifs à la nutrition de l’être; ce qui l’est le plus, ce sont les phénomènes relatifs à l’exercice de sa sensibilité et de son intelligence. Ce qui supporte, c’est l’ensemble des actes de nutrition, en termes techniques, la vie végétative qui partout précède les développements ultérieurs et sans laquelle ils sont absolument impossibles; ce qui est supporté, ce sont les actes du système nerveux, les sens, les facultés morales et intellectuelles qui, nuis aux derniers degrés de l’échelle vivante, nuis encore aux premiers rudiments de la vie individuelle, n’apparaissent jamais que sous la condition d’un système nutritif régulièrement conformé. Et en effet la nature, pour se développer, ne fait jamais que répéter les grandes lois qui l’assujettissent. Cette subordination de la sensibilité à la nutrition dans l’individu n’est qüe la reproduction du rapport qui unit entre eux le règne végétal et le règne animal. Le règne végétal est au règne animal ce que le système nutritif est au système de la sensibilité; ni les animaux ne peuvent être sans les végétaux, ni les fonctions des sens et de l’intelligence sans les fonctions de la nutrition. Il était donc logique , puisque la logique est la connaissance du rapport entre les conditions de notre esprit et les conditions des choses, de passer, par une gradation réelle, de ce qui fait l’entretien et la nutrition de l’être à ce qui fait l’épanouissement de son sens intime. 11 était conforme à la méthode^ puisque la méthode veut que l’on ‘procède du moins difficile au plus difficile, du moins complexe au plus compliqué, de commencer par enseigner comment l’organisme, pour subsister, se compose et se décompose sans cesse (ce qu’on appelle nutrition), avant d’enseigner comment il prend conscience de soi-même, et agit sentant, pensant et voulant. On procède du moins difficile au plus dilfi-
elle; car les fonctions de nutrition ont toutes leurs racines dans les phénomènes physiques et chimiques , et aboutissent à des phénomènes physiques et chimiques qui sont comparativement bien connus et servent de base, tandis que les fonctions de sensibilité n’y ont pas leurs racines, n’y aboutissent pas, ainsi privées d’une véritable lumière. On procède du moins complexe au plus compliqué; car les fonctions de sensibilité, influençant les fonctions de nutrition, sont à leur tour influencées par elles, et ont en outre leur propre manière d’être. Il suffit, pour s’en convaincre, de comparer ce qu’on sait des organes de celles-ci avec ce qu’on sait des organes de celles-là. Les poumons, le cœur, l’estomac, les glandes et les autres agents de nutrition, ou sont bien connus, ou sont enveloppés d’obscurités moins profondes. Mais le système nerveux, qui est chargé des fonctions de sensibilité, est très-imparfaitement connu; ce n’est que d’hier qu’on a déterminé, comme je l’ai rappelé dans le précédent article, les racines diverses qui transmettent le sentiment ou le mouvement; et, dans la moelle et le cerveau, on commence à peine à entrevoir des départements assignés à des usages spéciaux. Tandis que, pour la vie de nutrition, les organes se montrent séparés et distincts, ils se montrent, pour la vie de relation, confondus d’une manière pour ainsi dire inextricable. Tout exige donc que l’on suive un ordre déterminé, une véritable hiérarchie dans l’enseignement de la physiologie, dans l’étude des fonctions.
