‹ Médecine et pharmacie chez les chinois et chez les AnnamitesChapitre 40 sur 79 · ACCOUCHEMENTS · texte numérisé non relu

ACCOUCHEMENTS

Si la dystocie se prolonge, on emploie des graines d’euryale ferox, des racines de daphne myrrha et d’aristoloche, de l’ergot de riz et de maïs.

Ces remèdes sont prescrits tantôt avec de l’eau-de-vie de riz, tantôt avec une demi-tasse d’urine de jeune garçon de trois à quatre ans. L’urine employée est celle émise au milieu de la miction; pour l’obtenir il faut faire uriner l’enfant successivement dans trois vases et ne prendre que l’urine du deuxième vase.

L’emploi d’urine en thérapeutique ne doit pas trop faire sourire les Européens; au moyen âge l’urine de divers animaux était fréquemment employée chez eux pour des usages médicaux; aujourd’hui encore l’urine d’une femme qui a ses règles est souvent employée comme vermifuge dans certaines régions de la France.

Si l’enfant mort dans la matrice ne peut être expulsé, il est recommandé de pratiquer l’acupuncture en des points bien déterminés situés sur la partie interne des jambes (environ à l’union du cinquième inférieur de la jambe avec le reste du membre) et sur la main (à l’extrémité du pli formé par le rapprochement de l’index et du pouce). L’aiguille est enfoncée de un centimètre environ ; la ponction est suivie de trois cautérisations.

Les traités de médecine distinguent les principales présentations (tête, siège, épaule), ils recommandent le toucher vaginal comme mode d’exploration pendant le travail. Si le cordon est procident, dans un cas de présentation de l’épaule, et s’il est passé au-dessous de cette épaule, il doit être dégagé et remonté par l’accoucheuse. Quand un bras apparaît le premier, l’accoucheuse doit le faire rentrer avec sa main gauche, puis, en se servant des deux mains, pratiquer soit la version céphalique, soit la version podalique. Lorsqu’un seul pied se présente, la sage-femme doit le remonter doucemenr avec sa main, aller en même temps chercher l’autre pied et tirer l’enfant par les deux pieds réunis. Quand, au cours d’une présentation de l’épaule, on reconnaît, par le pouls de la mère ou par la froideur du bras du fœtus, que ce fœtus est mort, si l’expulsion tarde à se produire, il est recommandé d’employer un crochet en fer, d’attirer les membres du fœtus et, au besoin, de pratiquer une sorte d’embryotomie avec un couteau.

Pour les cas de dystocie provenant du placenta (insertions vicieuses, etc.)

les traités de médecine recommandent une opération dont la description ,est assez vague, mais qui semble être le décollement du placenta.

Pendant ces interventions on donne à la patiente, comme tonique, de l’arack aromatisé avec diverses plantes.

Aussitôt après la naissance de l’enfant, la sage-femme fait boire à la mère une tasse d’urine de jeune garçon, puis elle pratique de légères tractions sur le placenta par l’intermédiaire du cordon. Si malgré cette manœuvre le placenta tarde à. se détacher, la femme doit boire une tisane préparée avec vingt grammes de racine d’ache.

S’il se produit une hémorragie abondante, il est recommandé de prescrire le médicament appelé . hiou koei 1 . S’il y a perte de connaissance prolongée il faut faire prendre de l’aconit et de l’atractylis; alors le cœur régularisera le fonctionnement de l’organisme.

Lorsque la délivrance est complète, la sage-femme fait quelques frictions très superficielles sur le ventre, puis nettoie la femme avec un linge sec et lui recommande de ne pas se laver pendant douze jours.

Si plus tard la femme présente de la chlorose, on lui prescrit quelquefois des préparations de placenta desséché.

Comme nous venons de le voir, il existe en médecine chinoise quelques notions de chirurgie obstétricale, mais les matrones sont rarement capables de les mettre en pratique.

Pendant l’accouchement et les jours suivants, la femme doit avoir du feu sous son lit de camp ; on maintient des charbons ardents dans une grande marmite ou dans un grand vase en terre; quelquefois des poudres médicamenteuses sont répandues sur ces charbons pour faire des fumigations.

Pendant les trois premiers jours qui suivent l’accouchement, la femme reste au lit et ne consomme que du millet et de l’eau de riz. Le quatrième jour, elle commence à se lever; elle peut manger du poisson à écaille et prendre du bouillon et de la chair de poulet; mais en pareil cas on se sert presque exclusivement du poulet nègre-soie ( gallus lanatus). C’est aussi le quatrième jour que commence l’allaitement de l’enfant pour ne

i. Voir composition de ce médicament, page 55.

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