CHOIX DU MÉDICAMENT
« différentes divisions de cet ouvrage, les médicaments « indiqués pour chacune des formes morbides qui ont été « constatées, et prendre celui qui est indiqué dans toutes. « S'agit-il, par exemple, d'un sujet qui, à la suite d'un re- « froidissement, se plaindrait de mal à la tête et de diar- « rhée, il faudrait consulter les substances indiquées sous « ces trois rubriques : refroidissement, mal de tête, diar- «rhée, etsi l'on en trouvait une répondant à ces trois indice cations suffisamment précisées dans leurs formes, c'es1; (( celui-là qu'il conviendrait de choisir. Si la cause échappe a et que le malade souffre sur un plus grand nombre de (( points, par exemple à la tête, à la gorge et dans un côté, u il faudra consulter les différents chapitres consacrés aux a maladies de la tête, delà gorge et de la poitrine, et s'ar- « rêter encore à la substance qui répond exactement à ces « différents groupes de symptômes.
« S'il arrive enfin que le sujet soit sous l'influence de « plusieurs causes morbides, il faudra les attaquer l'une a après l'autre, en commençant parcelle dont l'action pa- « raît être le plus énergique, ou par celle qui a développé « ses effets en dernier lieu.
« Gomme le nombre des médicaments indiqués dans ce a manuel est nécessairement très-restreint, par rapport à « celui des substances aujourd'hui employées en homœo- « patine, et auxquelles le médecin peut recourir, il arria vera qu'on ne rencontrera pas toujours dans les pages qui « vont suivre une substance répondant à tous les groupes « de symptômes crui auront été recueillis. Il faudra, dans ce « cas, donner la préférence à celui qui couvrira le plus « grand nombre de ces formes, surtout aux symptômes les « mieux accusés.
« On peut voir par ces détails que le choix dumédica- « ment homœopathique n'est pas chose aussi simple que «nos adversaires veulent le dire; ce qui les excuse « d'avoir souvent si mal réussi dans leurs essais. Qu'on
18 THERAPEUTIQUE GENERALE.
« ne se décourage pas cependant; en se familiarisant avec (( notre méthode et avec l'emploi de ce manuel, on pourra « souvent arriver à un choix beureux et à un résultat face vorable. » (Hering.)
§ 3. — Mode d'administration des médicaments.
Le médicament homœopathique étant ainsi reconnu, il faut savoir l'administrer; et ici il convient de se conformer à plusieurs règles importantes.
1° «Il ne faut jamais donner qu'une substance à la fois; on ne mêlera donc pas dans une môme potion de l'Aconit et de la Belladone, mais on donnera celle de ces deux substances qui sera indiquée parles symptômes.
On a proposé, dans certains cas, d'alterner les médicaments, de donner, par exemple, une dose d'Aconit, suivie, au bout d'un certain temps, d'une dose de Bryone, à laquelle succéderait une nouvelle dose d'Aconit. Ce mode d'administration des médicaments est exceptionnel, son opportunité ne peut être jugée que par un médecin; il faudra donc s'en abstenir dans la médecine domestique.
2° Le médicament homœopathique doit avoir subi une préparation spéciale et être donné à dose infinitésimale.
Quelques développements sont nécessaires pour justifier cette proposition.
Préparation des médicaments. — En bomœopathie
la préparation des médicaments varie suivant que la substance est soluble dans l'eau et l'alcool, ou qu'elle est insoluble dans ces véhicules. Quand elle est soluble, on la prépare par voie de dilution; si elle ne Test pas, on commence parla triturer avec du sucre de lait.
Teintures. — Avec les plantes on fait d'abord une teinture, c'est-à-dire une macération du végétal dans de l'alcool. Le résultat de cette opération est que Palcool se
charge du principe actif du médicament et l'isole des substances organiques qui l'accompagnent.
On se sert des teintures pour faire les dilutions.
Dilutions. — Pour obtenir ces dernières, on mêle le médicament à une certaine quantité de véhicule, en observant des proportions rigoureuses : 1 goutte de médicament pour 99 gouttes d'alcool ou d'eau alcoolisée, si l'on veut avoir une dilution au centième, ou une goutte sur neuf, si on veut l'avoir seulement au dixième, comme on le fait en Allemagne.
Le mélange opéré, on imprime cent secousses violentes au flacon qui le renferme, condition dont l'importance sera mieux appréciée dans la suite.
La seconde dilution sert à préparer la troisième, celle-ci la quatrième, etc.
Triturations. — Les
triturations se préparent en mêlant, dans un mortier, un grain (0,05) de substance active et 99 grains de sucre de lait, ou 9 grains seulement quand on veut une trituration au dixième.
On broie alors le mélange, et ce broiement dure une heure entière. Il peut se faire soit à la main, soit avec une machine. On en a proposé plusieurs : le docteur Mure en avait une, et un de
Fig. 3. — Dynamisateur de G. "Weber.
nos pharmaciens, M. Georges Weber, en a fait construire une autre à laquelle il a donné le nom de dynamisaleur (1). Cette machine consiste en quatre mortiers en porcelaine de Sèvres dite biscuit, mortiers dépolis avec un soin extrême, concaves, taillés en auges circulaires; ces mortiers sont fixés sur une table de marbre, reposant elle-même sur un coffre de bois dans lequel est renfermé une partie des rouages de la machine. Chaque mortier est muni d'un pilon de même matière, ajusté à un manche en bois. Ce pilon (b) est disposé de manière à s'ajuster exactement à la forme concave du fond du mortier. Chacun d'eux estmaintenu dansune direction perpendiculaire par une tige métallique transversale, fixée elle-même àun pivotdefer qui s'attache à une éminence de porcelaine, laquelle s'élève au centre du mortier, au milieu et au-dessus de ses bords. Un ressort à boudin fixé au manche de chaque pilon fait que celui-ci exerce sur le fond du mortier une pression d'environ 15 kilogrammes. Un volant caché dans la caisse de la mécanique sert à éviter les secousses et à donner à la machine un mouvement régulier. La manivelle qui met les pilons en mouvement est disposée de telle manière qu'un homme peut facilement la faire agir, tandis que des engrenages placés dans la partie supérieure du petit édifice font faire quatre tours au pilon pour chaque tour de manivelle; de sorte qu'en donnant une seconde pour chacun de ces derniers, le pilon ferait 14,400 tours par heure, ce qui est en réalité. Chaque mortier est recouvert d'une cloche afia de mettre le médicament à l'abri de l'air et de la poussière. D'un autre côté, le médicament est caché et disposé de manière qu'aucune parcelle ne puisse s'introduire dans le mortier voisin. Ayant remarqué, en faisant une trituration à bras d'hommes, qu'il suffisait, quand le sucre
(1 ) Voir G. Weber, Codex des médicaments homœopatiques. Paris, 1854, p. 50.
de lait s'attachait au mortier, de presser avec force le pilon contre une de ses parties en le faisant tourner sur son axe, pour détacher le mélange, on a disposé les roues d'engrenage de manière que le pilon fût doué à la fois d'un mouvement de circonvolution autour du mortier et d'un mouvement de rotation sur son axe.
Pour se servir de cette machine, on pèse le médicament et le sucre de lait comme pour la trituration à main d'homme; on mêle dans un mortier avec une spatule (fig. 4) le véhicule avec la substance active préalablement réduite en poudre fine, puis on met la machine en mouvement ^ à. l'aide de la manivelle. On s'arrête de temps à Spâiuie. autre, et si Ton remarque que lemélange adhère au mortier sur quelques points, on enlève la cloche et l'on racle avec une spatule de corne ou d'os, puis on recommence à broyer. Au bout d'une heure, lorsque la préparation est tout à fait homogène, on la renferme dans un flacon bien nettoyé, bien sec, hermétiquement bouché et. tenu à l'abri des rayons solaires et d'une lumière trop vive.
Avec les procédés précédents on obtient une première trituration. Pour aller plus loin dans l'ordre des triturations, on môle un grain de la première division avec la proportion voulue de sucre de lait, on broie pendant le temps indiqué. En suivant le même procédé, on préparc la troisième trituration avec la seconde, la quatrième avec la troisième, etc. On est allé jusqu'à la quinzième.
Le plus souvent on change de procédé quand on a atteint la troisième trituration, le médicament arrivé à ce point étant devenu solublc dans l'eau et l'alcool. On continue alors par voie de dilution, en suivant le procédé que j'ai indiqué plus haut.
Globules. — Avec les dilutions on imbibe des globules, lesquels sont faciles à transporter et à doser, et qui mé-
ritent ainsi la préférence, surtout pour la médecine domestique (I).
On se sert donc en homœopathie de quatre ordres de préparations : de teintures mères, de dilutions, de triturations et de globules.
Action des closes infinitésimales. — Quelle que SOÎt
celle à laquelle on s'arrête, on y trouve toujours un médicament très-divisé, et contenant une quantité infiniment petite de la substance active, et c'est sur ce fait que l'on s'est basé pour nier la possibilité de son action.
Il eût été plus juste de se préoccuper de la question de qualité en même temps que de celle de quantité, et de se demander si le mode de préparation adopté par les homœopatbes n'était pas de nature à développer la puissance curative des agents thérapeutiques. Cela eût mieux valu que de résoudre la question par des plaisanteries grossières ou des imputations ridicules.
