‹ Médecine homoeopathique domestiqueChapitre 16 sur 110 · CHOIX DU MÉDICAMENT · texte numérisé non relu

CHOIX DU MÉDICAMENT

problème dont la solution est impossible par celte raison que l'essence des choses nous échappe, que leurs caractères seuls peuvent être reconnus et constatés.

Aussi qu'est-il arrivé ? C'est que la médecine s'est trouvée enfermée par GraJien dans un cercle sans issue, déclarant qu'un médicament était antiphlogistique, parce qu'il avait guéri d'une inflammation, et jugeant le caractère inflammatoire d'un état morbide par les agents qui en avaient triomphé.

Pour sortir de cette impasse, il aurait fallu savoir par quelle méthode il est possible de reconnaître la substance dont la nature serait opposée à celle d'une maladie donnée. Faute d'avoir satisfait à cette condition, la médecine a erré de système en système sans perfectionner la thérapeutique, changeant seulement l'épi thète de ses médicaments en raison des théories dominantes, et aboutissant en dernière analyse, et par lassitude, à l'empirisme et à l'expectation.

Hahnemann a été plus précis, surtout plus pratique. Sans nier que les maladies eussent chacune leur nature spéciale et le médicament une essence propre, il asoutenu que ce n'était pas à pénétrer l'une et l'autre que devaient s'épuiser les forces du médecin. Il a dès lors comparé deux autres termes : les symptômes particuliers à la maladie et les effets, c'est-à-dire les symptômes artificiels que pouvait faire naître le médicament donné à un homme sain, et il a ainsi ramené la thérapeutique à une question de fait facile à résoudre par l'observation et l'expérience réunies ; l'observation nous révélant les caractères des états morbides, l'expérience nous faisant connaître les propriétés des médicaments.

Application de la loi des semblables. — Ces notions

une fois acquises, il suffit en effet de comparer F un à l'autre les deux tableaux qui ont été tracés, et de choisir la substance dont les symptômes artificiels se rapprochent le

10 THERAPEUTIQUE GENERALE.

plus de ceux de la maladie elle-même, ce médicament étant l'agent curatif auquel il faut recourir.

Cette méthode si précise fait toute notre force, ce quia permis de dire à M. Imbert G-oubeyre, professeur à l'École de médecine de Clermont-Ferrand : « L'homœopathe, « dans l'application de ses remèdes, est guidé par une loi « reposant sur la double expérience de l'homme sain et « de l'homme malade, et réciproquement, tandis que l'al- « lopathe se contente d'expérimenter sur l'homme malade « sans aucune règle. Celui-ci donne le Quinquina et la « Belladone, parce qu'on l'a fait avant lui dans tels et « tels cas. Mais il lui serait impossible de savoir à priori a s'il peut administrer ces remèdes en pareille occasion. a Par le fait de l'empirisme, il est inévitablement conduit

« à la routine Et c'est ce qui fait, ajouta le professeur,

« que cette terre de l'allopathie est frappée, comme le fut « autrefois l'Egypte, de plaies nombreuses, parmi lesa quelles j'en distingue quatre principales : le scepticisme, « l'empirisme, la fantaisie et la polypharmacie (J). »

La méthode homœopathique a paru en outre tellement simple à quelques-uns de nos critiques que l'un d'eux a pu croire que l'homoeopathie était une médecine facile n'exigeant aucune étude spéciale; une médecine à la portée de quiconque sait lire et écrire (2) ; en un mot, la médecine domestique par excellence.

IndiTidualisation de la maladie par l'ensemble des

symptômes. — Malheureusement cette assertion repose sur une erreur; il n'est pas exact de soutenir que le médecin homœopathe doit se préoccuper seulement des symptômes extérieurs reconnaissables pour tout le monde (3) . Hahnemann

(1) Imbert Gourbeyre, lectures publiques sur Vhomœopathie. Paris, 1865, p. 105.

(2) Tripier, La vie et la santé. Paris, 1863, p. 275.

