‹ Médecine homoeopathique domestiqueChapitre 15 sur 110 · OBJET DE LA MEDECINE DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

OBJET DE LA MEDECINE DOMESTIQUE

médicament administrer, ils auront recours au sirop d'Ipécacuanha, en même temps qu'ils feront demander leur médecin. Que pourra faire ce dernier en semblable occurrence ? Il lui faudra laisser agir le vomitif, il aura les mains liées, et, si la maladie est réellement grave, cette expectation sera dangereuse. Une intervention active ne le seraitpas moins, l'Ipécacuanha ne permettant pas au médicament homœopatbique de développer toute son action.

Le praticien n'eût pas été aussi embarrassé, si les parents, mieux au courant de nos ressources, avaient donné l'Aconit ou la Belladone, au lieu de l'Ipécacuanha; car ils auraient alors préparé les voies au médecin au lieu de lui faire obstacle.

Autre exemple. On rencontre parfois des sujets pris de saignements de nez tellement abondants, que la vie semble menacée. Les moyens populaires ayant écboué, on s'iaquiète ; le percblorure de fer , l'eau de l'Échelle , les potions anti hémorrhagiques de tous genres, sont employés.

Si l'on sollicite alors le secours d'un médecin homœopathe, son embarras sera grand ; il lui faudra attendre encore ou prescrire les antidotes des substances qu'on aura données d'autant plus largement qu'on était plus inquiet. Il y aura donc encore du temps perdu pour le traitement et pour la guérison.

On voit par là de quelle utilité peut être, en bomœopatbie, la médecine domestique, reste à savoir s'il est possible de la constituer.

Beaucoup l'ont pensé; de là ces nombreux traités, écrits dans toutes les langues, et auxquels se trouvent attachés les noms de Ghappemann, de Clotaire Muller, de Hirschel (1) et de Héring. Tous ces confrères se sont proposé le même

(1) Hirschel, Guide du médecin homœopalhe au lit du malade, trad. de l'ail, par le Dr Léon Simon fils. Paris, 1858.

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bul : réunir les indications précises auxquelles répondent certains de nos médicaments, afin d'en faciliter le choix dans une maladie à marche rapide ou dans une indisposition passagère. Mais là se sont ordinairement bornés tous leurs efforts.

Il m'a paru que ce n'était pas assez. L'homme du monde, en effet, n'est pas seulement en droit de nous demander ces notions élémentaires qui se rattachent au traitement des maladies; il peut exiger que nous lui rendions compte des principes et de la méthode qui doivent le diriger; il peut surtout vouloir que nous lui indiquions les moyens de conserver sa santé, quand une fois elle lui sera revenue; d'où il résulte qu'un manuel de médecine domestique doit être à la fois un précis d'hygiène et un traité de thérapeutique, qu'il doit aussi renfermer sur les principes formulés par Hahnemann des notions suffisantes.

Le docteur Héring avait compris cette nécessité ; seulement il s'était borné sur bien des points à des considérations sommaires. Je les ai conservées avec soin, tout en y ajoutant les développements qui m'ont paru intéressants pour nos lecteurs français, et qui leur faciliteront sans aucun doute l'emploi de ce manuel.

Ces considérations ressortent de la situation même dans laquelle se trouve placé celui qui, sans être médecin, veut essayer de porter secours dans un cas de maladie, et venir ainsi en aide à celui qui souffre.

L'homme du monde peut être appelé en effet à intervenir dans un traitement en trois circonstances :

Avant l'arrivée du médecin ;

Après sa visite;

Et durant la convalescence .

Avant V arrivée du médecin, il assume toute la responsabilité; il lui faut choisir le médicament convenable, en diriger l'administration, tracer le régime et indiquer les moyens accessoires dont il est possible de faire usage.

CUOIX DU MEDICAMENT. 5

Apres la visite du médecin, il doit, dans le cas d'une maladie aiguë, veiller à l'exacte et intelligente application de ce qui a été prescrit, et, quand il s'agit d'une maladie chronique, savoir donner sur son état les renseignements nécessaires.

Pendant la convalescence, il doit pouvoir répondre à ces mille exigences du malade, conséquences de souffrances oubliées et du retour à l'accomplissement de fonctions régulières.

Après le retour à la santé, il faut qu'il sache comment se diriger pour se mettre à l'abri de nouvelles souffrauces, par conséquent quelle hygiène il devra suivre pour éviter, autant qu'il est en son pouvoir, les chances d'une nouvelle maladie.

§ 2. — Choix du médicament.

Pour comprendre la valeur des explications qui vont suivre, il faut se rappeler deux choses :

La première, qu'il s'agit ici de trouver un médicament homœopathique ;

La seconde, que cette recherche doit être faite à l'aidé du manuel rédigé par le docteur Héring.

Or, cette double condition nous conduit à déûnir d'abord ce qu'il faut entendre par ces mots : Un médicament homœopathique , et à dire ensuite comment les indications contenues dans ce livre ont été recueillies; comment il faudra s'y prendre pour les appliquer avec succès.

Coi des semblables* — Les adversaires de la doctrine de Hahnemann ne voient dans le médicament homœopathique que sa dose ; pour eux toute substance prescrite en quantité infinitésimale mérite cette épithète, c'est une grave erreur.

Un médicament est homœopathique à un état morbide, lorsqu'il répond à la loi des semblables ; l'homœopathicité

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est donc une question de principe et non une question de quantité.