Si l'on veut bien en effet y réfléchir un moment, on verra que l'action des doses infinitésimales n'est pas plus étrange qu'un grand nombre de faits dont nous sommes chaque jour les témoins. Est-il donc plus surprenant de guérir une maladie avec des substances diluées ou triturées que de remuer des masses énormes avec quelques litres d'eau réduite en vapeur? Evidemment non.
Preuves empruntées à la physique. — Remarquons
d'abord que les sciences physiques et chimiques, devant lesquelles nos adversaires eux-mêmes s'inclinent avec respect, ne permettent pas de nier la présence du médicament dans nos préparations; car elles reconnaissent la divisibilité indéfinie de la matière, ce que les sciences mathématiques prouvent également.
(1) Voir, pour les détails de la préparation des médicaments horoœopatiques, Jahr et Catellan, Nouvelle pharmacopée homœopathique. 3e édition. Paris, 18G2. — G. Weber, Codex des médicament s homœopalhiques. Paris, 1854.
Or, si d'une part la matière est divisible à ce point, si, de l'autre, il n'y a pas de perte de poids pendant la dilution et la trituration, la présence du médicament ne peut être mise en doute.
L'expérience a du reste prononcé sur ce point : ainsi il a été possible de reconnaître la présence de l'or jusqu'à la dixième dilution, l'argent dans la douzième, le cuivre jusqu'à la septième, l'étain à la quatorzième, le platine à la dixième (i).
Il n'y a pas lieu d'en être surpris, quand on sait qu'un grain d'or se laisse diviser en 746 millions de parties visibles, que Bander a reconnu la 720,000 millionième partie d'un grain de te métal, et qu'avec un microscope grossissant à 420 diamètres, on peut retrouver dans la même quantité 3,600,000,000,000, de parties visibles.
Le médicament existant bien réellement dans les préparations bomœopatbiques, y est-il sous une forme capable de favoriser son action? Des faits analogiques nombreux le prouvent suffisamment.
Pour les bien apprécier, il ne faut pas perdre de vue le but qu'on se propose d'atteindre, -la forme sous laquelle un médicament doit être administré se présentant toujours comme une conséquence des principes admis, comme un corollaire de la notion de l'homme, de la maladie et de l'agent thérapeutique.
Or, en homœopathie, il nous faut une action générale et non pas une action locale; nous voulons un effet direct, spécifique et non pas un effet indirect et toujours éloigné. Nous voulons plus encore : les médicaments, en effet, mis en présence de l'organisme, y déterminent des phénomènes locaux et des phénomènes généraux, qui sont en raison inverse l'un de l'autre. Les premiers sont le résultat du
(1) Voir le mémoire présenté aux juges du tribunal de la Seine par la commission chargée de suivre le procès contre le journal L'Union médicale. Paris, 1858.
2 4 THERAPEUTIQUE GÉNÉRALE.
contact de l'agent thérapeutique avec l'organe, les seconds se produisent par suite de son absorption et de son passage dans le torrent circulatoire (1). Or, ce sont les effets de ce dernier ordre que nous recherchons en homœopathie. D'où il résulte que pour nous un médicament est d'autant plus actif qu'il est plus facilement absorbé, et que toute la partie qui ne passe pas dans l'organisme entier est nulle et non avenue. De même que pour les aliments, ce qui nourrit n'est pas ce qu'on mange, mais ce qu'on digère; de même, en thérapeutique, la partie de médicament qui agit n'est pas celle qu'on avale, mais celle qu'on absorbe.
On comprendra maintenant comment la dilution et ia trituration, séparant les molécules des corps, rendent leur passage dans l'organisme plus assuré, plus complet et plus prompt, pourquoi, par conséquent, ces deux procédés facilitent les actions médicamenteuses homœopathiques.
l'reirres empruntées à la toxicologie. — Ces réflexions sont conQrmées du reste par l'expérience; ainsi tout le monde sait qu'un médicament spécifique agit d'autant mieux qu'il est plus soluble. Le citrate de quiniue, préparation plus soluble que le sulfate, doit être donné à plus faible dose que celui-ci pour arriver au même résultat : la guérison d'une fièvre d'accès. L'éther liquide peut être pris à des doses considérables, sans produire autre chose qu'un soulagement passager des douleurs nerveuses ; mais quand il est réduit en vapeur et que, sous cette forme, on l'aspire, ce qui le divise encore, il produit une suspension assez complète de la sensibilité pour que le malade puisse supporter, sans en avoir conscience, les
(1) On obtient l'une ou l'autre de ces actions, à volonté, selon la manière dont on donne le médicament; ainsi une forte dose d'émétique fait vomir, tandis qu'une faible dose de ce sel dissoute dans un litre d'eau et prise par petites fractions, n'agit pas sur l'estomac, passe dans la circulation et guerit la pneumonie.
opérations chirurgicales les plus douloureuses. Ce qui est vrai de l'éther, l'est aussi du chloroforme, on devra donc avoir avantage à donner au médicament plus de surface et moins d'épaisseur et à ses molécules une mobilité qui les rapproche de la constitution des gaz.
Les procédés homœopathiques conduisent à ce double but. Si l'on mêle un grain de mercure métallique à 99 grains de sucre et lait, on obtient un mélange grisâtre ; si on le triture comme le recommande Hahnemann, on voit cette teinte devenir de plus en plus foncée à mesure que l'opération se prolonge, et, au bout d'une heure, elle est tout à l'ait noire. Pourquoi en est-il ainsi? Évidemment parce que les molécules mercurielles se sont désagrégées et incorporées à celles du véhicule, de sorte qu'à la fin de la préparation, le mercure occupe une surface 100 fois plus grande qu'avant.
A la fin de la seconde trituration, la surface sera devenue 10,000 fois plus considérable, et la cohésion qui retenait les molécules constituantes aura été diminuée d'autant. On voit par là que l'absorption du mercure trituré sera beaucoup plus facile que celle du mercure métallique, et qu'ainsi la dose de ce médicament devra être diminuée en proportion de ce que son énergie aura pu s'accroître.
L'action des médicaments très-divisés n'est pas non plus un fait exceptionnel. Ne sait-on pas que les marins embarqués sur des navires chargés de thérébentine ressentent souvent des symptômes très-graves du côté delà vessie, et cela pour avoir seulement respiré l'air auquel se mêlent les émanations de cette substance? Pourrait-on médire aussi quelle quantité, en poids, il faut aspirer d'air renfermé dans une pièce récemment vernie pour que les urines prennent une odeur de violette des mieux caractérisées? Ne voit-on pas enfin les ouvriers qui travaillent dans les fabriques de céruse y devenir gravement malades seulement
26 THERAPEUTIQUE GENERALE.
pour avoir respiré l'air chargé de particules que l'œil ne saurait apercevoir (1) ?
Preuves empruntées à la physiologie. — Enfin, les
faits d'impressionnabilité de l'organisme par des quantités qu'on ne peut ni peser ni compter, ne sont-ils pas sans nombre? Un grain de musc répand son odeur dans un appartement, et cela durant une année, sans perdre sensiblement de son poids, et l'on a calculé qu'un grain de cette substance pouvait se diviser en 320 quadrillons de parties capables d'affecter l'odorat; une masse frasa fœlida ne perd qu'unliuitième de grain de son poids par semaine, tout en répandant une odeur violente autour d'elle. Le romarin de Provence, dit-on, peut se sentir à 20,000 milles en mer; or, je le demande, quelle quantité du principe odorant faut-il dans ce cas pour affecter la sensibilité?
L'action physiologique des infiniment petits se trouve donc partout autour de nous; et franchement on est mal autorisé à la révoquer en doute, car les faits les plus vulgaires la confirment en tous points. Il n'est donc point juste de vouloir faire équation entre les actions physiques, chimiques et thérapeutiques, et de soutenir qu'un médicament n'agira pas parce que le microscope ou les réactifs n'auront pas dénoté sa présence. N'arrive-t-il pas, en effet, chaque jour, que l'organisme sert à mettre en lumière la puissance de corps que la chimie ne peut saisir?
[Preuves empruntées à la thérapeutique. — L action de certaines eaux minérales serait là au besoin pour le prouver. Tout le monde, en effet, reconnaît aux eaux de Forges une valeur thérapeutique incontestable et l'analyse chimique y décèle une proportion si mi-
(1) Vernois, Traité d'Hygiène industrielle. Paris, 18G0. — Tardieu, Dict. d'Hygiène publique 2e édition. Paris, 1862.
nime de principes actifs qu'elle ne pense pas pouvoir expliquer à leur aide les guérisons obtenues.
