S I - SOPUISTIC ITIONS DES BOISSONS ET DES ALIMENTS
La sophistication des aliments cl des boissons est plus fréquente que Ton ne croit, et surtout dans les grandes villes, où Ton a poussé au plus haut degré de perfectionnement celle industrie, qui s'y exerce sous la garantie des brevets; les petites villes, à cet égard, ne sont pas restées en arrière.
Le vin est, sans contredit, l'article le plus sujet aux falsifications, tanl en France que dans l'étranger. — Notre intention est de donner ici quelques avis sur la manière de connaître les vins sophistiqués.
Les vins sont mélangés avec des substances ou innocentes ou nuisibles. Celui qui falsifie les vins avec des substances innocentes n'est déjà pas éloigné de le faire avec celles qui ne le sont pas; car, sur la roule des tromperies, on franchit facilement les limites, et la pratique de l'une conduit à l'autre ! C'est pour cela que nous indiquerons comment on devra s'y prendre pour découvrir des mélanges non nuisibles L]n dégustateur qui a le palais expérimenté découvrira facilement le mélange de différents vins; mais, celle sorte de combinaison des vins nous ne la prenons pas pour une falsification, puisqu'on peut réellement améliorer dos vins médiocres par le coupage, par l'addition de ceux de bonne qualité .cans le moindre inconvénient pour la santé.
Le sucre se découvrira en faisant évaporer le vin dans une cuiller sur des charbons ardents ; dans ce cas, il y reste
(I) / 07. Garnier cl Harel, Des fulùJicaiinM d,s \ubsinnrrs alhncnh tires ri des moyens cliiihiqtus de les reconnaître. Paris, J S 4 i , i il— I ? .
un sirop visqueux , doux , filant et d'un goût de sucre. Du reste, celle addilion n'est pas nuisible.
Veau-de-vie se reconnaît, quand , en buvmu le vin, on éprouve une sensation de chaleur brûlante dans la bouche, et si, frotté dans la paume des mains jusqu'à la siccité , il répand uue odeur d'esprit-de-vin.
Les principes colorants se rencontrent souvent dans les vins. Quand on rencontre des principes colorants dans le vin, c'est un indice certain qu'il était mauvais et propre par conséquent à la falsification. Pour s'en assurer, remplissez une pelite fiole de ce vin, bouchez- la du bout du doigt , et plongez-la dans un verre d'eau avec le goulot en bas ; ensuite . relirez doucement le doigt cl laissez-y la fiole sans la secouer. — S'il y a une substance colorante, elle se répandra peu à peu dans l'eau , ce que le vin naturel ne fera pas. En outre , filirez un peu de vin à travers du papier blanc de trace : le vin passera et la couleur restera sur le papier. En troisième lieu, faites tomber quelques goutles d'ammoniaque liquide dans un verre plein de vin : il deviendra bleu , s'il y a une fausse couleur. Le vitriol vert (sulfate de fer), en solution dans l'eau, ajouté au vin , fait déposer, s'il est adultéré avec des écorces, un précipité noir abondant.
Toutes ces sophistications ne sont pas liés nuisibles , mais elles font voir que la source en est suspecte. Les mélanges que nous allons passer en revue consliluent de véritables poisons, et peuvent occasionner de longues maladies, souvent réfracta iros à tout traitement.
La craie, ou carbonate de chaux , est souvent employée pour ôlcr au vin piqué son acidilé , ou pour donner au vin encore nouveau le goût d'un \in fait. Dans ces deux cas, elle est préjudiciable pour ceux qui en boivent. — Prenez quelques grains de sel d'oseille ( acide oxalique ) ou un peu de
vinaigre (acide acétique) et dissolvez dans quelques cuillerées d'eau distillée; versez ce mélange (qui est une mauvaise chose par lui-même) dans un verre de vin. Si un nuage blanc trouble le liquide, et si le lendemain il y a un sédiment blanchâtre, cela prouve qu'il contenait de la chaux. Ce \in ainsi frelaté, pris pendant longtemps, produit la pierre de la vessie, l'engorgement des glandes, des tumeurs, des ulcérations, l'oplilhalmie , des maux de tête chroniques, diarrhée, etc.
Le vin contient souvent une petite quantité de soufre , et il y a des personnes qui prétendent qu'il ne peut en être différemment, à raison de l'emploi qu'on en fait pour sa conservation. Mais un excès de soufre ne peut agir que comme poison , surtout sur les individus d'une poitrine délicaie, ou qui ont le foie et les organes du bas-ventre dans un état de souffrance; il nuit même à ceux qui jouissent d'une bonne santé , après un certain usage. — On constate la présence du soufre dans le vin de la manière suivante : Mettez un œuf frais , dont la coque soit propre , dans un verre contenant du vin , et laissez-le tremper toute la nuit : si le vin contient du soufre, l'œuf sera recouvert le lendemain d'une couche noirâtre. On peut encore obtenir le même résultat en mettant dans le verre une cuiller d'argent bien polie. Un troisième moyen consiste à laisser tomber quelques gouttes de solution d'azotate d'argent ( pierre infernale) qui ne tarde pas à produire un sédiment brunâtre.
Valun se trouve quelquefois mélangé au vin pour fixer la couleur artificielle qu'on veut lui donner, et pour exciter en même temps la soif; ce vin est très nuisible si l'on en boit souvent: un demi-verre suffit quelquefois pour indisposer. — On peut s'assurer de la présence de l'alun en ajoutant dans nu peu de vin une solution de poiasse; s'il vient à déposer
alors une poudre grisâtre, il est probable qu'il contient de l'alun. Si l'on veut s'en convaincre complètement , que l'on soumette cette poudre à l'examen d'un chimiste; ou bien mettez-la dans de l'acide sulfurique étendu , et après y avoir ajouté du sulfate de soude (sel polychresle), laissez évaporer jusqu'à cristallisation ; goûtez ces cristaux et vous y trouverez Je goût acerbe de l'alun.
