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DEUXIEME PARTIE HYGIÈNE

§ 1er. — Objet de l'hygiène.

U hygiène est cette partie des sciences médicales qui a pour objet de poser les préceptes nécessaires à la conservation de la santé. On comprendra facilement que je n'aie pas à y insister beaucoup, la plupart des précautions recommandées plushaut à propos du régime, pouvant ici encore trouver leur application.

Il y a pourtant une distinction à établir entre l'hygiène des malades et celle des sujets bien portants. La première doit répondre à deux conditions : éviter tout ce qui peut aggraver le mal et tout ce qui peut entraver l'action des médicaments, la secondé se propose uniquement de mettre le sujet dans des conditions telles que la force vitale puisse agir sans rencontrer d'obstacle.

Or, pour atteindre à ce but, l'homme doit savoir régler ses rapports avec le monde extérieur, contre lequel il lui faut si souvent lutter, et non-seulement ses rapports physiques, mais encore ses rapports intellectuels et moraux.

Ce but, je le sais, ne se poursuit pas sans difficultés; la position sociale, les exigences professionnelles, les habitudes, les passions se présentent comme autant d'écueils contre lesquels les prescriptions de la science viennent échouer. Aussi tandis que l'hygiène publique parait marcher d'un pas rapide, l'hygiène privée reste-t-elle renfermée dans un cercle restreint, où ses prescriptions sont souvent méconnues.

C'est pourtant ce cercle qu'il nous faut ici parcourir, je le ferai aussi brièvement que possible, me bornant à poser les conditions générales de l'accomplissement de nos fonctions organiques et de nos fonctions de relation.

§ 2. — Fonctions organiques.

L'bomme soucieux de conserver sa santé doit veiller en premier lieu à l'entretien delà partie matérielle de son être, entretien auquel concourent trois grandes fonctions : la digestion, la respiration et la circulation, fonctions qu'il peut aider ou entraver suivant les conditions dans lesquelles il se place. Il aide à la première par le soin avec lequel il choisit ses aliments ; à la seconde, en fournissant à ses poumons un air pur ; à la troisième, en évitant tous les obstacles au libre cours du sang.

Digestion, Alimentation. — On a beaucoup écrit Sur

Y alimentation (i) : les chimistes ont même* essayé de conclure de la composition intime des tissus à la nature et à la quantité des aliments. Retrouvant dans l'organisme de la fibrine, de l'albumine, de La gélatine, des matières grasses, etc., ils ont établi que l'homme ne pouvait être nourri par un seul de ces principes immédiats, qu'il lui fallait, au contraire, emprunter sa nourriture à des substances variées, végétales et animales. Tenant compte ensuite de ce fait : qu'une partie de ces principes immédiats est détruite chaque jour dans l'organisme vivant, ils ont supposé que tout se passerait en lui comme dans un laboratoire, et ils ont calculé combien de grammes de viande, de pain et de légumes il fallait accorder, par vingt-quatre heures, à un homme en santé.

Malheureusement, ces conditions si précises sont modifiées par mille circonstances individuelles. Pour les uns la ration accordée par les chimistes sera suffisante, pour

(I) V. Frédault, De V alimentation. Paris, 18G6.

d'autres elle sera ou trop faible ou trop forte. Les aliments eux-mêmes ne pourront être jugés parleur composition chimique seule, mais aussi d'après leur degré d'organisation. Gomme on le dit : les viandes faites sont de beaucoup préférables à celles des jeunes animaux.

Cette insuffisance des révélations de la chimie tient d'abord à ce que l'homme emprunte ses aliments à des substances qui ont vécu, et que les chimistes ne sauraient mesurer la vie et sa puissance ; ensuite à ce qu'une partie des substances ingérées dans l'estomac, doit reprendre vie à son tour sous l'influence de ce travail intime et mystérieux qu'on nomme l'organisation, de sorte que l'aliment, pour être utile, doit, d'une part, renfermer les principes immédiats qui composent nos tissus, et de l'autre les offrir dans un état tel qu'une partie au moins soit apte à rentrer sous l'action de la force vitale, action à laquelle il a échappé pour un moment.

