‹ Médecine et pharmacie chez les chinois et chez les AnnamitesChapitre 31 sur 79 · SYPHILIS · texte numérisé non relu

SYPHILIS

médicament garanti sans mercure et dont le principe actif serait de la poudre d’écailles de pangolin.

Les médications varient d’ailleurs avec les différentes manifestations cutanées ou muqueuses de la syphilis, manifestations qui sont soigneusement distinguées et cataloguées.

Le syphilitique ne doit manger ni viande de bœuf ni viande de buffle, sans quoi le virus augmenterait d’intensité et produirait des éruptions.

Dès que les chancres lân tch’oàng apparaissent, il faut les traiter par des applications locales de pommades ou de poudres contenant du calomel, du sulfure d’arsenic, du sulfate de fer, de l’alun, de la rhubarbe, de la chélidoine, du ptérocarpe jaune.

En même temps le malade doit commencer à suivre un traitement général. Il prend des tisanes ou des pilules contenant du calomel, du sulfure d’arsenic, des cantharides, de la racine de coréopsis, du Pachyma cocos, de l’opium, de la racine d’éphédra. Il se frictionne les avant-bras au niveau du pouls avec un mélange à base de mercure et d’arsenic.

Le traitement interne doit être continué pendant un mois après la disparition des accidents locaux; les rapports sexuel^ sont interdits pendant soixante jours.

Les bubons sont traités par des onctions d’huiles médicamenteuses, par l’absorption de remèdes considérés comme dépuratifs et par des préparations de cantharides. Voici un moyen assez curieux de préparer ce dernier médicament : on perce un œuf à l’une de ses extrémités, on retire le blanc, on introduit à la place sept cantharides, on fait cuire l’œuf, on rejette les cantharides et on mange le jaune.

Les végétations, le frambœsia, les condylomes sont fort bien décrits; on les traite par l’application de poudres ou de pommadés à base de calomel (k’ïng fénn).

La blennorragie est connue sous le nom de lâo pë. L’empereur Hoang-ty, deux mille six cent trente-sept ans avant J.-C. en a donné une description succincte mais précise, dans laquelle il a fort judicieusement reconnu deux causes à l’affection, le contage par rapport sexuel et l’irritation provoquée par la masturbation, les excès sexuels, l’abus d’aliments échauffants, etc. C’est là en germe la distinction entre l’uréthrite bien-

norragique et l’uréthrite simple. La blennnorragie est combattue dans ses diverses manifestations par des médicaments différents.

Contre l’uréthrite l’aloès, les feuilles de bambou, les graines de massette, l’écaille de tortue brûlée et réduite en poudre, le suc et les graines de plantain sont souvent préconisés. Voici une prescription magistrale faite en pareil cas par un médecin chinois :

Racine de morée préparée \

Graines de gardénia grandiflora 1

Racine d’atractylis lancea I

Racine de plantain d’eau \ De chaque

Smilax à fleurs pourpres I une pincée

Tige de clématite écorcée 1

Réglisse I

Kôu mue (fragments de tige d’une graminée à déterminer).

Ces divers médicaments sont mis à infuser dans de l’eau pendant vingtcinq minutes ; la préparation doit être prise à cette dose chaque matin pendant trois jours; au moment de la boire, il faut y ajouter une pincée de silicate hydrate de magnésie (stéatite).

Dans le nord du Tonkin le remède le plus populaire est constitué par des feuilles de huyet yôu (espèce de draco à longues feuilles rouges lancéolées) et de l’écorce de l’arbre appelé Gâo.

Il suffirait pour être guéri de boire chaque matin pendant trois jours une tisane préparée avec trois feuilles de draco torréfiées et une poignée d’écorce de gâo. A en juger par la façon dont ce dernier arbre aux environs des villages est souvent dépouillé de son écorce, on peut affirmer que la blennorragie est une maladie très répandue, ou que chaque malade suit son traitement pendant plus de trois jours avant d’obtenir une guérison complète.

Lorsque le malade éprouve de grandes douleurs en urinant, il doit prendre dix noix d’arec fraîches, les couper en petits morceaux dans deux tasses d’eau qu’il laisse sur le feu jusqu’à réduction à une tasse; le liquide obtenu pris en potion provoquerait une amélioration rapide. La dysurie est aussi combattue par le silicate hydraté de magnésie.

Dans le cas de chaude-pisse russe, lorsque le patient urine du sang, il faut prescrire une infusion préparée avec des feuilles de thuya orientalis torréfiées ou avec deux grammes de racine de polygala tenuifolia.

Page 1