Le plomb et d'autres substances métalliques se trouvent dans les vins doux et même dans ceux d'une espèce différente. Ces mélanges sont beaucoup plus nuisibles que les autres ingrédients qui servent à la sophistication , et constituent un poison d'une action lente. Celui qui a un goût délicat découvrira sans peine ce poison métallique ; il a quelque chose d'agaçant dans sa douceur. — Faites une solution aqueuse de sulfate de chaux, mettez-en quelques gouttes dans un verre de vin : s'il devient brun ou noir, il est certain qu'il contient un poison métallique. Ou bien suspendez une lame de zinc poli dans le vin : le plomb qui s'y trouve va se déposer à la surface. — En troisième lieu , faites dissoudre jusqu'à saturation dans l'eau chaude du sel de Glauber (sulfate de soude) ; laissez refroidir celle solution , et ce qui en restera de clair, mélangé avec le vin, donnera lieu, après une nuit de repos , à un sédiment blanc de plomb. Enfin , si , après avoir ajouté dans un verre de vin quelques gouttes d'acide sulfurique étendu, il devient trouble, et s'il s'y forme un précipité blanc, c'est un signe qu'il contient de ce poison.
Si l'on verse quelques gouttes d'ammoniaque liquide dans un peu d'eau, et si ce mélange est \ersédans un verre de vin et produit un léger précipité , dites qu'il y a du sublimé corrosif dans le vin. Soumettez alors ce vin à l'épreuve suivante : Accouplez une lame de zinc avec une pièce d'or, assujettissez-les dans une fente faite à un morceau de bois, et
plongez-les dans un vase contenant du vin : si sur la surface polie de l'or il se dépose une poussière grise , vous pouvez être convaincu qu'il y a du sublimé corrosif.
Si après avoir dissous jusqu'à saturation dans l'eau un morceau de chaux , et que le lendemain on déverse ce qu'il y a de clair a la surface dans un verre transparent et que l'on ajoute à celle eau de chaux un peu de vin , il vient a s'y former des nuages blancs, soupçonnez-y la présence de Y arsenic.
Si l'on veut mieux s'en assurer, dissolvez alors du sel de Saturne dans de l'eau-forte (acide nitrique), versez-en la valeur d'une verrée dans une bouteille du vin suspect auquel on a ajouté préalablement du sel de corne de cerf; secouez ce mélange, laissez-le reposer, et le lendemain décaniez avec soin ce qui est clair, et puis agitez le reste que vous ferez filtrer a travers du papier Joseph. Ce qui restera sur ce papier doit être séché et mis sur des charbons ardents : s'il se répand une odeur d'ail, elle est due a l'arsenic. Celle substance ne se irouve pas d'une manière intentionnelle clans le vin ; mais ceux qui soignent les vins ne savent pas que le soufre le plus pur dont ils se servent contient un peu d'arsenic.
Le vinaigre qui se vend au débit est souvent falsifié (1). C'est pour cela qu'il vaut mieux le préparer soi-même lorsqu'on le peut. Le vinaigre peut être adultéré par les substances toxiques que nous venons de signaler dans le vin d'où il provient ; on y ajoute souvent Y acide sulfurique, que l'on reconnaît facilement avec la solution de sel de Saturne qui lui fait déposer un sédiment blanc. On y mêle fréquemment des végétaux acres pour ajouter à sa force. Le vinaigre, ainsi falsifié , laisse sur les lèvres une sensation d'ustion , ce qui
(I) Yoy. Essais sur le vinaigre, ses falsifications, les ni on en s de les reconnaître , a" apprécier au valeur, par MM. Chevallier et Goblcy (Annales d'hygiène publique , Paris, 18 i3, l. XXIX, p. 55).
n'arrive pas s'il est naturel. Le palais y trouve quelque chose d'ardent et de corrosif, qui n'est pas le propre du vinaigre ordinaire, auquel on reconnaît des qualités moins pénétrantes. On constate plus exactement celte falsification, en y ajoutant une solution de potasse jusqu'à une complète saturation, ou mieux, jusqu'à ce que le papier de tournesol ne soit plus rougi. Alors le vinaigre pur perd toute sa force et contracte un goût salin et un peu alcalin ; tandis que le vinaigre altéré avec les substances acres végétales conserve son goût acre et ardent.
Les falsifications de la bière sont assez fréquenics, mais difficiles à découvrir, si ce n'est par leurs effets nuisibles. Le porter anglais contient souvent du fruit de la coque du Levant ou de la noix vomique. On reconnaît la présence de ces substances par un prompt enivrement , ou au mal de tête qui se déclare le lendemain, ou bien encore lorsqu'on parfaite santé on se trouve subitement indisposé , après en avoir avalé un verre à jeun.
Tout brasseur qui met dans sa bière autre chose que de la drèche et du houblon , celui-là brasse le poison. Tout au plus si l'on peut y ajouter du sel ou du sucre. Telle autre substance y sera reconnue par tout buveur un peu connaisseur. C'est toujours une tromperie dommageable que de mettre des racines ou des plantes amères au lieu d'une quantité déterminée de drèche et de houblon. La coque du Levant est presque aussi nuisible que l'arsenic. On ajoute quelquefois aussi de l'alun et du vitriol. On reconnaîtra leur présence par le procédé que nous indiquons à l'article pain.