On sait encore que l'analyse se montre souvent impuissante pour retrouver, dans un cas d'empoisonnement, les alcaloïdes végétaux ; par exemple l'atropine et la digitaline de lugubre mémoire. Or, dans ces circonstances, les médecins experts ont demandé à l'épreuve physiologique ce que la chimie ne pouvait fournir. On a fait prendre à des animaux les liquides retirés du corps des sujets empoisonnés, et lorsque la présence delà digitaline était soupçonnée, on a étudié l'action de ces liquides sur les battements du cœur. Ceux-ci étaient-ils troublés comme la digitaline a puissance de le faire, on concluait à la présence du poison (1). Pour l'atropine, on a essayé d'utiliser l'effet de cette substance sur la pupille. Tout le monde sait que cet agent la dilate pendant la vie, mais que cette modification cesse après la mort. On a, dans ce cas, pris l'humeur renfermée dans l'œil du cadavre, on en a introduit quelques gouttes sous les paupières d'un animal, et, quand le poison s'y est trouvé, la pupille de cet animal s'est toujours dilatée. Exemple remarquable d'un effet matériel produit par une dose infinitésimale d'un alcaloïde énergique.
Il résulte de ces faits qu'on n'est jamais autorisé à nier à priori V action d'un agent médicinal ou d'un poison par cela seul que la chimie n'aurait pu ni le reconnaître ni le nommer.
Il n'y a donc aucun motif sérieux de nier l'action des doses usitées en homœopathie ; reste à savoir s'il est possible de l'affirmer.
L'expérience au lit du malade est seule capable de répondre ici, et c'est en son nom que les disciples de Hahnemann la proclament aujourd'hui d'un bout du monde à l'autre. On ne peut raisonnablement récuser leur témoignage.
(1) Annales d'Hygiène publique et de ni éd. légale. Paris, 1864.
Pourquoi donc ont-ils réussi dans cette épreuve alors que leurs adversaires échouaient? La raison en est bien simple. Ils ont réussi parce qu'ils ont su choisir leur médicament ; les autres ont échoué, parce qu'ils ne se sont pas donné la peine de remplir cette condition première. Or, tout est là. Si l'agent qu'on expérimente répond exactement à la loi des semblables, il guérira à doses infinitésimales, sinon il restera sans effet. Mais alors ce ne sera pas la doctrine qu'il faudra accuser, ce sera celui qui l'aura mal appliquée, parce qu'il en aura méconnu les plus simples préceptes.
Déjà, en 1835, un homme qui n'était point homœopathc, mais qui avait trouvé dans sa conscience assez d'impartialité pour prêtera l'œuvre de Hahremann le secours puissant de sa plume, Jourdan, s'exprimait ainsi : « Le temps « n'est déjà plus où les plaisanteries relatives aux doses ce infinitésimales pouvaient sembler d'assez bons arguments « contre l'homœopathie. Des faits incontestables sont là « qui doivent imposer silence au raisonnement pur. Ces ce doses minimes agissent, exercent môme une action puisce santé, surprenante. Le doute n'est pas permis à cet ce égard (i).»
Plus récemment, le professeur Imbert G-ourbeyre, défendant l'homœopatbie au sein même du palais des facultés de Glermont, s'écriait : a Nier la thérapeutique ce halnemannienne, c'est jouer gros jeu; car les homœo- « pathes sont en droit tout aussi légitime d'attribuer à la a nature les faits thérapeutiques affirmés par leurs adver- « saires... non-seulement la négation des doses infmité- « simales est une injure faite au bon sens scientifique, cernais elle devient la négation de toute la thérapeutique, ce quelle que soit la dose des médicaments employés, par
(1) V. Samuel Hahnemann, Traité de' matière médicale pure, traduit par Jourdan. Paris, 1835, t. I, préface du traducteur, p. C.
ce la seule raison que tous les arguments mis en avant a contre les doses homœopathiques sont tout aussi vala- « blés contre les doses traditionnelles (1). »
Choix de la dilution. — Nous sommes donc autorisés à poser comme un principe essentiel de l'administration des médicaments homœopathiques de les donner à doses infinitésimales, tout en faisant remarquer que toute l'échelle des dilutions peut être employée, et qu'il ne serait pas plus juste de prescrire toujours la trentième dilution que de s'en tenir constamment à la première. Les médecins homœopathes s'adressent à toutes, les choisissant en raison de l'acuïlé de la maladie, de la susceptibilité du malade et du plus ou moins d'expansibilité naturelle au médicament. Mais l'homme du monde ne peut être exposé à hésiter entre ces dynamisations multiples; il lui faut s'en tenir à un terme moyen, le seul qui soit abordable pour lui. Ce terme moyen se trouve aisément.
Composition d'une pharmacie. — Il faudra d abord, qu'il donne la plupart des médicaments en globules,
Fig. b. — Pharmacie homœopatbique à lubes verticaux.
Fig. 6. — Autre pharmacie à tubes couchés.
parce qu'il lui sera toujours facile de les doser exactement; deux médicaments seulement pourront être employés en teinture mère, je veux parler du Camphre et de
(1) Imbert-Gourbeyre, Lectures publiques sur Clermont-Ferrand, 18G5, p. 180.
V homéopathie.
l'Arnica. Les autres devront toujours être prescrits à un degré de dilution convenable.
S'agit-il d'une maladie aiguë, il faudra choisir une dilution moyenne :
la douzième par exemple; pourles maladies chroniques, il faudra recourir en général à la trentième.
Le premier soin de celui qui voudra pratiquer ainsi l'homœopathie domestique , devra donc être de se procurer une pharmacie portative convenablement disposée.
Celles dont il est ordinairement fait usage se composent d'une boîte recouverte en maroquin et divisée en compartiments aussi nombreux qu'on désire avoir de flacons. Ceux-ci sont placés verticalement (/fy. 5) ou couchés parallèlement {fi g. 6), portant sur leur longueur le nom de la substance qu'ils renferment, tandis que le numéro de la dilution {fi g. 7) se trouve écrit sur le bouchon. Quant au choix des médicaments destinés à entrer dans cet étui, il doit être en rapport avec les indications du livre dont on se sert. Avec le manuel de Héring, il faut posséder les substances suivantes (j'indique les dilu-
Fig.
— Fharmacie homœopathique à développement pour dilutions.
lions par un chiffre placé vis-à-vis du nom de chaque médicament) :
Aconitum
Antimonium crudum
Apium virus
Arnica en teinture mère et
Arsenicum
Aurum métal
Bary ta carbon ,
Belladonna
Bryonia
Calcarea carbon ica
Calendula teinture mère. . . .
Camphora teinture mère
Cantharides
Capsicum
Garbo vegetabilis
Causticum
Cepa
Chamomilla
China
Cina
Cocculus
Coffea
Coiocynthis
Crocus
Cuprum metallicum
Drosera
Dulcamara
Euphrasia
Ferrum
Glonoïn ,
Graphites
Hepar2i et 3e trituration. . .
Hyosciamus
Ignatia
Iodium 30
Ipecacuanha 9
Kali carbon 30
Lachesis 18
Lycopodium 30
Mercurius corrosivus 12
Mercurius solubililis. . . )2 et 30
Nitrum muriaticum 30
Nitri acidum 1S
Nux moschata 12
Nuxvomica... 12
Opium 6
Phosphorus 30
Phosphori acidum 18
Platina 30
Pulsatilla 12
Rheum ■.. 12
Rhus toxicodendron 12
Ruta 6
Sambucus 1 2
Sanguinaria.. 18
Secale 12
Sepia 30
Silicea 30
Spongia tosta 12
Stannum . 30
Staphysagria 24
Stramonium (Datura) 12
Sulphur 30 et 3fi trituration.
Tartarus emeticus 12
Thuja 12
Variolinum 18
Veratrum 6
Cette liste est complète; elle comprend môme des substances rarement employées : Cepa, Glonoïne, Hypericum, Rheum, Ruta, Variolinum. On fera bien cependant d'avoir les quatre premiers qui sont indiqués par le doc-
32 TUERAPEUTIQUE GENERALE.
teur Héring pour quelques maladies. Quant auvariolin, qui n'est autre chose que le pus de la variole, son emploi se rattache à une question trop controversée, celle de l'isopathie, pour qu'ilpuisse être déterminé autrement que par le médecin.
Le docteur Héring recommande avec raison de tenir la boite à médicaments dans un endroit sec ; de ne jamais changer les bouchons d'un tube sur un autre, et de ne pas conserver dans un même endroit les globules et les teintures mères, celles-ci répandant des émanations qui pourraient altérer les premiers.
Règles pour l'administration du médicament. —
Quant au mode d'administration, voici les règles auxquelles il faut s'astreindre :
1° Ne donner, comme je l'ai dit déjà, qu'un seul médicament à la fois ;
2° Le faire prendre dissous dans l'eau distillée, quand on peut s'en procurer, ou dans l'eau filtrée, si l'on n'a pas la première à sa disposition.
La préparation varie suivant qu'on se sert de globules, • de triturations ou de teintures.
Quelle que soit la forme dont on se sert, il faut d'abord se procurer un verre bien propre ou une fiole rincée avec soin, d'abord à l'eau chaude, puis à l'eau froide. Cette fiole ne doit jamais avoir servi à autre chose. On compte alors dans le vase le nombre de cuillerées d'eau qu'on veut y mettre, puis on ajoute les globules en proportion suffisante, après quoi on agite avec force jusqu'à ce que les globules soient fondus. Si le médicament est préparé dans un verre, on agite avec une cuillère d'argent; s'il est dans une bouteille, on se contente de la secouer.
