‹ Médecine et moeurs de l'ancienne RomeChapitre 16 sur 29 · Traduction du Dr C. Dubos · texte numérisé non relu

Traduction du Dr C. Dubos

Cette loge fétide, où Juvénal nous la montre, s'appelait lupanar*1.

i. Les premières maisons publiques ne se montrèrent à Rome qu'après les guerres asiatiques. Mais on ne peut préciser l'époque où les filles de joie furent reconnues et surveillées par la police.

Les lup.viaria et les fornices s'établirent dans la deuxième partie de la ville, dans la Cœlimontana, où elles touchaient au mur d'enceinte, c'est-à-dire dans la partie appelée Subura (suburbana). Dans le même quartier se trouvaient les casernes (castra peregrina), les marchés [Macellum magnum), et les boutiques des barbiers (popinœ, tabernœ).

Ces maisons, qui étaient extrêmement sales, étaient composées d'un certain nombre de cellules, cellœ, sur chacune desquelles était écrit le nom de la prostituée qui l'occupait et le tarif de ses faveurs. Il y avait dans chaque cellule un lit ipavimentum, cubiculum, pulvmar), recouvert d'une couverture particulière (lo.iix), et une lampe [lucerna). Le propriétaire de ces maisons, le procureur, s'appelait leno, sa profession lenocinuim. Dans le principe, il ne faisait que louer ses cellules, sans avoir de femmes à sa solde, mais bientôt il eût des filles à lui qu'il achetait comme esclaves. Celles-ci payaient au leno, non seulement l'as pour la cellule, comme les filles libres, mais encore une certaine rétribution.

Les maisons publiques ne pouvaient être ouvertes avant la neuvième heure (quatre heures de l'après-midi), pour ne pas empêcher la jeunesse de prendre part aux exercices. Les femmes se tenaient debout (prostibulu), ou assises devant les cellules, afin d'appeler les passants. Lorsqu'un amateur s'était présenté, on fermait la porte et l'on écrivait dessus : occupata; la cellule non occupée s'appelait nuda. Les cellules sj lermaient vers le matin, et alors le leno renvoyait les filli.

Les maîtres d'estaminets (cauponœ, tabernœ), les aubergistes, les boulangers, les charcutiers, excités par l'appas du feiin, tenaient également des femmes publiques pour amuser leurs hôtes. Celles-ci étaient des esclaves qui donnaient aux chalands ce qu'ils désiraient, les divertissaient par la danse et la musique et servaient à assouvir leurs désirs sensuels. Les maîtresses de ces maisons se prêtaient ellesmêmes aux deux usages; c'est pour cela qu'elles et leurs

C'est devant l'entrée d'une de ces boutiques infâmes que venait s'asseoir l'épouse de l'empereur Claude, en compagnie de sa femme de chambre, qui, selon Pline l, était une des plus fameuses prostituées que l'on connût à Rome, l'emportant souvent sur sa maîtresse, ajoute-t-il :

Eamque die ac nocte superavit quinto et vicesimo concubitu.

M. le Dr Daremberg2, n'a pas osé analyser

maris étaient placés aux yeux de la police sur le même rang que les lenones et les meretrices.

Jusqu'à l'empire, ces lieux n'étaient fréquentés que par le bas peuple, principalement par des matelots, des affranchis et des esclaves. Sous les règnes de Claude et de Néron, on trouvait dans les maisons publiques, les estaminets et les restaurants des gens de toutes les classes. [Suétone : Claud., c. 40; Nero, c. 27; Tacite, Annales, i3.}

Les filles publiques étaient presque toutes esclaves, mais il y avait beaucoup de femmes romaines qui se prostituaient à leur profit. Chez les unes, la prostitution n'était qu'accessoire, comme pour les danseuses, les harpistes, les mimes, les artistes en un mot; chez les autres, c'était leur unique ressource. Celles-ci, quand elles étaient jeunes et belles, étaient richement entretenues; mais leur beauté passée, les amicce tombaient au rang des courtisanes ordinaires. Plaute dit que sous Germanicus, Vestilia, d'une famille prétorienne, s'était fait inscrire comme fille publique.

La prostitution était fibre à Rome, excepté pour les femmes mariées, à moins d'être actrice ou de se livrer au commerce du lenocinium. C'est dans ce but que les édiles étaient chargés de visiter souvent les maisons publiques, loca œdilem metuentia. Mais il leur était défendu de se livrer eux-mêmes à la débauche, comme on le constate par le procès dont parle Gellius, où l'édile Mancinus, ayant voulu pénétrer la nuit dans la maison de Mamilia, femme publique, fut chassé par elle à coups de pierre. (Rosenbaum.)

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