Eau-de vie. Quelquefois on découvre du poison dans l'eaudc-vie, et il s'y trouve avec ou sans intention ; ce qui a lieu selon que l'on active ou que l'on prolonge la fermentation. Le meilleur moyen de s'assurer de la présence de ragent toxique
consiste à faire évaporer une bouteille d'eau -de -vie au bainmarie jusqu'à complète évaporation de l'alcool. C'est dans le résidu que se trouvera la substance étrangère ; on la reconnaîtra au goût corrosif ou nauséeux qu'il laisse au palais, et que l'on peut soumettre aux essais indiqués à l'article vin. Le plus ordinairement c'est le plomb.
nulle L'huile est souvent falsifiée avec le plomb ou le cuivre. Faites une solution aqueuse de sulfate de chaux , et mélangez par égale quantité avec l'huile ; secouez le mélange : si elle devient brune ou noire, elle est vénéneuse.
Lait. Il est souvent adultéré avec la potasse et la chaux : si Ton y ajoute un peu d'eau-forte (acide nitrique), il fait effervescence. S'il est falsifié avec l'amidon, il épaissit par l'ébullition, ou, passé à travers. un linge fin, il s'y dépose en petite quantité.
Beurre. Le beurre contient souvent delà craie, du sable ou un principe colorant. Faites le fondre dans l'eau chaude : alors les substances étrangères se précipitent ou se mêlent à l'eau.
Le pain est souvent falsifié. Une légère addition dépotasse n'est nuisible qu'aux personnes faibles et irritables ; mais si elle s'y trouve en excès, elle produit même chez les individus les plus forts les suites les plus graves : elle occasionne la phthisie et des affections gastriques. — Versez de l'eau chaude sur un morceau de pain et assez pour le couvrir; laissez refroidir. Alors plongez-y une bandelette de papier bleu de tournesol, préalablement rougie par le contact d'un vinaigre affaibli. Si ce papier reprend sa couleur bleue , le pain contient de la potasse , et en quantité d'autant plus grande, que celte revivilicalion de couleur est plus prompte.
Le carbonate de magnésia s'y trouve quelquefois mélangé, pour donner un meilleur aspect au pain confectionné avec
une farine de mauvaise qualité. — Ce pain-là est surtout nuisible aux enfants et aux personnes d'un estomac délicat. Il y a des individus qui y reconnaissent la magnésie à un goût légèrement amer. Brûlez une livre de ce pain jusqu'à ce qu'il soit réduit en cendres, et vous y trouverez la magnésie.
On emploie aussi Y alun au grand détriment des personnes qui le mangent. Les boulangers d'Angleterre s'en servent souvent ; on leur vend même des mélanges de farine et d'alun , ou bien un mélange de sel et d'alun qu'ils emploient pour faire, avec une farine gâtée et vile, du pain blanc : de celte manière ceux qui en mangent sont doublement trompés, puisque , outre la farine gâtée , par elle-même nuisible , ils consomment une certaine quantité d'alun. Il y a aussi des boulangers qui fabriquent ce pain sans soupçonner le mal qu'ils font à la santé des personnes qui se servent chez eux et qu'ils empoisonnent lentement. — Pétrissez un morceau de pain dans l'eau jusqu'à ce qu'il soit réduit en bouillie , laissez-le reposer pendant une nuit; le lendemain, filtrez pour séparer l'eau, et mettez-la en'ébullition pour ensuite la laisser reposer : alors il se forme des cristaux d'alun que lion reconnaît à son goût caractéristique.
Le cuivre est de tous les poisons le plus dangereux. On peut le soupçonner dans le pain lorsqu'il présente un joli aspect; il est blanc, mais pesant. Si l'on brûle de ce pain , on voit que la flamme est par-ci par-là verdâtre. Si Ton veut acquérir plus de certitude , submergez plusieurs livres de pain dans de l'eau ; laissez fermenter, et cela jusqu'à ce que l'eau se clarifie : si l'on trempe dans ce liquide une tige de fer poli suspendue à un fil , et que le fer devienne un peu rouge, alors il est certain que le pain contient du cuivre, et que les personnes qui en usent peuvent contracter des maladies incurables.
Nous allons traiter, en peu de mois, des poisons qu'il suffit de connaître pour s'en préserver.
Et d'abord parlons de l'air. — Avec l'air on peut respirer des substances nuisibles.
Il ne faut jamais s'approcher sans précaution des citernes , des grottes , des caveaux et surtout des anciens lieux d'aisances, qu'on ne les ait préalablement enfumés avec la paille enflammée ou avec la poudre à canon. Il est imprudent de dormir dans une chambre fermée où l'on a laissé des charbons allumés ou du bois dégageant de la fumée, ce qui peut occasionner la mort. On évitera également d'habiter des lieux où la moisissure végète et détruit les bois ou s'attache aux murs : elle produit des maladies dangereuses, comme c'était connu du temps de Moïse. Il est donc utile de reconstruire les habitations, ou de détruire ces productions malsaines par des moyens que nous indiquerons plus bas. Les vêtements et le linge moisis sont nuisibles au corps , malgré le lavage et le nettoyage qu'on leur fait subir. Dans les maisons récemment construites et qui viennent d'être blanchies à la chaux, ou peintes 5 l'huile avec des couleurs vertes ou rouges , ou passées au vernis, dans ces maisons l'air s'y vicie et devient dangereux. Il faut se garder de dormir dans les lieux où l'on fait sécher le linge ou qui renferment des substances d'une odeur forte, telles que plantes, fleurs, foin frais, matières en fermentation, remèdes, meicurc, etc. L'air qu'on y respire est nuisible , mais surtout aux enfants et aux femmes en couches ; cela, parce que, pendant le sommeil, on est exposé à subir plus facilement les effets des corps environnants ; et ce qui, dans l'état de veille, est presque sans action , peut devenir nuisible cl même morlel dans l'état opposé. Yoila pourquoi le sommeil, pris sur une terre humide, dans un courant d'air, aux rayons du soleil ou de la lune, auprès d'un
poêle allume, ou dans un réduit obscur où l'air ne se renouvelle pas et se pénètre des émanations ambiantes, amène une altération sensible dans la santé. Il y a plus, c'est que cet air ainsi vicié dispose plus particulièrement au sommeil. Et l'on a vu dans des chapelles peu spacieuses , que l'on n'avait pas eu l'attention d'aérer pendant la semaine , tout le peuple dévot s'assoupir malgré tout le talent oratoire du prédicateur. Les convalescents eux-mêmes, quelle que soit la ferveur qui les anime, retombent malades sous l'influence de l'air qu'ils y respirent.