J’ai dit plus haut que les actes de nutrition aboutissaient à des phénomènes physiques et chimiques; mais je n’ai pas voulu dire qu’ils étaient en soi ou physiques et chimiques. Ceci a besoin d’explication. La science s’est longtemps débattue autour de la question de sa-
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voir si la vie, pour me servir de la locution la plus courte, était distincte des forces du monde inorganique, ou devait être confondue avec elles. Quiconque a une notion de l’histoire verra tout d’abord que la seconde conception a dû être la première en date et en consistance. Les théories scientifiques ont commencé par les mathématiques, par l’astronomie, par les phénomènes physiques et chimiques; les êtres organisés étaient trop compliqués et d’une étude trop difficile pour suggérer un système d’idées susceptible de se soutenir par soi-même; ils n’avaient, pour les esprits d’alors, aucune lumière qui leur fût propre, mais ils étaient tout disposés pour refléter les lumières venues d’ailleurs. Aussi ne se fit-il pas, dans le cours des siècles, une découverte de quelque importance en physique ou en chimie qu’on n’essayât aussitôt comme une clef à l’elfet d’ouvrir la théorie des phénomènes vitaux. C'est ainsi que le fluide électrique, qui n’est qu’un artifice logique inventé par les physiciens pour lier leurs idées et représenter les phénomènes, passa dans la physiologie sous le nom de fluide nerveux ; mais là, n’ayant aucun des motifs qui le soutenaient en physique, ce véritable être de raison, importé malencontreusement dans une science où il était étranger, n’a pas tardé à périr comme une plante sans racine, et il a disparu des conceptions positives dont la vie est le , sujet. L’espérance de confondre les actes vitaux avecj les actes du monde inorganique a été longtemps le feu j follet qui égarait les esprits spéculatifs; on croyait à chaque fois l’atteindre, et à chaque fois il s’éloignait, laissant de nouvelles ténèbres là où l’on avait cru voir une clarté. Mais cette espérance était un soutien provisoire; on cheminait véritablement tout en poursuivant un but imaginaire; on cheminait, car le progrès
continu des autres sciences exhaussait le niveau commun de l’intelligence, et tirait graduellement l’esprit hors des conceptions élémentaires pour le porter jusqu’aux conceptions transcendantes. Je dirai, définissant ici provisoirement ces termes non par les choses mêmes, mais par l’histoire : les conceptions scientifiques sont élémentaires jusqu’à la sortie du moyen âge; dès lors elles prennent le caractère transcendant. Et ce fut une conception transcendante quand, d’induction en induction, il demeura positivement établi que la science de la vie ou biologie n’est réductible à aucun fait ou physique ou chimique.
Cette vérité était trop bien établie avant M. Magendie pour qu’il la contestât directement; mais il la présentait d’une manière indécise. Ainsi, au début de ses leçons sur les phénomènes physiques de la vie, il parle des phénomènes désignés généralement sous le nom de vitaux, sans chercher à les rattacher aux lois , qui régissent les corps inertes, observant qu’aucun rapport ne peut être établi entre la contractilité de la fibre vivante et la simple élasticité des corps inorganiques. C’est là poser la séparation entre la doctrine de ce qui a la vie et la doctrine de ce qui ne l’a pas. Mais plus loin, déclarant que son dessein est de lier les lois qui président au jeu de nos organes avec les mêmes lois qui régissent les substances inanimées, il ajoute : « Prétendre que les phénomènes de la vie sont entièrement distincts des phénomènes généraux de la nature, c’est professer une erreur grave , c’est s’opposer aux progrès ultérieurs de la science. * Et un peu plus loin il dit expressément que l’un des préjugés les plus fâcheux qui aient régné et qui régnent encore dans la médecine, c’est de supposer que tout être vivant, animal ou v^étal, est soumis à des lois indépendantes de
celles qui gouvernent les autres corps de la nature. Pour qui voudrait prendre à la rigueur ces expressions, il y aurait une contradiction avec la proposition où il admet qu aucun rapport n’existe, par exemple, entre la contractilité vitale et 1 élasticité inorganique. Mais il vaut mieux interpréter favorablement ces oppositions, et dire que la contradiction est dans les termes, non dans les choses, M. Magendie ayant simplement entendu qu’à côté des phénomènes vitaux il y a des phénomènes physiques et chimiques, qu’à côté des lois vitales se font sentir les lois des substances inorganiques. Mais il n’en reste pas moins que le langage est obscure! indéterminé; et, pour qu’il soit tel, il faut bien que la pensée n’ait été ni déterminée ni claire, et que l’esprit de M. Magendie, n’ayant pas vu nettement ce qu’il admettait en admettant l’existence des lois vitales, ait été toujours près de retirer d’un côté ce qu’il avait accordé de l’autre.
Et en effet il nous fait pénétrer lui-même jusqu’à la cause de ses obscurités : « Nous avons passé en revue, « dit-il, les principaux phénomènes vitaux dont le O corps de l’homme est le théâtre; mais nous n’avons « pu que constater des faits par la voie expérimentale; O car, pour Ifô expliquer, je confesse hautement mon « ignorance. Si je sais par quel mécanisme une mema brane se laisse imbiber par un liquide, je cherche « en vain ce qui fait que la fibre musculaire se con- « tracte ou que le nerf est sensible. » Il a parfaitement raison de confesser son ignorance là-dessus; mais cette ignorance n’est ni accidentelle ni provisoire ; elle est nécessaire et permanente. Le physiologiste n’est pas, quant à la propriété qui rend le muscle contractile et le nerf sensible, dans une autre situation que le physi* cien quant à la propriété qui rend la matière électrique