(3) Id., p. 276. — Ce qu'il y a de vrai, c'est que l'exactitude de notre loi thérapeutique est telle que les sciences mathématiques elles-

CHOIX DU MEDICAMENT. 11

nous a légué une tâche plus lourde, car il nous impose de tenir compte de toutes les manifestations de la maladie,

mêmes permettent de l'exprimer par une description graphique, ainsi que je l'ai montré il y a bien des années déjà.

Pour comprendre cette démonstration, il faut se rappeler que chez l'homme en traitement trois forces sont en présence : la vie, la cause delà maladie et le médicament. Or, en statique, les forces peuvent être représentées par des lignes, privilège dont il nous est possible de profiter ici.

En représentant la vie par une de ces lignes, il nous faudra d'abord déterminer la position respective des deux autres, et en prenant en premier lieu la cause de la maladie, il sera facile de juger que la ligne capable de la représenter ne pourra pas être opposée à celle qui représentera la force vitale. Trois cas, en effet, se présenteraient alors, la force morbide pouvant être plus faible, égale ou plus forte que la force vitale. Si elle était plus faible et opposée à cette dernière, une partie de cette force vitale serait employée à détruirela force morbide; alors le sujet serait affaibli, mais il ne serait pas malade. Si ces deux forces étaient égales, elles s'anéantiraient réciproquement; le sujet mourrait, mais on n'aurait pas à le traiter. Si enfin la force morbide avait l'intensité la plus grande, le sujet serait foudroyé, anéanti, mais la maladie ne serait pas son partage.

Celle-ci supposant l'action simultanée de ces deux puissances, il faut de toute évidence que les lignes qui les représentent fassent entre elles un certain angle. Je suppose d'abord que cet angle soit droit, et je représente la force vitale par une ligne AB et la force morbide par une autre ligne AG appliquée en un même point et perpendiculaire à la première. On sait que du moment où deux forces agissent sur un point, leur action devient mixte et se trouve représentée par la ~ . jll .

.. , ., ,. „ vis. i. — Démonstration géométrique de

diagonale d un parallélogramme de rhomœopathie applicable à l'aciion

construit Sur ces deux for- des inéduaments spécifiques.

ces, cette diagonale prend le

nom de résultante. Ici la résultante AD représente la maladie. Remarquons maintenant que, pour guérir, il ne faut pas détruire AD, parce qu'on anéantirait à la fois la vie et la cause morbide, c'està-dire le malade et la maladie. Il faut seulement détruire AG, parce qim

12 THERAPEUTIQUE GÉNÉRALE.

sans en négliger aucune, rappelant avec Bacon que le fait le plus simple, le plus insignifiant en appa-

la force vitale f AB) reprenant alors sa libre action, toutes les fonctions reviennent à letat normal, le sujet est guéri. Or, pour détruire AC, il faut appliquer au point A une force qui lui soit égale et contraire et que nous pourrons représenter par une ligne AE égale et contraire à AC. Cette ligne AE exprimera le médicament, c'est-à-dire la force thérapeutique. Si l'on tient compte alors de AE et de AB, c'est-à-dire de la force médicatrice et de la force vitale, si l'on cherche par ce moyen la ligne qui représentera la maladie artificielle que produira le médicament donné à un homme sain, on devra représenter cette maladie par la résultante de ces deux forces, c'est-à-dire par la ligne AF, diagonale du parallélogramme construit sur ces deux lignes considérées comme côtés.

Cela fait, en comparant les deux diagonales AD et AF, c'est-à-dire la maladie naturelle et la maladie artificielle que peut développer le médicament curatif, on verra que ces deux lignes sont égales comme hypoténuses de deux triangles rectangles égaux et comme diagonales de deux rectangles égaux; donc l'effetproduit sur la force vitale par une cause morbide et par le médicament capable de détruire celle-ci est représenté par des lignes égales. Or, en thérapeutique, ces lignes s'expriment par des symptômes ; ceux que cause la maladie et ceux que produit le médicament doivent donc se traduire par une même expression. La formule Shnilia similibus curantur est ainsi justifiée. On peut faire ici une objection : c'est que j'ai supposé que la force

vitale et la force morbide formaient entre elles un angle droit, ce qui peut être un fait d'exception. On peut répondre à cela que, quand même il en serait ainsi, la figure 1 n'en resterait pas moins applicable à l'action des médicaments spécifiques : du Quinquina contre Fiff. 2. - Démocratie* géométrique de la fièvre intermittente, de la. rhomœopathie en général. Belladone contre la scarla-

tine lisse, etc. Mais je me hâte d'ajouter que cette expression de l'action de ces forces peut être généralisée, quoi que soit l'angle sous lequel les forces AB et AC se rencontrent.