L'eau n'est pas bonne dans tous les endroits, et l'usage qu'on en fait donne lieu à de fréquentes indispositions. Il arrive souvent qu'on boit de l'eau de source ou de puits qui dépose un sédiment rougcâlre ou foncé , et cette eau-là dont l'homme se sert, les animaux, cédant à l'instinct, l'évitent autant qu'ils peuvent. Quand on songe à tout le temps que des individus ou touie une famille perdent dans des souffrances longues et supportables, qui les rendent paresseux et indifférents au travail, on s'élonne qu'ils n'en emploient pas une partie à se donner de l'eau potable. — On doit s'abstenir de boire de l'eau provenant de petites rivières servant en amont à des usines qui laissent échapper des matières nuisibles.
Les eaux de puils et de source sont quelquefois crues et coniiennent souvent de la chaux et du fer, dans une proportion telle que le savon s'y dissout difficilement. Des eaux semblables doivent être cuites, afin de les dépouiller des corps étrangers qu'elles contiennent. On ne boira ni souvent ni beaucoup de ces espèces d'eaux, et l'on donnera la préférence aux eaux pluviales, qui sont reçues dans des cilernes ou dans des vases médiocrement couverts. — On ne doit boire les eaux sulfureuses ou salines que dans une grande extrémité.
9h CAUSES LES PLUS FRÉQUENTES DES MALADIES.
Il n'est aucun moyen de les rendre potables, même par la coction. Quant aux eaux putrides ou siagnantes , telles que celles des étangs, des fossés, etc., on n'en fera usage qu'après les avoir passées à l'action du charbon grossièrement pulvérisé et filtrées à travers un linge en double. On sait que les eaux qui contiennent des principes putrides imperceptibles, ainsi que le frai des animaux qui s'y procréent, engendrent des fièvres et des maladies interminables. Il est inutile de chercher à les corriger par l'addition du vinaigre, des sirops, de l'eau, etc. ; l'action seule du charbon les purifiera assez pour . les rendre potables. Tout puits doit être nettoyé, et s'il est mal situé , il conviendra de le protéger contre les feuilles et les débris végétaux qui peuvent y tomber, et qui, en pourrissant, en rendent l'eau malsaine. Les pompes ou conduits en plomb, en zinc ou cuivre communiquent a l'eau des effets nuisibles; voilà pourquoi il convient toujours de laisser fuir préalablement l'eau qui s'y trouve en réserve. Dans tous les cas, il faut leur préférer les aqueducs en verre.
Le lait nuit souvent et peut devenir poison s'il provient d'une vache malade. Il vaut sans doute mieux savoir supporter une légère perte , que d'exposer les consommateurs à des maladies réelles. Il arrive aussi, que la vache est bien portante et que son lait est mauvais : cela tient à ce que la nourriture qu'on lui donne peut, sans lui nuire, faire contracter au lnit une qualité nuisible à l'homme. Cela a lieu plus particulièrement lorsque les vaches sont nourries avec les résidus de la distillation des eaux-de-vie que l'on obtient des grains. On a fait à cet égard des recherches minutieuses, et il est hors de doute que ce lait produit des maladies qui , si elles ne se déclarent point subitement, ne sont pas pour cela moins graves et moins dangereuses. — Ce genre de maladies ne disparaîtra que lorsque la source de l'ivrognerie
sera détruite. — Ceci est pour les pays où la bière est la boisson ordinaire.
Rien n'est nuisible comme la viande des animaux atteints de maladie et que l'on abat avant qu'ils en meurent, surtout la viande provenant deteux qui ont des affections de la peau ou des viscères. Si les suites fâcheuses qui accompagnent l'usage qu'on en fait ne se déclarent pas soudain ou en quelques jours, elles n'en sont pas moins inévitables. — Il y a plus : c'est que ces suites sont autrement fâcheuses, si la viande provient d'animaux malades, nourris avec des résidus d'eau-de-vie de grains. — Et de toutes , la viande de porc est la pire, si elle se trouve dans ces conditions.
Il est des viandes mal préparées qui recèlent une action toxique si violente, qu'elles tuent quelquefois promptement ou produisent des maladies longues et difficiles a guérir : telles sont les viandes mal fumées, qui n'ont pas été tenues constamment à l'action de la fumée, et qui n'étaient pas préservées de celle du froid ; les saucisses et les boudins qui ont été trop attendus pour être passés à la fumée , ou s'ils sont trop vieux et trop gras; les jambons qui n'ont pas été suffisamment salés et immergés dans la saumure , et qui ont été fumés d'une manière interrompue, comme au printemps, où ils peuvent cire exposés aux variations du temps, tantôt chaud, tantôt froid , ou ont été entassés encore humides dans des caisses fermées, où ils contractent un goût rance et une odeur désagréable qui sont dus à l'acide sébacique. Cet 'acide se développe plus aisément lorsqu'au lieu de la fumée on emploie l'acide pyroligneux. 11 faut bien se garder de loucher à ces viandes. — Le poison qui s'engendre dans la graisse , le vieux fromage et le jambon , se reconnaît facilement lorsqu'on en imbibé le* papier bleu de Prusse ou le papier de tournesol. Si le papier devient rouge ou rougealre, qu'on ne
louche pas à la graisse, ni aux saucissons : ils sont vénéneux*.