Si la solution doit être conservée pendant plusieurs jours, il faut y ajouter quelques gouttes d'alcool rectifié et pur ou même une demi-cuillerée à café de bonne eau-de-vie. Sans cette précaution l'eau pourrait se corrompre,
Si le médicament est contenu dans un verre, il faut couvrir celui-ci avec une feuille de papier blanc ou avec une soucoupe.
Il est important que la cuillère dont on fait usage pour mesurer l'eau et pour administrer le médicament, soit bien propre et qu'on la change chaque fois que l'on changera de substance.
Il ne faut non plus mettre un second médicament dans un verre sans l'avoir bien nettoyé à l'eau chaude et à l'eau froide ; il vaut encore mieux changer de verre quand on change de médicament (1).
Quand on emploie une trituration, préparation dans laquelle le médicament est toujours en poudre, on la mesure avec une petite cuillère en os ou en ivoire, qui se trouve dans toutes les pharmacies portatives.
Pour les teintures, on les compte par gouttes ; si l'on craint de se tromper, il faut compter les gouttes dans une cuillère et ne les ajouter à l'eau qu'après être sûr de leur nombre.
Voici maintenant les proportions de liquide et de médicament auxquelles il convient en général de s'arrêter :
Doses. — Pour 8 cuillerées à bouche d'eau, 6 globules ou une petite cuillerée de trituration, ou 2 gouttes. On fait prendre aux adultes une cuillerée à bouche de ce mélange chaque fois; pour les enfants de 5 à 10 ans, on donne une cuillerée à thé, pour les enfants au-dessous de 5 ans, une cuillerée à café suffit.
Quand on traite un malade atteint de vomissements, un cholérique par exemple, le mode d'administration que je viens d'indiquer doit être abandonné, parce que le médicament serait promptement rejeté. Dans ce cas, on donne les
(l) J'ai vu des personnes qui avaient autant de fioles que de médicaments: chaque médicament avait la sienne. La précaution était bonne.
globules à sec sur la langue, si le malade possède assez de salive pour les dissoudre. Quand la bouche et la langue sont desséchées, on emploie les teintures, et alors on prend un petit morceau de sucre qu'on imbibe"de ces dernières, sans compter le nombre de gouttes. Le malade garde ce morceau de sucre dans sa bouche pendant quelques minutes, sans l'avaler, ce temps est suffisant pour que l'absorption se produise.
Si l'on n'a pas de teinture à sa disposition, il faut en préparer avec les globules dont on dispose. À cet effet, on met dans un petit ilacon une cuillerée à bouche d'eau et 10 globules ; on agite avec force jusqu'à complète dissolution. On ajoute alors une demi-cuillerée à bouche d'alcool ou de bonne eau-de-vie, et on agite de nouveau. Celte solution sert à imbiber le morceau de sucre dont je parlais tout à l'heure.
Olfaction. — Ce mode de solution peut aussi servir pour Yolfaction, procédé qu'il faut employer dans certains cas, lorsqu'il est impossible de recourir à un des modes d'administration que je viens d'indiquer. Cette olfaction, précieuse chez les enfants et chez les sujets Irès-impressionnables , consiste à faire respirer le médicament au malade. Pour être utile, il faut que le médicament se volatilise facilement; la teinture ou la solution alcoolique sont donc indispensables alors.
Répétition «lu médicament. — Le médicament ainsi préparé, il faut savoir à quels intervalles il convient de le répéter. J'ai dit déjà qu'il fallait chaque fois en donner une cuillerée à bouche, à thé ou à café, suivant l'âge du sujet. Dans les maladies aiguës, et il faut entendre par là les maladies accompagnées de fièvre et dont la marche est rapide, on doit donner d'abord une cuillerée de 3 en 3 heures. Dès que le malade va mieux, on éloigne les doses; d'abord de 4 en 4 heures, puis de 6 en 6 heures. On ne doit pas éloigner davantage.
S'agit-il d'une maladie rapide dans sa marche, comme le choléra, il faut répéter le médicament tous les quarts d'heure, éloignant aux demi-heures, puis aux heures à mesure qne le mieux se produit.
Dans les maladies chroniques, on sehorneà donner une cuillerée le malin et une le soir, ou si l'on juge à propos de faire prendre plusieurs globules à la fois, on les donne le matin, en les faisant dissoudre dans une simple cuillerée d'eau.
Un point très-important est que le médicament n'arrive pas dans l'estomac lorsque celui-ci "est rempli de boissons ou d'aliments. Pour ce faire, on a soin de le donner quelque temps après que le malade a bu ou manger.
Rien n'est plus facile dans le cas de maladie chronique ; car il suffit de donner la première cuillerée le matin, une heure au moins avant le premier repas, et le soir quatre heures après ce dernier, pour être sûr que la digestion était complète.
Il y a cependant certaines personnes dont la digestion est très-lente et qui ne peuvent la terminer en quatre heures. Pour celles-là, on donne la seconde cuillerée une heure avant le dîner, ou bien on se contente de la dose du matin, s'il est possible.
On est quelquefois un peu plus embarrassé pour les maladies aiguës, non pas àcause des aliments, puisque le sujet observe une diète absolue, mais à cause des boissons. "Si le malade est poursuivi par la soif, il prétendra souvent ne pouvoir attendre longtemps avant ou après sa cuillerée. Il faut savoir ici que l'absorption est rapide, de sorte qu'en donnant le médicament un quart d'heure avant que le malade ait bu ou un quart d'heure après, cela suffit. Ceci s'applique seulement au cas où il a été donné de la tisane; car si on avait fait prendre du lait ou du bouillon, il faudrait attendre une heure. Pour les enfants qui tètent, il convient de donner le médicament trois quarts
3 6 THERAPEUTIQUE GENERALE.
d'heure au moins après qu'ils ont pris le sein et autant avant.
Il est encore une circonstance où Ton peut être embarrassé, je veux parler de celle où l'on se trouve en présence d'an fumeur atteint de maladie chronique, et qui ne peut ou ne veut pas renoncer à ses habitudes.
Dans ce cas, il faut obtenir de lui qu'il prenne son médicamentle matin avant d'avoir fumé ; exiger qu'il attende une heure après, et qu'il n'en vienne à son cigarre ou à sa pipe qu'après avoir mangé quelque chose, ne fût-ce qu'un petit morceau de pain. En fumant aussitôt après avoir pris son médicament, il s'expose à en détruire l'effet.
Changement du médicament. — Le médicament étant
ainsi administré, reste à savoir pendant combien de temps on doit le continuer. Je suppose ici que le médicament a été choisi avec soin et qu'il est bien homœopathique à la maladie.
La règle est alors de le continuer jusqu'à ce qu'il y ait un changement notable dans l'état du malade.
Ici encore il convient de distinguer entre les maladies aiguës et les maladies chroniques, les modifications devant être rapides pour les premières et beaucoup plus lentes pour les secondes.
Dans le premier cas, deux circonstances peuvent se produire : le malade est ou soulagé ou aggravé. S'il est soulagé par la première cuillerée de médicament, il faut continuer jusqu'à ce que l'état soit assez modifié dans sa forme symptomatique pour qu'une autre substance se trouve indipuée. En général, on ne peut guère continuer le même médicament pendant plus de vingt-quatre heures au début, et plus de quarante-huit heures quand l'amélioration est déjà avancée.
S'il y a aggravation, il faut continuer néanmoins pendant douze heures au moins, c'est-à-dire jusqu'à la quatrième cuillerée inclusivement, attendre alors quelques heures
sans rien donner de nouveau. Si l'amélioration survient pendant ce temps de repos, c'est que Fexacerbation du mal était due à Faction primitive du médicament, alors on ne donne pas d'autre dose tant que l'amélioration continue. Dès qu'elle s'arrête, on interroge le malade à nouveau, parce que, son état s'étant modifié, il faut passer à une autre substance. On choisit cette dernière en suivant les préceptes indiqués plus haut, et on la donne avec les précautions que je viens d'énumôrer.
Mais si l'amélioration ne se produit pas, c'est que le médicament était mal choisi et que la maladie marche. Il ne faut pas alors attendre plus de vingt-quatre heures avant de donner un autre agent mieux approprié.
Dans les maladies chroniques, on donne en général le même médicament pendant huit jours. Si l'amélioration est manifeste au bout de ce temps, on peut continuer pendant huit autres jours, mais en changeant la dilution, ou bien, si le sujet est impressionnable, on doit le laisser reposer pour recommencer ensuite. Il ne faut jamais changer de médicament sans laisser réagir le sujet au moins pendant quelques jours.
Telles sont les règles générales auxquelles il convient de se soumettre pour le mode d'administration des médicaments homœopathiques, celles auxquelles il conviendra de s'astreindre dans les maladies sur lesquelles aucune iûdication spéciale ne sera donnée. Lorsqu'il faudra les mo difier, nous l'indiquerons à la lin de l'article consacré au traitement de l'état morbide pour lequel ce changement sera nécessaire.
§ 4. — Régime alimentaire.
Le régime alimentaire n'est pas le même dans les maladies aiguës et dans les maladies chroniques.
