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CHAPITRE IX

Maladies des femmes : Troubles de la menstruation. — Abortifs. — Accouchements. — Chirurgie obstétricale. — Allaitement. — Lésions des seins. — Maladies des enfants.

Les femmes d’Extrême-Orient se préoccupent beaucoup de la régularité et de la couleur de leurs menstrues; pour la moindre anomalie, pour le moindre retard, elles ont recours à une grande quantité de drogues.

Les traités de médecine distinguent de très nombreuses variétés de troubles menstruels, suivant l’avance ou le retard, la durée, la couleur des règles; suivant les causes (froid, vent, émotions, fatigues, etc.) qui ont amené les troubles. Le médecin chinois attache la plus grande importance à la couleur de l’écoulement (rouge, noir, bleu, jaune, blanc), car, grâce au système des correspondances, il pourrait, d’après ce signe, reconnaître sous quelle influence se développe la maladie et par quel genre de remèdes il faut la combattre. Nous ne pouvons suivre les Extrême-Orientaux dans toutes leurs distinctions; nous ne saurions transcrire ici le « Formulaire pour les dix mille maladies des femmes » (Livre annamite).

Nous nous contenterons de signaler les médications les plus usuelles.

Les règles sont-elles peu abondantes, irrégulières, noires, la femme emploie du safran, de lacarthame ou plus souvent des fleurs d’hibiscus rosa sinensis; neuf de ces fleurs, écrasées entre les doigts et macérées pendant dix minutes dans un demi-verre d’eau, rendraient rapidement les règles rouges et abondantes. En l’absence de fleurs, l’écorce d’hibiscus peut être employée.

Dans le cas où ce traitement reste sans succès la femme doit prendre une tisane plus complexe contenant :

Extrait hydro-alcoolique de rehmania ... 20 gr

Racine d’ache 12 gr

Pachyma cocos ; . . .

Amandes de jujubes

Racine de pivoine blanche

Réglisse torréfiée

Feuilles de polygala tenuifolia (préparées).

Ecorce de mandarine préparée

Si la dysménorrhée est douloureuse, si le sang apparaît rouge mais en trop petite quantité, il faut ajouter de la racine de souchet à la préparation précédente. Quand, malgré ce traitement, le ventre reste douloureux et non dégagé, la malade doit prendre un médicament plus énergique ainsi composé :

Extrait hydro-alcoolique de rehmania )

Racine d’ache j

Graines d’achyranthe du Japon \

Pulpe de tamarinier j

Racine de plantain d’eau

Toutefois ce remède doit subir diverses modifications suivant les cas : si les vapeurs sont faibles, la pulpe de tamarinier est contre-indiquée; de plus il faut ajouter de l’aconit préparé (deux grammes), si le principe passif est affaibli ; du ginseng, s’il y a faiblesse générale; du souchet si la malade a pléthore de vapeurs et si la douleur prédomine.

La dysménorrhée disparaîtrait aussi sous l’influence d’écaille de tortue brûlée, réduite en poudre et absorbée dans de l’eau chaude.

Enfin lorsque les règles s’arrêtent trop brusquement, il est indiqué de prescrire de l’extrait de rehmania, de l’ache et de la pivoine comme précédemment, mais il faut y ajouter du gingembre macéré, et de la racine de livèche.

La pharmacopée de l’Extrême-Orient comprend une grande quantité d’autres emménagogues : l’asaret de Virginie, la chamœdrée, la menthe pouliot, les feuilles de massette, les racines de morée, le houttuyina cordata, différentes espèces d’armoises, les amandes et les fleurs de pêcher. Ces deux derniers médicaments s’emploieraient surtout lorsque la femme présente des troubles mentaux et de l’érotomanie; d’après une légende une femme fort attristée par la mort de son mari devint folle, elle se

Décoction) avec J

aa 20 sr

aa 8 gr 6 gr

ABORTIFS 97

rendit par hasard sous un pêcher, cueillit des fleurs de cet arbre, les mangea et se trouva bientôt guérie.