Le lard, le beurre, la graisse Ct l'huile ranees contiennent souvent le même poison , mais en moindre quantité. Il est prudent de n'en pas faire usage, et, dans une grande nécessité, il faut au moins les laver, ce que l'on fait d'abord à l'eau froide, puis on change l'eau pour la faire bouillir pendant dix minutes; enfin on relave if l'eau froide. Et, avant de s'en servir, soumettez-les à l'épreuve du papier bleu de tournesol, ainsi qu'il est dit plus haut.
Tout ce qui est èaté, soit viandes, sang, œufs, fromages, même les fruits, et surtout les cerises, est très nuisible, et dans quelques cas vénéneux. Tous les correctifs n'y peuvent rien. La viande que l'on conserve l'été dans* la glace , si elle perd l'odeur qui lui est naturelle ct acquiert une certaine rougeur, ne peut faire qu'un plat malsain. Le poisson gâté , vieux et mollasse, constitue une nourriture nuisible, même préparée avec le plus grand art.
La bile, de quelque animal qu'elle provienne, constitue un venin.
Les vieux fromages et ceux qui sont trop mous ct non suffisamment salés contiennent aussi un principe toxique.
Depuis que l'on a pu reconnaître qu'une substance vénéneuse se trouvait dans les fromages, la graisse et les saucissons, on a constaté qu'un grand nombre de personnes en sont devenues dangereusement malades, et que plusieurs ont succombé à une mort douloureuse ct lamentable. Et combien de gens périssent sans que Ton puisse remonter a la cause réelle de leur mort ! Et pourtant qu'il est facile de prévenir ce résultat ! Que Ton évite donc de manger ce qui est vieux et qui sent mauvais.
La propreté ct la sobriété sont surtout les moyens les plus efficaces contre les efTets des aliments malsains. On a vu des
familles entières tomber subitement malades, et réclamer à la hâte les soins d'un médecin, qui, en présence des vomissements et des dévoiements réitérés, aurait pu croire à l'existence ou du choléra ou d'un empoisonnement. Ces accidents étaient le résultat de quelques parcelles de couleur dont était peinte la table sur laquelle on avait haché imprudemment des viandes et des légumes; ce qui n'est pas étonnant, puisque la plupart des peintures à l'huile contiennent des poisons métalliques.
Ainsi, parmi plusieurs exemples à citer d'empoisonnements par le venin des animaux. UOUS rapporterons les suivants : Deux hommes, après avoir bu dans un cabaret, tombèrent morts presque immédiatement. L'hôtelier, pour se disculper, crut ne pouvoir mieux faire que de boire du même vin, et il mourut aussi. Après toutes recherches faites, on trouva dans la barique une vipère qui y avait pénétré avant qu'on l'eût remplie. On parle aussi de divers empoisonnements de gens par la présence d'insectes et de crapauds qui avaient communiqué leur venin à des substances alimentaires.
Une cuisinière rôtissait une oie; la famille, avant de se mettre à table, mangea du pain détrempé dans la lèchefrite; tous en moururent. La cuisinière, interrogée par le médecin et la justice, déclara qu'on n'avait touché qu'à la graisse. Pour s'assurer de la vérité de celle allégation, on en donna à un chien, qui en mourut promptement. Alors on ouvrit l'oie, et l'on trouva un crapaud dans son ventre. — On appliqua un vésicatoirc derrière les oreilles à un enfant pour une surdité. Pour le premier pansement, la mère prit une feuille de choux couverte de chenilles; elle se contenta de la secouer, et l'appliqua sans la nettoyer. L'enfant éprouva bientôt après une douleur ardente; mais la mère, l'attribuant à l'effet du pansement ou a un caprice d'enfant, r.es'y arrêta pas, et son
fils mourul le troisième jour dans les souffrances affreuses d'une gangrène qui s'était étendue sur tout le dos. — Nous avons expérimenté le venin des serpents (1), des crapauds, des chenilles et des araignées , et nous nous sommes assuré qu'appliqués à l'extérieur ou à l'intérieur, ces venins produisent les suiles les plus dangereuses.
Voilà pourquoi nous ne saurions trop recommander la propreté et la prudence , pour qu'on ne soit pas exposé à ces dangers.
Les insectes déposent souvent leur venin sur les légumes, et surtout sur les choux. La nielle des blés, qui rend la farine noire, est aussi vénéneuse. Pareillement l'ergot, qui s'engendre sur le blé, est dangereux pour les hommes et les animaux. 11 en est de même de la semence de l'ivraie et d'autres plantes qui se récoltent avec le blé. Dans les légumes secs se rencontrent des insectes et des vers qu'il faut prendre garde de manger*
Tout homme raisonnable doit éviter de se nourrir de légumes et de racines qu'il ne connaît pas exactement; et l'on doit habituer les enfants à ne manger que ce qui leur est bien connu.
Les raisins, les figues et les prunes font un dessert bon et sain , s'ils ne sont pas gâtés. Néanmoins on sait que quelques personnes leur attribuent un effet laxatif. Au lieu de discuter à ce sujet, il vaut mieux examiner la chose de plus près; et tel qui ne croit voir à la surface de ces fruits que le sucre dont ils se couvrent souvent, ,y rencontre quelquefois, par un examen attentif, de petites houppes de corail remplies d'animalcules aiguillonnés. Aussi, voilà pourquoi il est prudent, avant de les servir sur la table, de les laver soigneusement, d'abord à l'eau froide, et puis à l'eau chaude. Il n'est
(I) Le venin des serpents dans ses effets palliogéniqnes et curatifs , dans Journal de ta médecine homœopntltique. Paris, 1847, 1848, 1849.
donc-plus si étonnant que les enfants aient la diarrhée, s'ils viennent à sentir l'aiguillon de ces hôtes incommodes.
Les noix peuvent conserver leur douceur, et avoir néanmoins un principe acre. Voilà pourquoi les meilleures deviennent nuisibles en vieillissant et en devenant rances, et provoquent ainsi , chez les enfants surtout, des toux opiniâtres et des diarrhées qu'on est disposé à attribuer aux effets d'un refroidissement.