Régime dans les maladies aiguës. — La diète est tûUl
d'abord de rigueur. Il faut donner au malade des bois-
Héring. — Méd. Hom. 3
3 8 THEBAPEUTIQUE GÉNÉRALE.
sons dont il sera parlé plus loin (moyens accessoires) ; mais on doit lui interdire toute espèce d'aliment aussi longtemps que dure la fièvre. C'est là le précepte général.
Ce précepte toutefois souffre quelques exceptions. Si la maladie est légère, que la fièvre ne soit pas ardente, la diète ne peut se prolonger longtemps. Je conseillerai néanmoins de l'imposer pendant les premières vingt-quatre heures. Ce terme passé, ou il y aura une amélioration très-sensible, et alors il faudra peu à peu revenir à l'alimentation, en commençant par des potages durant encore vingt-quatre heures, pour en venir ensuite au poisson et au poulet, et enfin au régime habituel. Si la maladie s'aggrave, il faudra appeler le médecin, auquel il appartiendra de fixer l'alimentation ; la diète sera sévèrement maintenue jusqu'à son arrivée.
On rencontre souvent dans la pratique des sujets naturellement faibles, dont l'estomac s'accommode mal d'une abstinence absolue. Pour ceux-là, on doit se départir d'une trop grande rigueur ; mais il suffit de leur donner un peu de bouillon de bœuf ou de poulet pour ne pas les laisser tomber dans la faiblesse (1).
Le régime est aussi relatif à la maladie. Par exemple l'abstinence est nécessaire dans les inflammations franches ; elle doit être moins rigoureuse dans les maladies typhoï-
(1) On ordonne, comme bouillons, celui de poulet, quelquefois de veau ; le thé de bœuf et le bouillon de malade.
Tout le monde sait préparer les deux premiers, mais il n'en est pas de même des deux autres.
Le thé de bœuf est une boisson fort employée en Angleterre et dont l'usage tend à se répandre dans notre pays, il se fait de la manière suivante. Prenez 500 grammes de chair de bœuf sans os et sans graisse, hachez menu, ajoutez un litre d'eau froide et chauffez jusqu'à ébulition. Celle-ci ayant duré quelques minutes, passez, salez et faites refroidir. Le thé de bœuf se boit chaud ou froid, au goût des malades. Pour le Bouillon de malade, prenez 250 grammes
des, lesquelles entraînent toujours après elles une grande faiblesse. Dans les fièvres intermittentes, il faut laisser manger le malade entre ses accès et lui donner même des aliments nourrissants. Toutes ces nuances ne peuvent être appréciées que par le médecin.
En général, deux caractères doivent servir de guides dans les prescriptions à faire sous ce rapport : l'intensité de la fièvre et le degré d'appétit manifesté par le malade. Tant que la fièvre est intense, il ne faut permettre aucune nourriture sans l'autorisation du médecin ; si la fièvre diminue, et que le malade montre néanmoins de la répugnance pour les aliments, il ne faut pas lui faire violence, mais respecter cette répulsion instinctive.
Régime des maladies chroniques. — Un principe
général le domine : c'est de ne laisser prendre au malade aucun aliment capable de troubler et, à plus forte raison, d'annuler l'action des médicaments. De là des proscriptions formelles relatives à certains aliments.
Aliments strictement défendus. — 1° Viandes, celles
dont la digestion est difficile : viande de porc frais, d'oie ; celles dont la préparation exige des condiments relevés, et le plus souvent médicamenteux ; les viandesfumées, salées, le gibier mariné (lièvre, cbevreuil, etc.), toute espèce de charcuterie.
2° Poissons, ceux qui n'ont pas d'écaillés : anguille, lamproie, homard, langouste, etc., lesquels doivent être prohibés pour deux raisons : à cause de la difficulté avec laquelle ils se digèrent et aussi à cause de la sauce qui les accompagne forcément.
de viande maigre hachée, versez un litre d'eau bouillante préalablement salée, passez après refroidissement. Ce bouillon peut être également bu chaud ou froid.
La gelée de viande est souvent employée dans les convalescences, tout le monde sait la préparer; il en est de même des gelées de fruits, moins souvent prescrites.
3° Légumes : les choux, l'oseille, le céleri, le raifort, toute espèce de légumes crus : artichauts, concombres, salades.
4° Aliments composés, ceux dans lesquels il entre, à titre de condiments, de l'ail, de l'oignon, du poivre, du vinaigre, de la moutarde, du safran, de la muscade, du gingembre, ou, à titre d'aromates, de l'écorce d'oranges amère?, des feuilles de laurier, des amandes amères, du thym, etc.
La pâtisserie sera toujours d'un usage exceptionnel, en raison de sa préparation et parce que peu d'estomacs la supportent.
5° Fruits, les fruits rouges acides seront prohibés ; j'entends par là les groseilles et les cerises aigres. Les pommes crues sont aussi rarement convenables. On peut faire usage des autres fruits, pourvu que l'estomac les supporte.
6° Fromages, les fromages ne peuvent non plus trouver place dans une alimentation régulière.
7° Boissons : les vins blancs, les vins de liqueur : xérès, madère, etc. ; les vins capiteux ; Champagne, etc., toute espèce de liqueurs alcooliques : eau-de-vie, rhum, absinthe, chartreuse, etc., le café noir et l'infusion de thé vert. — Toutes les eaux minérales, dont l'usage tend à se répandre comme habitude : eaux de seltz, de Renaison, etc.; l'eau glacée.
Aliments permis. — 1° Viandes : toute viande de boucherie : bœuf, mouton, veau; la volaille : poulet, canard, etc.; le gibier volant, qu'on peut manger sans qu'il soit faisandé : perdrix, cailles, faisans, etc.
2° Poissons : les poissons frais d'eau douce ou de mer, les huîtres fraîches.
3° Légumes : tous, excepté ceux qui ont été indiqués comme défendus, donc la pomme de terre, les pois et les haricots verts, les haricots en grains, les choux-fleurs, les artichauts cuits, les épinards, la laitue, la chicorée
cuite, etc., les asperges à la sauce Manche, pas à l'huile et au vinaigre; le riz, les fécules et toutes les préparations qui en ressortent : vermicel, semoule, arrow-root, sagou, etc.
4° Fruits : les cerises douces, les fraises, les abricots, les pêches, les raisins de treille, les poires, les pommes de choix (les pommes seront toujours plus faciles à digérer cuites que crues), les melons, etc.
5° Lait et œufs, le laitage, le beurre les fromages à la crème, les fromages salés, mais doux, les œufs sous toutes les formes.
6° Boissons, le mieux sera de faire usage de vin rouge coupé d'eau filtrée.
Le café au lait et l'infusion de thé noir sont tolérés par quelques praticiens; il faut les prohiber à moins qu'une longue habitude n'enimpose l'usage.
Il est bien entendu qu'il faudra toujours choisir dans cette longue liste les aliments dont la digestion est le plus facile. Sous ce rapport, les viandes de bœuf et de mouton seront préférées à celle des jeunes animaux, par conséquent au veau et à l'agneau. Certains estomacs digèrent mieux les féculents que les légumes herbacés, d'autres ne supportent pas les fruits.
Influence «les habitudes et régime ordinaire. —
Il faut tenir compte sous ce rapport de l'expérience du malade et de ses habitudes. Dans certains départements, par exemple, la viande de boucherie est rare et la volaille très-abondante, de sorte que les habitants sont accoutumés à une nourriture légère qu'on ne pourrait facilement modifier.
Certains ordres religieux ont aussi un régime spécial,
d'où résulte pour les organes digestifs des habitudes qu'il
faut respecter, car elles deviennent, par l'usage, une
nécessité physique en même temps qu'elles sont une obli-
j gation morale.
hl THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE.
On rencontre par opposition, et bien plus souvent il faut en convenir, des malades ayant des habitudes d'excès, dans lesquelles la mortification n'a aucune part, et dont les effets sont plus redoutables et plus nombreux. Celui-ci fume outre mesure, celui-là ne peut se passer d'eau-devie ou d'absinthe, etc., de là de nombreuses difficultés pratiques.
Quel compte faut-il tenir de ces habitudes? En fait, il y a ici usage de substances excitantes, et pour le tabac, le café et l'absinthe, usage de véritables médicaments, oa peut même dire, pour la dernière substance, d'un vérita- : ble poison dont les effets ne se constatent que trop souvent. Il faut donc être inflexible pour elle et en exiger la suppression, quitte à la remplacer momentanément par l'eaude-vie ou par le rhum, qu'il faudra ensuite faire abandonner au bout de quelque temps.
Pour le café noir, il faut d'abord en diminuer la dose et arriver peu à peu à sa suppression. — Il faut aussi diminuer la quantité de tabac consommée chaque jour, et obtenir du malade qu'il fume par l'intermédiaire d'un bout d'ambre et qu'il n'avale pas la fumée, comme le font quelques amateurs émérites.
On ne peut se dissimuler toutefois que ces tolérances sont de véritables obstacles à la libre action du médicament, de sorte que le malade désireux de guérir promptement devra employer tous ses efforts à en faire peu à peu le sacrifice. Je dis peu à peu, parce qu'il ne serait pas toujours sans inconvénient de se séparer brusquement d'anciennes habitudes, en raison de la perturbation qui en résulterait pour l'économie.