Ces médicaments sont souvent employés comme abortifs; certains pharmaciens préparent des produits complexes dont ils vantent par voie d’affiche les propriétés merveilleuses pour « faire couler le fruit », pour « réduire le fœtus en sang ». Ces drogues contiennent quelquefois de l’ergot de riz, de l’ergot de maïs et des cantharides. D’autres préparations à base de mercure sont préconisées pour permettre aux femmes de « rester vierges », elles agissent tantôt en empêchant la fécondation, tantôt en provoquant l’avortement, elles sont surtout employées par les prostituées. Il existe bien en Chine une loi qui interdit l’avortement, mais cette loi reste souvent lettre morte et les marchands de drogues abortives ne sont jamais inquiétés. Cela n’a d’ailleurs pas lieu de nous étonner, lorsque nous voyons- en Europe s’étaler dans nombre de journaux des réclames qui, pour être moins précises que les affiches chinoises, n’en sont pas moins intelligibles pour les intéressées. Les Annamites ont déjà constaté le pouvoir abortif de la quinine à haute dose et ils essaient quelquefois d’en abuser lorsqu’ils en ont l’occasion.

Une femme qui désire, comme c’est le cas le plus fréquent, concevoir un garçon, doit prendre la précaution de manger de l’iris fœtidissimum. Si le médicament n’est pas efficace, c’est qu’il n’a pas été pris au moment opportun !

Quand elle est enceinte, la femme s’adresse souvent à une sage-femme, pour savoir quel sera le sexe de l’enfant ; la matrone pratique un examen assez long dans lequel elle tient compte de la forme des lignes de la main, de la couleur et du volume du ventre, et aussi des mouvements du fœtus perçus par la mère, car il est admis que les filles déjà fort irascibles se manifestent par des coups de pieds et des coups de poing dans le ventre de leur mère.

Dans les cas où l’enfant fait des mouvements exagérés il faut prendre de la gélatine de peau d’âne.

Lorsqu’une femme voit le terme de sa grossesse approcher, elle fait installer dans un coin retiré de la maison, ou mieux encore si possible dans une petite case en torchis construite tout exprès, un lit de camp constitué par une claie de bambou élevée à trente centimètres environ au

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dessus du sol; c’est là qu’elle accouchera, car elle ne doit pas souiller le local occupé par la famille. Elle prévient ensuite une matrone, qui lui donnera ses soins; puis elle se procure du linge, du fil, du coton pour la ligature du cordon, du vinaigre très fort en cas de syncope, divers autres médicaments destinés soit à elle-même soit à son enfant.

Pour faciliter l’accouchement, la femme prend pendant plusieurs jours dans de l’eau chaude une poudre ( fâ ching) contenant :

Racine de livèche du tay-chouyên .

Racine de pivoine blanche

Racine d’atractylis

Écorce de noix d’arec . .

Écorce de mandarine préparée. . :

Sommités fleuries de basilic crépu

Ginseng

Réglisse 1 er 20

L’emploi de ce médicament ne va pas sans de nombreuses recommandations : il faut ajouter des graines d’amome, en cas d’anorexie ; des racines d’ophiopogon spicatus, en cas de toux ; de l’aristoloche en cas de coliques ; de la racine de toque visqueuse si la femme a chaud ; de la racine de buplèvre, si elle a le caractère irascible ; de Tache si elle est anémiée.

Si elle est faible, le ginseng et Tatractylis sont contre-indiqués. Si elle est très forte et robuste l’écorce de mandarine doit être remplacée par de la racine de souchet.

Au Tonkin l’un des remèdes les plus populaires pour faciliter l’accouchement est constitué par la queue d’un hippocampe.

Dans les cas où l’accouchement est très pénible on emploie une préparation contenant des excréments de chauve-souris, ou une tisane préparée avec :

Racine d’ache 20 gr

Graines d’achyranthe 1

Cannelle I g

Racine de livèche 1

Fleurs de carthame ,

Graines de plantain 6 sr

Il faut encore ajouter à cette préparation douze grammes de carbonate de soude (/à siâo') lorsque l’enfant est mort dans la matrice, et un peu de ginseng chaque fois que les vapeurs sont faibles.

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