Or, cette loi des semblables, résumée par son auteur dans cette simple formule : Similia similibus curant ur, ne signifie pas autre chose que ceci, à savoir : qu'un médicament capable de faire cesser une maladie aura le pouvoir, quand on le donnera à un sujet en santé, de faire naître chez lui des symptômes semblables à ceux par lesquels cet état morbide se caractérise. D'où ce précepte posé par Habnemann : de ne jamais administrer à un malade des substances dont les effets sur l'homme sain ne seraient pas connus (1).

Cette loi des semblables, si souvent critiquée par ceux qui n'ont pas su la comprendre, repose tout entière comme point de départ sur un fait expérimental : l'action du quinquina chez l'homme sain et chez l'homme malade.

Tout le monde sait comment Hahnemann traduisant la matière médicale de Cullen de l'anglais en allemand (2), et étant arrivé à l'article Quinquina, fut frappé du peu de valeur des explications qui étaient données de l'action fébrifuge de cette substance, et comment, pour arriver à les mieux juger, il voulut l'expérimenter sur lui-même, la prenant, non pas à dose infinitésimale, mais à dose pondérable, très-élevée même . Le résultat de cet essai fut qu'il se donna un violent accès de fièvre avec ses trois périodes de froid, de chaleur et de sueur.

L'expérience ayant été répétée conduisit au même résultat, de sorte que le fondateur de rhomœopatbie fut amené à se demander s'il s'agissait d'un fait exceptionnel, ou s'il y avait là une loi générale qui pût devenir pour la thérapeutique une base assurée.

(1) Le résultat de ces expériences constitue la matière médicale homœopathique.

(2) Voyez Léon Simon père, Vie de Hahnemann, in Exposition de la doctrine ou Organon de l'art de guérir. Paris, 1856.

CHOIX DU MEDICAMENT. 7

Il étudia donc d'autres substances : la Belladone, à laquelle il vit produire une éruption semblable à celle de la scarlatine, et dont la puissance curative dans cetle maladie est reconnue de tous les médecins; la Pulsatille, qui produisait des taches semblables à celles de la rougeole avec tous les autres symptômes essentiels de cette fièvre éruptive dont elle est le spécifique; le soufre, que tout le monde préconise comme le médicament héroïque dans le traitement de la gale et qui produit une éruption semblable à celle que cause la présence de l'Acarus.

A mesure que les expérimentations se multipliaient, les faits confirmatifs se multipliant aussi, Habnemann se trouva autorisé à voir entre l'action physiologique d'un médicament et sa puissance curative, un rapport de similitude nettement accusé.

Il voulut alors interroger le passé de la science, afin de savoir jusqu'à quel point ce fait avait été entrevu par les médecins illustres qui ont concouru à la constituer, et il trouva dans la tradition une multitude d'observations confirmant sa découverte, observations qu'il réunit sous ce titre : Guérisons homœopathiques dues au hasard (1).

Explication de la loi des semblables. — La loi des

semblables ainsi reconnue et formulée, il fallait en trouver la raison, savoir surtout pourquoi la médecine avait si longtemps vécu sur un principe opposé, celui des contraires, dont Galien était l'auteur, et qui jouissait d'une popularité incontestée. Plahnemann essaya de répondre sur ces deux points.

La raison, ou pour mieux dire l'explication de la loi de similitude, se trouvait encore dans un fait vulgaire, à savoir : que les substances capables d'agir sur l'organisme vivant y déterminent deux actions opposées : Yaction et

(1) Samuel Hahnemann, Exposition de la doctrine homœopathique ou Organon de l'art de guérir avec des commentaires par le Dr Léon Simon père. Paris, 1855.

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la réaction. Les exemples en sont nombreux, le café excite et réveille tout d'abord, mais le jour où l'on cesse son emploi, on est plus endormi que jamais. Par contre, les malheureux qui en sont réduits à demander à l'opium le moyen d'engourdir leurs souffrances , ressentent leurs douleurs plus vivement encore lorsqu'il leur arrive de suspendre l'emploi de leur narcotique, ou même lorsque, le continuant, ils négligent d'en augmenter la dose.

Il résuite de ce fait qu'en administrant une substance dont l'action primitive sera semblable par ses symptômes à la maladie, la réaction sera opposée à cette dernière et la guérison devra s'ensuivre ; tandis que, si l'action du médicament est contraire à la maladie, la réaction lui sera semblable, et l'état du patient deviendra plus grave. Or, la réaction étant le dernier terme de l'effet médicamenteux, c'est elle qu'il convient d'avoir toujours en vue, si l'on veut arriver à un résultat durable.

Valeur de la loi des semblables. — Ce fait compris,

la loi hahnemannienne et le principe de Galien trouvent chacun son application. La première nous rend compte des actions curatives, le second des actions seulement palliatives ; la première nous dit pourquoi le quinquina guérit la fièvre intermittente, et la guérit sans retour ; le second pourquoi l'emploi des purgatifs, en triomphant pour un moment d'une constipation habituelle, la rend d'autant plus tenace qu'on y a plus souvent recouru. De là, la prééminence de l'homosopathie sur l'allopathie, la première nous apprenant à guérir, la. seconde mettant en nos mains les moyens de soulager un moment. Il est juste de le dire cependant, ce n'est pas en ce sens seulement que le principe de G-alien a été le plus ordinairement compris ; mais sa seconde interprétation n'est pas plus utile pour le malade que la première. En général, on exprime par la loi des contraires le rapport qui existe entre la nature d'un médicament et la nature d'une maladie,

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