Tel est le régime homœopathique auquel on a voulu faire honneur de toutes les guérisons obtenues par les disciples de Hahnemannet par ce maître illustre, prétention qui tombe devant une simple réflexion : Si le régime' est si puissant, pourquoi nos adversaires n'en font-ils pas usage ?
Ne vaudrait-il pas mieux l'imposer avec rigueur que de martyriser les malades avec des vésicatoires, des cautérisations, des purgatifs et des saignées? S'il ne suffît pas entre leurs mains, pourquoi serait-il plus utile dans les nôtres ? Il y aurait là au moins une différence quil faudrait expliquer. Qu'on en convienne donc, si les précautions hygiéniques sont si utiles à ceux qui se traitent par l'homceopathie, c'est que ceux-ci y ajoutent des médicaments puissants dans leurs effets, directs dans leur action.
Ce régime, au surplus, n'est point aussi absolu qu'on veut bien le dire : l'exigence des professions d'une part, et, de l'autre, certaines considérations, peuvent le faire varier.
« Quant à ce qui concerne le régime, dit ïïahnemann, « les hommes de toutes les classes qui veulent se débar- « rasser d'une maladie chronique doivent s'astreindre à « quelques privations. Si cette maladie ne consiste point « en affections du bas ventre, il n'est pas nécessaire « d'imposer des restrictions trop sévères aux personnes « des classes inférieures, principalement lorsqu'elles peuu vent continuer d'exercer leur profession et de se livrer « aux occupations qui mettent leur corps en mouvement, a Le pauvre peut guérir en mangeant du sel et du pain ; « chez lui l'usage modéré des pommes de terre, des bouil- « lies, des fromages frais, ne met point obstacle à la gué- « rison, pourvu qu'il soit plus avare d'oignons, de poivre «pour relever le goût de ses maigres aliments.
« Ce qu'il y a de plus difficile, pour le médeciu homœo- « pathiste, poursuit notre maître, c'est de régler les bois- « sons. Le café exerce sur la santé de l'âme et du corps « la plupart des fâcheux effets que j'ai énoncés dans ma « petite brochure sur l'usage de cette liqueur (1) ; mais il a est tellement passé en habitude, il est devenu un besoin a si impérieux chez la plupart des nations dite civilisées,
(1) Hahnemann, Des effets du café, in Études de médecine homœopathique, i« série. Paris, 185S. n. fi(Hi-fi39.
U THERAPEUTIQUE GENERALE.
« qu'on ne parviendrait pas plus à le supprimer qu2à «extirper les préjugés et la superstition. Le médecin « homœopathiste ne peut donc point songer à l'extirper a d'une manière générale et absolue dans le traitement « des maladies chronique^.
« On peut en dire autant du thé, qui, tout en flattant le « système nerveux, y porte sourdement une atteinte à la « fois si profonde et si débilitante (1). »
C'est dans de pareilles limites que Hahnemann renfermait les concessions qu'il croyait devoir accorder aux nécessités de la position sociale et à l'influence d'habitudes invétérées ; nous aurions mauvaise grâce vraiment à nous montrer plus rigoureux que le maître, et nous serions mal autorisés à ne voir dans un traitement homœopathique que le résultat de l'hygiène et non l'effet réel et positif des médicaments.
§ 5. — Moyens accessoires.
Tisanes. — Elles comprennent toutes les boissons qu'on peut offrir à un malade pour étanchersa-soif. Enhomœopathie, le grand point est de n'en permettre aucune qui puisse être assez active pour troubler l'action des médicaments.
On peut choisir toutefois, entre quelques solutions, quelques infusions de -fleurs de mauve ou de violette, les décoctions de riz, d'orge, de gruau et certains sirops.
Solutions. — La seule tisane qui se prépare par solution, c'est Veau gommée.
Eau gommée.
On prend :
Gomme 15 grammes.
Eau r i. 1 litre.
(I) Hahnemann, Doctrine et traitement homœopatiques des maladies chroniques. Paris, 1846, t. I. p. 151.
On lave la gomme à froid, on fait dissoudre également à froid, on passe à travers un linge et on sucre au goût du malade.
infusions. — Elles se font comme le thé.
Infusion de violette (fig. S) et de mauve (fi g. 9).
Fleurs de violette ou de mauve. 10 grammes, Eau 1 litre.
Fig. 8. — Violette. — Noins vulgaires : fleur de Carême, Violette de Carême, V. de mars, V. odorante, Violier commun. — Habitai • les bois et les haies. — Floraison: de mars à mai. — Parties employées: racine, fleurs. — Récolte des fleurs : au commencement de la floraison, par un* temps sec. — Récolte des racines: en automne. — Conservation: on sépare du calice les pétales, on les monde, on les fait sécher au soleil couvertes de papier, la dessiccation leur donne une oouleur d'un beau bleu ; on les enferme encore chaudes et friables dans des boîtes de bois ou dans des flacons bien secs que l'on bouche et que l'on place à l'abri de la lumière et de l'humidité. —
On jette sur ces fleurs un litre d'eau bouillante, on laisse infuser.
Ces tisanes doivent être bues ebaudes et sucrées avec du sucre.
Décoctions. — On fait bouillir 15 grammes de riz, d'orge ou de gruau avec plus d'un litre d'eau qu'on laisse réduire à un litre. On passe et on sucre ; la décoction
de racine de guimauve peut être également employée.
Fig. 9. — Mauve. — Noms vulgaires: Beurret, Fromageon, Herbe de Saint- Simon, H. à fromage, Grande Mauve, mauve commune, M. sauvage. — Habitat •' lieux incultes, haies, décombres. — Parties employées: feuilles, fleurs, et quelquefois, à l'état frais, racines. — Floraison : presque tout l'été. — Récolte des feuilles : en juin et juillet. — Récolte des fleurs '• en été. — Conservation des fleurs : on les sèche au soleil.
Sirops. — L'homœopathie n'ordonne que ceux de cerises, de framboises, d'oranges et de gomme ; toutes les maîtresses de maisons savent les préparer.
L'homœopathie accepte l'usage de deux autres boissons: le lait de poule et l'eau albumineuse.
Lait de poule.
On délaye un jaune d'œuf dans un verre d'eau chaude et on sucre. Il ne faut jamais y ajouter d'eau de fleurs d'oranger.
Eau albumineuse.
On délaye et on bat quatre blancs d'œufsdans un litre d'eau, et on sucre au goût du malade.
Lavements. — On doit les employer seulement pour provoquer les garde-robes s'il existe de la constipation, ou pour soulager l'intestin dans le cas de diarrhée rebelle; aussi se sert-on plus souvent d'un lavement simple composé seulement d'eau tiède.
S'il ne suffit pas, on recourt au lavement d'eau de son,
Fig. 10. — Lin. Habitat: sponlané dans les champs, cultivé en. grand. — Floraison; en juillet et août. — Parties employées: graines. — Récolte: en aulomne.
de graine de lin {fig. 10), d'huile, de gros miel, de lait et de miel.
Lavement d'eau de son.
Il s'obtient en faisant bouillir une grosse poignée de
son dans un demi-litre d'eau. On passe ensuite le liquide dans un linge fin.
Lavement de graines de lin.
En faisant bouillir, pendant un quart d'heure, une cuillerée à bouche de graines de lin dans un demi-litre d'eau; on passe aussi ce liquide avant de l'administrer.
Lavement d'huile.
On ajoute deux cuillerées à bouche d'huile d'olive dans
F.g. il.— Guimauve officinale. — Nom vulgaire : Althéc. — Habitat: les lieux frais et humides, les terres fraîches, légères et profondes. — Floraison: de juin à septembre. — Parties employées : feuilles, fleurs, racines. — RécoUe des feuilles: en juin, avant la floraison. — Révolte des fleurs: en juillet. — Récolte des racines: en septembre- — Conservation des fleurs: ou les sèche à l'umbre et on les conserve dans des sacs à l'abri de la lumière et de l'humidité. — Conservation des racines: on les lave, on les blanchit en les dépouillant de leur écorce, on les coupe, on les fait sécher, on les enfile, on les suspend dans un lieu sec. — Propriété: émolliente.
un demi-litre d'eau de graine de lin. — On peut remplacer cette huile par 60 grammes de gros miel. Dans le lavement aulaitet au miel, le lait remplacel'eau de graine de lin. On fera bien de faire dissoudre le miel dans un peu d'eau avant de l'incorporer au lait.
On peut encore préparer des lavements avec de la racine de guimauve (fig. i\) et du son, du gruau ou de Forge si on le juge à propos.
Lavement d'amidon.
On emploie aussi, dans le cas de diarrhée, des./aw?ments d'amidon.
On prend, à cet effet, 45 grammes (une cuillerée 'à bouche) d'amidon pulvérisé et on les délaye dans un verre d'eau froide, auquel on ajoute ensuite deux verres d'eau chaude, et on agile le mélange.
Lavements alimentaires.
On peut enfin être obligé de donner des substances alimentaires en lavements, alors que l'estomac ne peut rien supporter. Les lavements de bouillon sont les plus usités en pareil cas. Toutefois, comme ces lavements, dits alimentaires, ne se prescrivent que dans les maladies les plus graves, c'est toujours au médecin à les ordonner.