La moitié des champignons sont vénéneux. Il n'est pas exact que l'oignon noircisse au contact d'un champignon vénéneux ; sans exception aucune, on ne devra pas manger d'un champignon qui laisse échapper un suc laiteux, s'il est vieux, trop mou et vermoulu. — D'après cela, attachez-vous à étudier et à distinguer le champignon comestible de celui qui ne l'est pas. — On doit les goûter crus : s'ils laissent au goût quelque chose d'acre , de nauséeux , et en mémo temps s'ils ont une odeur repoussante, il faut les rejeter. — S'ils vous paraissent bons, lavez-les bien à l'eau froide, pelezles, et enlevez tout ce qui a été entamé, et après les avoir échaudés à l'eau bouillante, remettez-les dans l'eau froide pour leur préparation définitive.
Les fruits qui sont mûrs d'un côté et gâtés de l'autre ne doivent être mangés qu'après en avoir ôté le gâté. La moitié des enfants n'auraient pas la diarrhée, et plus lard, en avançant en âge, ils n'auraient pas l'estomac affaibli , s'ils prenaient ou si on leur faisait prendre cette précaution.
Puisque la bonté du sel est d'une si grande importance pour la santé, chaque père de famille doit veillera ce qu'il soit pur et sain. Si le sel se liquéfie facilement à l'air, il est mauvais; si 20 centigrammes de ?el pulvérisé ne se dissolvent pas complètement dans 16 grammes d'eau de pluie froide, il contient du plâtre, il est par conséquent nuisible.
On devra aussi avoir égard aux ustensiles de cuisine. — Les pois de lerre sont souvent vernis avec des poisons fort violents. On peut s'en assurer en y laissant toute la nuit du vinaigre et en y ajoutant le lendemain une solution de foie de soufre (sulfure de chaux). Si le vinaigre noircit, c'est une preuve que le vernis contient du poison : alors tenez-vous en garde, et n'y faites rien préparer ni conserver qui soit acide.
JI ne faut pas non plus trop se fier a la vaisselle en fer recouverte d'un émail de porcelaine. L'ustensile de cuivre ne doit, en aucun cas, servir a la préparation des substances acides ; il faut qu'il soit tenu constamment propre et luisant; et jamais l'on ne laissera les mets s'y refroidir, car c'est alors qu'ils se chargent le plus facilement du principe toxique. On aura la même précaution pour la vaisselle élamée. Il ne faut plus s'étonner si l'on rencontre tant de maladies lentes et rebelles, quand on songe a la facilité avec laquelle, se détache l'étamage, par suite du frottement qui se fait au fond de cette vaisselle avec une cuiller ou tout autre instrument de cuisine, et qui est nécessaire à la préparation des mets. — Celui qui est assez ignorant pour préparer les cornichons et les haricots crus dans des vases de cuivre, et qui les mange ensuite parce qu'ils ont une belle apparence, ou bien encore, s'il tire de son baril le vinaigre par un robinet de cuivre, ce qui arrive tous les jours en Angleterre, qu'il ne vienne pas se plaindre de maux d'estomac , de coliques, de crampes, et d'autres maladies nerveuses, et qu'il n'exige pas alors d'un médecin qu'il if débarrasse du cuivre qu'il a bu, et aussi facilement qu'il l'a absorbé. — Le cuivre est moins dangereux ïi l'état de métal que lorsqu'il est bu dans du vinaigre : il devient alors un vrai poison. C'est ce qui explique pourquoi les fondeurs de cuivre ne sont pas tous malades, et que celui qui a\alc une pièce de cuivre la rend sans en être incommodé.
De même une balle de plomb peut séjourner des années entières dans les chairs, et la môme, dissoute dans un acide, tue en peu d'heures.
Ainsi donc les peintures ne sont si nuisibles que parce qu'elles sont faites avec des substances métalliques. La céruse, le blanc de plomb laminé , le blanc de crème ne sont autre chose que des préparations saturnines; les blancs d'étain et de bismuth sont aussi dangereux. Le minium n'est que du plomb, et le cinabre que du mercure. Le massicot, le jaune de Naples, le jaune de chroiftè, le jaune de Cassel sont aussi des combinaisons de plomb ; le réalgar, l'orpiment sont de l'arsenic. Les peintures bleues renferment souvent du cuivre, comme l'ocre bleu ; ou bien elles contiennent les poisons les plus subtils, tels que l'acide prussique qui enlr#dans le bleu de Prusse, le bleu de Paris et le bleu minéral, dans le carmin bleu; tels que le cobalt, qui, s'il n'est "pas aussi malfaisant que l'arsenic, l'est néanmoins assez pour engendrer des effets aussi nuisibles que le bleu d'émail , le bleu de roi , l'amidon bleu. Les peintures à couleur verte proviennent presque toutes du cuivre, comme le vert-de-gris, lé vert de montagne, le vert minéral et les verts de Brunswick, devienne, etc. Le vert de chrome est moins nuisible ; le vert de Scheele est de tous le plus nuisible, puisqu'il contient de l'arsenic et du cuivre; il Test d'autant plus qu'il nuit par son évaporation. On reconnaîtra facilement que la peinture contient de l'arsenic en la mettant sur des charbons ardents^ si elle répand une odeur d'ail , il y en a.
Le faux or ou le faux argent dont on se sert pour couvrir les bijoux contiennent du cuivre, du mercure , du zinc, de rétain et du bismuth.