CHOIX DU MEDICAMENT. 13

renée mérite d'être connu par cela seul qu'il mérite d'exister.

Ce n'est donc pas le symptôme extérieur seul dont il nous faut tenir compte, c'est aussi l'altération profonde que nous devons constater. Or, par cela même qu'il nous est imposé de diriger notre choix d'après l'ensemble des signes morbides, il nous est enjoint avant tout de ne pas nous tromper sur leur appréciation. Celui donc qui, dans une maladie de poitrine, tiendrait compte de la toux et de ses caractères, de l'expectoration, de l'état des forces, etc.; sans s*e préoccuper de savoir s'il lui faut traiter une bronchite ou une phthisie pulmonaire, celui-là manquerait à un principe fondamental de l'homœopathie, il courrait le risque de bien mal choisir son médicament et d'employer, à dose infinitésimale, une substance qui n'aurait d'homœopathique que le nom.

Il y a plus, une même substance, convenant à des affections différentes, reproduit dans ses effets sur l'homme sain les symptômes propres à chacune d'elles, et il faut une attention soutenue pour les distinguer, pour rapporter à

Si ces forces forment entre elles un angle aigu BAC, la maladie sera en effet toujours représentée par la diagonale AD. Le médicament sera exprimé alors par une ligne AE, qui se trouvera en prolongement de AC. Quant au parallélogramme qui nous donnera la résultante de AE et de AB, il aura pour côtés d'abord ces deux lignes, puis une ligne BF parallèle à AE. Ces trois lignes tracées, je décris un arc de cercle en prenant le point A pour centre et AD pour rayon. Cet. arc de cercle coupe BF en F. Par ce dernier point je mène FE parallèle à AB, et j'obtiens ainsi un parallélogramme dont la diagonale AF égale la diagonale AD comme rayons d'un même cercle. Or, on pourra toujours arriver à ce môme résultat, que l'angle BAC soit aigu ou obtus ; donc la loi des semblables sera toujours applicable, pourvu qu'on ail en présence la force vitale, la force morbide el la force médicatrice. Seulement AE ne sera pas égale à AC, mais ceci n'est plus qu'un rquestion de doses, qui n'implique en rien la direction et la valeur respectives des forces représentant la maladie naturelle et la maladio médicinale artificielle.

14 ^ THERAPEUTIQUE GÉNÉRALE.

chacune les caractères qui lui correspondent. OEuvre délicate négligée par nos adversaires, qui ne voient dans notre matière médicale qu'erreur et confusion.

Valeur relative des symptômes. — Enfin, à CÔté des

caractères fondamentaux, constants des maladies, il y a aussi les signes individuels et variables, signes difficiles à saisir pour celui qui est étranger à la médecine, et cependant bien caractéristiques pour le cboix du médicament, et dont l'importance tient à ce que, dans la pratique, nous ne traitons pas une maladie, mais un malade.

Il ne suffit donc pas de savoir lire et écrire pour pratiquer heureusement l'homceopathie, il faut savoir observer et expérimenter ; et c'est pour ce motif sans doute que la doctrine de Hahnemann compte tant d'adversaires qui n'ont su ni l'appliquer ni la comprendre, et qui la défigurent pour rendre leur critique plus facile, faute pour eux de pouvoir la rendre plus exacte.