Quel que soit le mode de composition d'un lavement, il ne faut jamais le donner à une température élevée; on ne doit pas dépasser 20 à 25° centigrades. Les lavements froids sont souvent très-utiles dans le cas d'atonie de l'intestin.
Cataplasmes. — Le cataplasme a été défini : un bain local et prolongé (1); ce qui indique son utilité et fixe la limite de son emploi.
Parmi les cataplasmes dont il est fait usage ordinairement, l'homceopathie n'emploie que ceux dont l'action se
(1) Sl-Vincent, Nouvelle médecine des familles à la ville et à la campagne, Paris, 18CC, p. 89.
borne à l'indication précédente, c'est-à-dire les cata-
Fig. 12,— Cataplasme mis à nu. Fig. 13. — Cataplasme entre deux linges.
plasmes de graine de lin, de mie de pain, de son, de fécule
Fig. 14. — Bandage de corps.
de pommes de terre, de riz, d'orge; de pulpe de pommes et de feuilles émollientes.
Cataplasme de farine de graine de lin.
On se borne à délayer cette farine avec de l'eau chaude de manière à en faire une pâte. On étend celle-ci sur un linge fin ou sur une grosse mousseline dont on relève les bords, et on l'applique sur la partie malade. Tantôt on met la pâte à même sur la peau (fig. 12), le plus souvent on la renferme entre deux linges (fig. 43).
En général, il ne faut pas que le cataplasme soit trop chaud, autrement il brûle la peau, ce qu'on ne lui demande pas.
Pour éviter qu'il se refroidisse, on le recouvre d'un morceau de taffetas gommé, puis on le fixe avec une bande
Jg. 15. — Application d'iiu bandage sur la cuisse, face latérale.
Fig. 16. — Application d'un bandage la cuisse, face antérieure.
ou avec une serviette. Ce n'est pas toujours là le plus facile. Si l'on retient en effet aisément un cataplasme sur l'estomac ou le ventre, il n'en est pas de même quand il
doit être appliqué sur la poitrine, sur la joue ou sur la cuisse, pour peu surtout que le malade soit agité. Sur la poitrine (fig. 14) on le maintient avec une serviette, à laquelle on fixe des bretelles en linge, lesquelles s'attachent devant et derrière en passant sur les épaules, et empêchent le cataplasme de glisser. Sur la cuisse on se sert d'une bande (fig. 15 et 16) ou d'un mouchoir; sur la joue d'une mentonnière.
Cataplasme de mie de pain, de fécule.
Ils se préparent en faisant une pâte épaisse avec du pain rassis pour le premier et de la fécule pour le second. Gomme excipient on se sert d'eau simple, de lait, d'eau de guimauve pour le premier, d'eau pour le second. La fécule doit être dissoute à froid, sans cela elle ferait de"s grumeaux.
Pour le riz, le gruau, l'orge, on les fait crever dans de l'eau et on les réduit en pâte. Ces. cataplasmes sont rarement employés, on préfère la fécule, qui se manie plus facilement et agit de même.
Cataplasme de pulpes de pommes de reinette.
On a recommandé des cataplasmes de pulpes de pommes de reinette; c'est une espèce de compote sans sucre. Il n'y a point d'objection contre eux.
Cataplasme de feuilles de mauve, de poirée ou de laitue.
Il en est de même de ces cataplasmes que l'on prépare en faisant bouillir ces feuilles de manière à en faire une sorte de pâte ou de purée.
On comprend qu'il ne soit pas nécessaire, dans une ville, de savoir qu'on peut choisir au milieu de tous ces cataplasmes, mais à la campagne on peut être privé de graine de lin ou de fécule, tandis qu'on aura toujours sous la main du pain rassis, ou quelqu'une des feuilles dont je viens de parler.
Quant aux cataplasmes astringents, narcotiques, maturatifs, etc., on ne doit jamais en faire usage, le médicament qui s'y trouve pouvant être absorbé par la peau et venir troubler l'action des médicaments komœopathiques.
Sinapismes. — Peut-on,avec l'homœopathie, faire usage de sinapismes? Celte question a été diversement résolue. Les sinapismes ayant pour effet de déterminer une vive rougeur de la peau, par conséquent une action perturbatrice, beaucoup les ont proscrits. Cependant leur action est passagère ; on l'a trouvée favorable dans quelques cas de convulsions et de congestions des organes internes, du cerveau ou du poumon, et bien souvent les malades les réclament, ou ceux qui les entourent en posent, en attendant le médecin.
Je n'ai pas remarqué qu'une semblable application troublât l'action de nos médicaments. Cependant, comme il y a des sujets pour lesquels le sinapisme est une épreuve, je crois qu'il ne faudra point en faire usage sans l'avis du médecin. On pourra toujours les remplacer, en attendant, par un cataplasme de graine de lin bien cbaud.
Chezles enfantson se trouvera mieuxencored'envelopper les pieds et le bas des jambes avec une carde de ouate recouverte de taffetas gommé, ce qui ne tarde pas à amener une vive cbaleur et une sueur abondante.
Fomentations. — Elles remplacent les cataplasmes avec avantage, lorsque, la partie malade étant très-douloureuse, le patient ne peut supporter le poids d'une coucbe épaisse de farine de graine de lin ou de fécule.
La fomentation consiste en une infusion ou une décoction dans laquelle on trempe un morceau de flanelle plié en double. Ce morceau de flanelle ainsi mouillé est appliqué à la place du cataplasme.
On pourra employer de cette manière l'eau de racine de guimauve, de laitue, môme de graine de lin, mais plus
rarement. Les fomentations à la racine de guimauve sont les plus utiles.
Gargarismes. — Les malades en réclament parfois lorsque la gorge les fait souffrir; il ne faut jamais permettre qu'ils soient médicamenteux. Ils ne doivent en effet avoir d'autre but que de faire un bain local.
Le mieux est que le malade se gargarise avec la tisane dont il se sert pour étancher sa soif.
Collyres. — Il en est de même des collyres dont il est fait un si fréquent usage dans les maladies des yeux et que nous repoussons dès qu'ils sont préparés avec un médicament actif. Le collyre ne doit pas être plus qu'un bain local, et, par conséquent, se composer d'infusions ou de décoctions sans activité thérapeutique. L'eau de fleurs de sureau, de laitue, de guimauve, sont les plus employées; le mieux est, en général, de se servir simplement d'eau ordinaire froide ou tiède.
On a proposé quelquefois de se servir du médicament prescrit à l'intérieur et dilué d'après les procédés homœopathiques. Ainsi on a fait des collyres à la sixième dilution de belladone, tandis qu'on donnait ce même médicament à l'intérieur.
Cet emploi externe des médicaments dynamisés est un fait exceptionnel ; c'est donc au médecin seul qu'il appartient de Je prescrire.
L'œil est baigné dans une petite coupe oblongue qu'on
appelle œillère (fig. 17); on peut parfois la
remplacer par une simple compresse mouillée
et appliquée sur les paupières.
Injections. — On en fait dans le nez, lorsque
Fig. 17.- les narines sont obstruées par des croûtes, dans
les oreilles dans le cas d'inflammation ou
d'écoulement; les femmes enfin en font un grand usage.
Celles du nez et de l'oreille se pratiquent avec une petite seringue en verre (fig. 18).
Les autres avec les irrigaieurs en usage aujourd'hui et qui ont les formes les plus variées. (f \H\, y'IH
Ce qui importe surtout, C'est de ne pas Fi&- 1S- - Seringue à olive pour injections 7 l dans 1 oreille.
se servir de liquides
qui puissent être nuisibles soit à la maladie, soit à l'action du médicament qui est donné à l'intérieur.
L'eau de son, de guimauve, de mauve, les décoctions de gruau, de riz, sont les seules dont on doive faire usage en dehors des prescriptions du médecin.
Bains. — Ils sont parfois très-utiles; mais leur emploi exige des précautions nombreuses dont il ne faut pas se départir.
Les bains peuvent être froids, tièdes ou chauds. Le bain froid se prend dans une rivière , c'est-à-dire dans un endroit où l'eau soit courante. Il est toujours dangereux de se plonger dans l'eau stagnante d'un étang ou d'une mare.
La précaution ici est de ne pas se mettre dans l'eau lorsque le corps est en sueur ou quand la digestion n'est pas complète.
Les bains froids, considérés comme agents de guérison, doivent être prescrits par le médecin, autrement ils rentrent dans les moyens hygiéniques dont il sera parlé plus loin.
Hydrothérapie. — Quant aux procédés de l'hydrologie, on ne doit pas en user non plus sans conseil. Toutefois, leur emploi se généralisant chaque jour davantage, j'entrerai ici dans quelques détails qui pourront être utiles.