D'après cela, on concevra qu'on ne saurait être trop prudent dans l'usage que l'on peut faire de ces couleurs. Cachez-
les soigneusement, et faites en sorte que leurs atomes pulvérulents ne se répandent pas dans l'air, et n'employez jamais dans votre maison des peintures préparées à l'arsenic, et que votre vaisselle n'en soit à l'abri. — Ne donnez pas aux enfants des boîtes de couleur ; c'est comme si vous mettiez le poison à leur disposition. Il en sera de môme des jouets coloriés et des jouets en plomb, ainsi que des pains à cacheter coloriés. Les papiers frais à lettre dont on se sert aujourd'hui , ceux qui surtout sont d'un blanc de lait ou verts, contiennent des substances nuisibles, voire même de l'arsenic, que l'on découvre en les brûlant par l'odeur d'ail qui se répand. Quoique les couleurs minérales soient les plus malfaisantes , celles d'une autre nature ne laissent pas de l'être aussi. La gommegutte, qu'on emploie pour le jaune, est une substance éminemment purgative; l'indigo provoque des crampes violentes et des ballonnements; la cochenille produit des maux de dents et des difficultés d'uriner. Nous pourrions en citer plusieurs autres. Cependant, si les couleurs sont nécessaires, que l'on emploie la craie, le curcuma, l'indigo, l'ocre, et autres couleurs martiales, le pastel des teinturiers, la garance, la cochenille, le carmin et le roucou.
Nous pourrions nous dispenser de parler du fard; car il n'est personne qui ne sache que tous les cosmétiques de cette espèce, sans exception, contiennent des subsiances nuisibles. Le fard, qui n'est pas composé avec des maiières métalliques, ne résiste pas longtemps à la réaciion de la peau; mais celui, au contraire, qui les comprend dans sa composition, y adhère fortement. 11 n'y a qu'un véritable fard, et il ne doit pas y en avoir d'autres : c'est un air frais, de l'eau fraîche et un régime convenable. Le moyen infaillible de déshabituer les femmes et les jeunes filles de se farder, c'est de leur recommander, après s'en être servies, de se laver la figure avec
de l'eau sulfureuse. Ce moyen ne peut nuire et sera certainient utile; car alors la femme apprendra à préférer ses couleurs naturelles à un teint noir, qui résulte de la décomposition qui s'opère dans le fard par son contact avec le principe sulfureux.
Certaines matières métalliques doivent être soigneusement soustraites à la curiosité des enfants et des ignorants. On n'en exceptera aucune substance, qu'elle soit sèche, saline ou liquide, et surtout si elle est acide. L'huile de vitriol ( acide sulfurique) , l'eau-forte (acide nitrique) , l'acide înuriatique, l'eau régale (acide niiro-muriatique) , l'acide oxalique, que l'on emploie pour le nettoyage, sont des agents d'une action violente et dangereuse. L'acide sulfurique très étendu n'a pas une action toxique; l'acide nitrique, mélangé avec l'alcool pur, n'est pas très dangereux; 'mais les autres acides, fussent-ils même très délayés, agissent infailliblement comme poisons. Le sel anglais odorant (acide acétique concentré), la potasse, la pierre caustique, l'acide tarlarique, la soude , l'ammoniaque liquide, le sel de corne de cerf, la chaux éteinte et même celle qui ne l'est pas, constituent des agents très nuisibles. — Il n'est pas sans exemple que l'ammoniaque liquide et l'esprit de corne de cerf n'aient occasionné la mort, lorsque par ignorance on les a fait flairer par fortes aspirations souvent répétées dans des cas de défaillanco : on ne fera aspirer ces substances que fort légèrement et étendues dans beaucoup d'eau. L'alun, le vitriol, le sel de nitre, le sel d'ammoniaque et le foie de soufre sont très nuisibles, si on les emploie en quantité exagérée.
Les préparations où entrent l'arsenic, le plomb, le mercure et le cuivre ne sont pas les seules nuisibles; il en est d'autres qui ne le sont pas moins : ce sont celles qui contiennent de l'antimoine, comme tartre stibié, beurre d'antimoine,
soufre doré d'antimoine, poudre d'Algaroih, kermès minéral et plusieurs autres; celles qui renferment du zinc, du bismuth et de l'élain, la pierre infernale , en un mot tout ce qui sort des pharmacies, soit substances minérales ou chimiques, sont plus ou moins dangereuses, même les plus innocentes, si elles sont employées mal a propos.
Les poisons ^que fournissent le règne végétal et le règne minéral sont innombrables; aussi arrivc-t-il souvent qu'on joue sans s'en douter avec la santé de ses semblables. Je connais un mauvais plaisant qui, pour faire pièce à une jeune fille, lui fit prendre de la digitale pilée; elle en souffrit les angoisses les plus affreuses; peu s'en fallut qu'elle n'en mourût, et que le facétieux ne payât de la prison sa sotte imprudence.
On devra éviter de donner aux enfants des médicaments vermifuges, comme chose sans importance. Celui qui, sans connaissance, donne à ses enfants de ces sortes de remèdes aura, s'il m'en croit, la précaution d'en prendre avant une cuillerée tous les matins, afin de juger de leurs effets.
Il en est de môme des moyens qu'on emploie contre les poux et toute espèce de vermine : ils contiennent tous des poisons. Voilà pourquoi il ne faut faire usage que de ceux qui ne nuisent pas à l'homme. Le meilleur contre les poux, c'est la propreté et le peigne ; si cela ne suffit pas , frottez la tête avec de l'huile, et, au besoin, avec du tabac en poudre mouillé. Contre les puces, la propreté est encore un bon moyen; ayez recours toutefois au jus de citron ou au fort vinaigre, avec lequel on asperge le plancher et le bois du lit. On peut également se servir d'un vase rempli de poils de chien , que l'on met sous le lit. Le lendemain on réchaude ; on le sèche ensuite pour le replacer sous le lit. La laine de brebis peut rendre le même service. — On emploiera contre
les punaises le procédé suivant : il consiste à laver avec une forte lessive la chambre à coucher et les jointures du lit, que l'on oindra ensuite avec un corps gras ou du savon noir. On peut aussi en empêcher la reproduction en remplissant toutes les fentes du mur avec du plâtre; comme aussi on peut les détruire en leur donnant un abri dans une claie que l'on place sous les couches. Le lendemain on secoue violemment la claie, et l'on écrase les insectes incommodes. De temps en temps on échaudera les claies. De cette façon , on se dispense d'employer des moyens toxiques contre les puuaises, qui contiennent généralement du sublimé corrosif, ou quelque chose de pareil, dangereux déjà "par leur facile évaporation. C'est ainsi que, par une soigneuse propreté, on parvient peu à peu à détruire cette vermine.