Les adversaires de notre doctrine, dit le docteur Héring, ce ont eu tort de soutenir qu'il n'était pas nécessaire « au médecin homœopathe de connaître l'ancienne méde- <( cine ; car ils ont professé en cela une grande erreur. « Qu'ils le sachent donc : il n'y a pas d'habile disciple de « Hahnemann, qui ne soit versé, comme Hahnemann l'é- « tait lui-même, dans la connaissance de la littérature « médicale. Il lui serait impossible d'agir avec discernea ment s'il ne connaissait l'anatomie, la physiologie, la «pathologie et la matière médicale, la chirurgie et les « sciences accessoires ; car il serait alors semblable à un «homme qui, sans connaître la navigation, la mer et ses « écueils, prétendrait conduire avec sécurité un navire « dans le port. »

L'application de l'homceopathie réclame donc le plus souvent l'intervention du médecin ; cependant, parmi toutes les notions qui ont été recueillies depuis soixante

CHOIX DU MEDICAMENT. 15

ans par notre école, il en est qui sont en quelque sorte devenues populaires. Il y a bien peu de malades qui ne sachent dans quelles circonstances on prescrit YAconit, la Belladone et Y Arnica. Quelques-uns même ont été plus loin, et connaissent les substances les plus utiles pour le traitement des maladies aiguës et les indications auxquelles elles répondent. Ce sont ces indications qui rentrent dans le domaine de l'homœopathie domestique, et que le docteur Héring a voulu réunir et classer dans son manuel, les divisant en deux catégories: celles des médicaments qui se trouvent en rapport avec les causes les plus fréquentes des infirmités humaines, et celles qui répondent à certaines maladies déterminées.

Emploi du manuel. — Voici maintenant les conseils qu'il donne à ceux qui voudront se servir utilement de son ouvrage, et qui se trouveront toujours en présence de deux difficultés : la première consistant à prendre de la maladie une notion suffisante, la seconde à trouver le médicament convenable.

Sur le premier chef deux cas peuvent se présenter: ou il s'agit d'une affection dont la cause est facilement indiquée par le malade, ou cette cause échappe; ou la maladie est simple dans ses symptômes, ou elle affecte plusieurs organes à la fois et devient ainsi plus complexe.

Dans ces deux cas, «qu'il s'agisse d'une maladie grave « ou d'une simple indisposition, il faudra noter avec soin « tous les renseignements donués par le malade et par « ceux qui l'entourent, recueillir toutes ses plaintes, et a non pas l'interroger avec le livre, parce qu'on courrait « alors le risque de le voir répondre bien plus en raison « des questions qu'on lui pose, que d'après les douce leurs qu'il ressent.

« On notera par écrit les renseignements qui seront « ainsi donnés spontanément.

interrogation du malade. — Il faudra ensuite interroger le malade; lui demander :

« 1° Quel est l'organe où siège la souffrance;

« 2° Quel est le caractère de la sensation douloureuse « perçue, et à quelle sensation normale il peut la com- « parer : déterminer, par exemple, s'il s'agit d'une^ dou- « leur déchirante, d'un élancement, d'une sensation de « brûlure, de battement, etc.

« 3° Déterminer les conditions dans lesquelles les dou- <i leurs augmentent ou diminuent : à quel moment de la* u journée elles sont plus pénibles : si c'est le matin, le soir « ou la nuit ; par quel état de l'atmosphère : si c'est par le « temps sec ou sous l'influence de l'humidité; dans quelle « situation : en étant levé ou en étant couché, pendant le a repos ou pendant le mouvement, avant ou après le re- «pas, après avoir dormi, par le contact, par la pression, etc.

« 4° Reconnaître les symptômes qui accompagnent les d souffrances principales; savoir, par exemple, si la toux «détermine toujours des douleurs dans la tête; ou si le « mal de tête s'accompagne de nausées, ou encore si les ce nausées amènent des frissons, etc. Détails minutieux « sans doute, parfois difficiles à constater et à juger, mais « sans lesquels on ne peut espérer d'arriver à un choix « exact du médicament.

Recherche €lu médicament. — « Tous ces renseigne-

(( ments étant recueillis, il faut chercher d'abord dans le « livre les formes morbides qui paraissent prédominantes, « c'est le moyen le plus sûr de trouver le remède conve- «nable; mais cette recherche est entourée de difficultés « pour un médecin et, à plus forte raison pour l'homme «étranger à l'art de guérir, le symptôme le plus pénible « pour le malade n'étant pas toujours le plus précis pour « fixer le choix des médicaments.

« Le mieux alors est de rechercher en parcourant les

Page 1