Il y a en effet une hydrothérapie compliquée, qui ne peut se faire que dans des établissements spéciaux ; mais il existe aussi une hydrothérapie des familles, qui s'exécute dans un grand nombre de ménages et dont les procédés,
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fort simples du reste, varient depuis la lotion d'eau froide jusqu'aux douches qu'on se donne soi-même avec des appareils ad hoc,
liotions. — Pour la lotion d'eau froide, il suffit de promener rapidement une éponge de la tète aux pieds. On commence par le front, le visage, le cou, le dos et la poitrine, les membres supérieurs. Il faut toujours agir de haut en bas, afin d'éviter que le sang se porte à la tête.
On s'essuye de suite et rapidement avec un linge un peu rude, on se frotte avec un gant de crin (flg. 19), ou avec une brosse (flg. 20) de manière à rougir la peau; puis on
Fig-, 19. — Gant en crin de Lardit Fig. 20. — Brosse en caoutchouc vujpour frictions. ganisé de Galante, pour frictions.
s'habille et on se donne un peu d'exercice, soit par une promenade à pas pressés, soit par toute autre occupation exigeant quelque effort. Une fois la réaction obtenue, on rentre dans la vie ordinaire.
Douches. — Pour les douches, le procédé primitif, élémentaire, consiste à placer le sujet dans un baquet, tandis qu'une autre personne, montée sur une chaise, lui verse l'eau sur la tête et sur les épaules avec un arrosoir muni de sa pomme, quand on veut une douche en pluie, ou privé de cet accessoire quand on désire une douche à gros jet.
Ce procédé, suffisant pour le but qu'on veut obtenir, est généralement remplacé dans les familles aisées par un appareil pour lequel l'intervention de personnes étrangères est inutile.
Dans l'appareil Bouillon-Muller (fig. 21) on remplit d'eau le bassin supérieur, et avec une corde on tire une
Fig. 21. — Doucheuse eu pluie avec sa moufle et sa corde et bassin hydroihérapique (Bouillon-Muller).
soupape qui permet à l'eau de couler en passant par une large pomme d'arrosoir. L'eau tombe dans un bassin où le malade se tient debout.
THERAPEUTIQUE GENERALE.
Dans l'appareil de Lardit (fig. 22), la pompe sert à élever Peau dans Je réservoir lorsque le robinet supérieur est ouvert, et le robinet inférieur fermé; et sert à vider le bassin lorque le robinet supérieur est fermé et le robi-
Fig. 22. — Bain de pluie à pompe (Lardil).
net inférieur ouvert. Le cordon sert à donner issue à l'eau qui tombe en pluie du réservoir. Le tube en caoutcbouc fixé au robinet inférieur, outre qu'il est utile pour vider le bassin, sert aussi à donner des doucbes à douze ou quinze
pressions, au moyen de la pompe et de la pomme d'arrosoir qui le termine.
Ces appareils peuvent être enveloppés de rideaux, comme on le voit dans l'appareil Lécuyer (fig. 23). Le
Fig. 23. — Appareil Lécuyer pour douches en pluie.
service de cet appareil se fait en versant de l'eau dans le grand bassin du bas, et en la faisant monter dans le réservoir du haut à l'aide de la pompe ; une soupape qu'on
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ouvre, en tirant un cordon, donne ou arrête l'eau à volonté. Cette eau tombe en pluie en passant par la pomme d'arrosoir, laquelle est montée à vis et peut être remplacée au besoin par un tube en caoutchouc terminé par un jet ou par une petite pomme d'arrosoir pour les douches locales. On fait aussi des additions de un ou plusieurs tuyaux cintrés, percés de petits trous et dont on enveloppe le corps, pour bains de ceinture.
Un moyen plus simple encore est Yéponge américaine,
Fig. 21.— Douche en pluie avec l'éponge américaine de Lardit.
dont les figures 24 et 25donneDt une idée complète.
Quelque soit le moyen dont on se sert, il ne faut jamais prolonger les douches plus d'une ou deux minutes; on so
Fig. 25. — Éponge américaiue et bassin bydrotherapique de Bouillon-Mullcr.
frotte vivement ensuite et on prend l'exercice nécessaire pouramener une franche réaction. D'où il suit que l'emploi de l'eau froide doit être refusé à toute personne chez laquelle la circulation manque d'activité et la chaleur revient pénihlemcnt.
Bains tièdes. — Ils sont d'un usage plus général. Dans les villes, on les demande à des établissements spéciaux, il n'en est pas de môme à la campagne. Aussi a-t-on inventé une foule de moyens pour chauffer l'eau dans laquelle on doit se plonger.
Le plus simple est l'appareil Lécuyer qu'on place dans la baignoire remplie d'eau froide (fig. 20).
*>i THERAPEUTIQUE GENERALE.
C'est une espèce de fourneau à circulation interne et concentrée, qui se chauffe avec du charbon de bois, et
I ig. 26. — Appareil Lecujcr pendaol le chauffage.
dans l'intérieur duquel se trouve un double corps rempli d'eau.
Quand le bain est chaud, on retire l'appareil et on le place sur une planche à l'extrémité de la baignoire (fig. 27).
De cette façon, on peut utiliser son eau pour réchauffer le bain, et aussi pour chauffer le linge.
Les bains tiédes doivent avoir de 25 à 32° centigrades. On ne doit pas y entrer trop brusquement si Ton veut éviter un moment de suffocation. Leur durée varie d'une demi-heure à une heure. Au moment où Ton en sort, il faut éviter avec soin de se refroidir. L'usage du linge chaud ost la meilleure précaution à prendre à cet effet. Quant aux intervalles auxquels il convient de répéter les bains, ils varient suivant les sujets. On recommande en général, à titre de propreté, deux bains par mois : quelques per-
sonnes peuvent en prendre toutes les semaines; dans certaines maladies, on peut en donner tous les jours; mais
)■':?. il. — Appareil Lecuyer apris le chauffage.
ils doivent alors n'être pas prolongés. Le médecin seul peut décider de cette fréquence.
Quant a la composition des bains, riiomo'opalliie n'admet que le bain simple, de son, d'amidon et de gélatine; elle proscrit les bains médicamenteux. Les bains salés seuls ont trouvé grâce devant quelques praticiens,, mais tous ne les adoptent pas, le sel marin, absorbé en cette circonstance, pouvant toujours, selon eux, avoir un effet médicamenteux.
Bain de son.
Le mieux est de placer dan-* la baignoire un petit sac qui en soit rempli.
Bain d'amidon.
Il se prépare en faisant dissoudre 1 kilogramme d'amidon dans l'eau du bain.
Bain de gélatine.
On en délaye 500 grammes dans 2 ou 3 litres d'eau très-chaude, et on ajoute cette solution à l'eau du bain.
Bains locaux. — A côté des bains généraux il y a des. bains locaux ; c'est-à-dire le bain de siège, de pieds ou de mains. Leur composition ne diffère pas de celles des premiers.
Bains de siège. — La meilleure manière de prendre le bain de siège est de se servir d'une baignoire particulière (fig. 28).
Fig. 23. — Bain de siège.
Bains de pieds (pédiluve) et bains de mains (manu-
luve). — On se sert d'un petit baquet.
L'immersion des pieds ou des mains ayant pour but d'amener une congestion de ces parties, il faut que l'eau soit aussi chaude que possible. Pour cela on commence par
plonger les membres dans de l'eau tiède à laquelle on ajoute successivement de l'eau bouillante, jusqu'à ce que la cbaleur soit telle que le malade ne puisse en supporter davantage.
Il faut toujours ici agir avec prudence, ces moyens n'étant que d'un effet très-accessoire et momentané, tandis que les brûlures que l'on peut occasionner sont souvent dangereuses.
Bains de vapeur. — Si le malade ne peut se lever, on double son lit d'une seconde paire de draps, et on soulève les couvertures avec des cerceaux (fig. 29), de manière à
Fig. 29. —Cerceaux pour soutenir les draps.
former une cavité dans laquelle la vapeur pourra se répandre. Puis on allume une lampe à alcool, ou bien on place un vase d'eau bouillante sur un réchaud, et on conduit la vapeur dans le lit avec un couvercle en fer-blanc surmonté d'un tuyau coudé, couvercle que l'on place sur la marmite. La vapeur s'-engage dans le tuyau et on peut la diriger comme on l'entend.
Si le malade peut se lever, on le place dans une caisse en bois où l'on introduit la vapeur. Quand on ne possède pas cet appareil, on peut se servir d'un grand baquet au fond duquel se trouve une marmite d'eau bouillante. Le malade s'asseoit sur un tabouret sous lequel se place la mar-
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mite, et on recouvre ce baquet avec un drap de façon que la tête seule soit dehors.
On peut encore entourer le malade avec des cerceaux superposés et former ainsi une espèce de cage que l'on enveloppe de draps. Ici encore le corps doit être enfermé tout entier dans la cavité où se forme la vapeur, la tête seule étant dehors {fig. 30).
Fig. 30. — Bain de vapeur.
Quant à la vapeur, on l'obtient en faisant bouillir l'eau dans un vase recouvert du couvercle dont il vient d'être parlé, ou encore en la produisant dans des appareils particuliers.
Celui dont je donne ici la ligure (fig. 31) se compose d'un réchaud et d'un bouilleur sphérique muni d'un robinet auquel on adapte un tube flexible.
On met deux litres d'eau dans le bouilleur et on chauffe. Dès que la vapeur se forme, on ouvre .le robinet, la vapeur