On emploie souvent, contre les mites qui s'attachent aux vêtements de laine ou a la pelleterie, le camphre et même le musc. Ces odeurs sont nuisibles dans une chambre à coucher. — Le camphre nuit aux couleurs , et le musc produit un genre d'altération après lequel l'odeur persiste, même après l'évaporation du musc. Il vaut mieux se servir du serpolet sauvage et de la lavande. Les feuilles de tabac étalées entre les vêtements empêchent la production de ces mites.
Quant au blé, on le préservera mieux des insectes en l'entourant de plantes aromatiques et en le remuant souvent, qu'avec des matières dangereuses. La molène vulgaire, cueillie pendant la floraison, étendue sur le blé, suffira pour cela. — Il n'y a pas de meilleure garantie contre l'invasion des rats que de garnir les trous avec de la suie, ou de les boucher avec de la paille enduite de goudron, que l'on recouvre ensuite avec du plâtre ou d'un mortier composé de chaux et de verre pilé. Un autre moyen consistera à leur servir un gâteau composé de farine, de lard et de verre pilé ; ils ne supporte-
ront pas longtemps ce régime. On peut également leur donner un mélange de farine, de plâtre et de sirop. Dans les maisons ou les caves où ces animaux sont nombreux, le moyen de les détruire est de placer un baquet peu profond qu'on remplira d'un mélange de cidre , de bière douce , de chaux et d'eau-de-vie. S'ils y goûtent, ils s'enivrent, et c'est le moment de les livrer aux chiens et aux chats. L'époque la plus opportune pour cette chasse ,- c'est le mois de juin , de juillet et d'août, époque où ils sont encore jeunes. Ces divers moyens sont beaucoup plus raisonnables que de leur jeter du poison ; car il n'est pas sans exemple qu'avec la meilleure volonté et malgré toutes les précautions, on n'ait empoisonné des hommes au lieu de rats. En outre, c'est que là où l'empoisonnement a réussi à souhait, il vous reste à souffrir d'une mauvaise odeur de rat mort.
De toutes les substances vénéneuses , il n'en est pas de pires que les remèdes secrets qui se débitent sous les noms les plus attrayants. Aucun médecin ne peut nier qu'on n'en obtienne des guérisons, mais il sait aussi que ces guérisons sont rares. Tout médicament est bon à sa place; mais, employé mal à propos, il doit encore nuire, quoique préparé selon les formules adoptées. Les annonces et les réclames dont on se sert pour les mettre en vogue prouvent suffisamment , pour tout le monde, qu'il s'agit bien plutôt de la vente d'une marchandise que de l'intérêt de l'humanité.
Le nombre considérable des remèdes secrets qui sont vantés comme spéciûques dans une maladie donnée sont, sans doute, une grande honte pour les citoyens d'une nation civilisée ; ils dénotent l'ignorance et la crédulité de l'acheteur.
Celui qui achète et se sert de ces moyens peut être com-
paré à cette dupe qui met à la loterie où le vendeur est toujours le gaguant. Les guérisons sont aussi rares que les lots gagnants; ceux que le hasard favorise en font grand bruit, mais on n'entend plus parler de ceux qui ont perdu leur argent. Il n'est pas un homme raisonnable et réfléchi qui puisse mettre à la loterie ; il faudrait pour cela qu'il eût trop d'argent, et que celui qu'il expose gratuitement lui fût à charge. Mais le malade qui met à la loterie des remèdes secrets ne perd pas seulement son argent , il perd encore sa santé, il aggrave son état, et rend sa maladie incurable s'il tombe sur un mauvais numéro. — S'il reçoit le médicament de la main d'un médecin , il sait au moins quel est ce médicament ; et s'il nuit, il est facile d'en neutraliser les effets par un antidote ; si les doses prises n'étaient pas trop fortes, et qu'il n'y eût pas beaucoup de temps de cela , il serait encore possible de réparer le mal. Mais on n'a pas cette ressource avec les médicaments secrets , puisqu'on ne sait pas ce à quoi on a affaire ; et celui qui croit aux promesses qu'ils ne contiennent rien de nuisible n'est pas un homme sensé. Nous avons déjà mentionné plus haut que le règne végétal contient des poisons plus subtiles que ceux du règne animal.
La plupart de ces remèdes sont composés de poisons métalliques. Les gouttes antifébriles renferment de l'arsenic; les pilules impériales sont composées de mercure ; ainsi de suite. Le plus grand nombre est vendu à un prix très élevé, tandis que les mêmes , préparée dans une pharmacie , ne coûteraient pas le dixième. Par exemple , l'huile de Harlem , qui n'est autre chose qu'une combinaison de soufre et d'huile, ne revient à ceux qui la préparent qu'à quelques décimes. Il en est de même pour tous les remèdes secrets.
Il n'est pas une seule de ces drogues qui ne puisse être promplement reconnue et dénoncée à l'opinion publique par
108 CAUSES LES PLUS FRÉQUEiNTES DES MALADIES.
un médecin d'une expérience éprouvée; et s'il voulait, il pourrait encore en faire un emploi convenable. Quant au charlatan, il lui suffit de vendre ses drogues, il se soucie peu du résultat.