‹ Médecine et pharmacie chez les chinois et chez les AnnamitesChapitre 3 sur 79 · COMMENT ON DEVIENT MEDECIN · texte numérisé non relu

COMMENT ON DEVIENT MEDECIN

lité est de faire des avances d’argent aux jeunes mandarins. Notre lettré achète des livres de médecine et les étudie longuement; le voilà plus savant en théorie que la plupart des médecins dont nous parlions plus haut et cependant il ne peut exercer la médecine : il ne sait pas prendre le pouls ! En médecine chinoise, tout est là ; et Tsi pë recommande aux futurs médecins d’étudier pendant deux ans l’art de tâter le pouls.

Il faut donc que notre homme trouve un vieux praticien qui veuille bien lui faire sentir et distinguer au moins les cinquante et une variétés principales de pouls. Un lettré, qui a beaucoup contribué à la rédaction du présent travail en nous aidant à faire des recherches dans les livres de médecine chinois, nous a plusieurs fois manifesté le vif regret de ne savoir pas distinguer tant de variétés de pouls; il aurait voulu s’établir médecin, mais comme il lui manquait un initiateur, il dut se contenter d’installer une fonderie de marmites.

A Pékin, il existe une sorte de collège médical qui a été désigné pompeusement par certains sinologues, sous le nom d’ Académie impériale de Médecine. Les membres de ce collège sont les principaux médecins de l’Empereur, ils ont un grade dans le Mandarinat ; ils sont chargés de veiller à l’instruction des médecins, mais ils se contentent, comme cours, de faire lire les classiques. Les jeunes médecins qui ont passé avec succès leurs examens, portent sur le chapeau un bouton de cuivre doré. Ils versent souvent dans le mandarinat administratif et abandonnent la médecine; aussi, il n’en existe pas dans les provinces éloignées de Pékin. En 1869, leDr Morache signalait comme membres du collège médical : deux mandarins à bouton bleu (4e ordre), et six ou huit à bouton blanc (5e ordre). En 1872, Perny dit que le directeur de l’Académie de Médecine (tâi l ouân ouân che) est un mandarin du 5e ordre, Ier degré, il a droit à deux étendards, il porte sur la coiffure le bouton en cristal de roche et comme broderie sur la poitrine un faisan argenté. Les mandarins adjoints et les médecins impériaux sont du 6e et du 7e ordre, ier rang. La médecine chinoise tomberait donc de plus en plus en déconsidération près des grands mandarins, puisque le plus haut dignitaire du corps médical baisse dans la hiérarchie. Il paraît d’ailleurs que ces distinctions honorifiques sont accordées, non pas au plus savant mais au plus offrant.

Il existe depuis quelque temps, paraît-il, des médecins militaires

chinois; Y Illustration a même reproduit, en 1899, la photographie d’un de ces médecins; ils doivent être fort peu nombreux : il n’en existe aucun pour les troupes du Kouang-Tong et du Kouang-Sei. En cas de guerre, les soldats chinois se secourent entre eux.

Les lettrés chinois ou annamites ont actuellement peu de considération pour les médecins de leur pays ; ils les appellent assez rarement près d’eux ; s’ils sont malades, ils se traitent eux-mêmes au moyen de préparations dont ils prennent les formules dans des livres de médecine, ils ne font appel au médecin que s’ils se jugent gravement atteints. Les gens du peuple se soignent aussi eux-mêmes dans les cas peu graves, ils suivent les prescriptions qu’ils trouvent dans de petits manuels de médecine populaire; mais, dès qu’ils se croient très malades, ils font appel au médecin ou au sorcier. Pour eux, un médecin est plus ou moins considéré, suivant qu’il a une clientèle plus ou moins riche et suivant les succès qu’on lui attribue; ils le traitent avec respect et emploient avec lui des expressions dont ils ne se servent habituellement qu’avec les hommes d’une instruction supérieure à la leur. En parlant de lui à la troisième personne, ils l’appellent « Maître ès médicaments, noble guérisseur », T’âi ï; lorsqu’ils s’adressent à lui, et même quelquefois, en parlant de lui, ils emploient l’expression très respectueuse « Sien I chènn », « Monsieur le médecin ».

Aujourd’hui, la médecine chinoise est en pleine décadence, et les médicastres, par leur ignorance, font tomber peu à peu le mépris sur leur art, mais la médecine semble avoir été florissante pendant de longs siècles chez les Fils du Ciel. Un empereur, qui régnait vers l’an 2737 avant J.-C., Chên Long, aurait le premier étudié et classé une centaine de plantes médicinales et fait constituer un herbier ; cent ans plus tard, en 2637, l’empereur Houâng-tÿ fit réunir et coordonner en un seul livre les connaissances médicales jusque-là éparses. Un grand nombre d’empereurs ont favorisé les études médicales, et lorsque Tsin Tche Houang prescrivit, pour diminuer l’influence exagérée des lettrés, de brûler tous les livres de l’Empire, il fit exception pour les livres de médecine \ Les

1. Sous la dynastie des ts'in, l’empereur chè houâng ty (246-213 avant notre ère) voulut simplifier l’écriture chinoise qui manquait d’unité et qui, livrée à la fantaisie des lettrés,

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