On peut donc dire, que sous le rapport de la qualité l'homme doit choisir ses aliments parmi les substances animales et végétales, empruntant aux premières les substances azotées dont il a besoin, et aux secondes les principes immédiats ternaires, qui doivent être détruits pour la plupart.

Quant à la quantité, la providence ne nous a pas laissé dans l'embarras, car elle nous a donné un guide plus exact que les analyses des chimistes et les raisonnements des philanthropes, ce guide c'est V appétit. S'il est satisfait, sans être dépassé, tout restera dans une exacte limite, parce que dans l'état de santé il est toujours proportionné aux forces digestives de l'estomac.

Condiments. — Le point essentiel seulement sera de ne pas le surexciter par ces moyens artificiels, qui ont le double inconvénient de fatiguer l'organe et de développer des actions médicinales, souvent même de véritables empoisonnements. L'usage des condiments doit donc être es-

sentiellement restreint, si Ton veut rester dans les limites d'une sensation vraie d'appétit ou de satiété, seul moyen de maintenir les fonctions digestives dans une activité suffisante, pour atteindre le but sans le dépasser.

Ajouterai-je que l'alimentation doit varier en raison de la profession ; que l'homme de cabinet n'a pas besoin d'une nourriture aussi substantielle que le manœuvre, le citadin que le paysan? Précepte banal que les circonstances ellesmêmes nous font appliquer.

Boissons. — Faut-il ajouter encore que de toutes les boissons, le vin coupé d'eau est la plus favorable à l'entretien de l'estomac; mais qu'il faut se garder d'abuser du vin pur, qui conduit si souvent à l'ivresse ? Ce serait vraiment superflu. Mais ce qu'il faut répéter sans cesse et proclamer bien haut, c'est le danger qui accompagne toujours l'usage des boissons trop froides, surtout des boissons glacées, celui des eaux minérales artificielles de seltz ou autres, celui des vins travaillés, du vin de Champagne en particulier, celui du café, du thé et des liqueurs fortes, particulièrement de l'absinthe.

Les unes entravent la digestion en paralysant l'estomac par un abaissement trop brusque de température; les autres l'excitent par l'acide carbonique qui s'en dégage ; le café, le thé, l'absinthe développent de véritables actions médicinales. L'habitude, je le sais, atténue ces effets, on le prétend du moins ; mais c'est souvent une erreur. Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'elle diminue l'action perturbatrice de ces boissons, mais non pas leur action lente et persistante. Aussi, lorsqu'après un long usage, la maladie arrive, lui reconnait-on une marche chronique, moins accentuée, mais plus durable qu'un état aigu.

L'hygiène exclue donc ces habitudes que la sensualité seule nous impose, mais que le bon sens et la science répudient.

Respiration, Aération. — Si la digestion a pour ob-

jet de fournir à l'organisme les éléments nécessaires à " son entretien, la respiration a pour résultat d'y faire pénétrer l'air indispensable à la revivification du sang.

Or, cet air agit en raison des éléments qu'il renferme, et aussi en raison de sa température: il y a plus, en même temps qu'il pénètre dans nos poumons, il presse sur toute la surface du corps; nous avons donc à l'étudier sous un triple rapport.

Composition de Pair respirable. — L'air renferme

trois éléments essentiels: l'oxygène, l'azote et l'acide carbonique, de ces trois éléments, le premier seul concourt à l'entretien de la vie.

Le point important'est donc de respirer un air suffisamment oxygéné, chose facile dans une campagne, mais bien plus difficile pour l'habitant des villes où l'agglomération d'un grand nombre d'individus dans un espace restreint, engendre des causes nombreuses de viciation de l'atmosphère. Il y a là, sans doute, des conditions tout à fait indépendantes de notre volonté, des précautions générales que Tédilité seule peut prendre et devant lesquelles il faut s'incliner; mais si chacun de nous n'a point à s'occuper de la disposition des rues et des-places, il peut au moins soigner son habitation, y renouveler l'air aussi largement que possible, et se rappelant que chaque homme traîne après soi mille causes d'insalubrité, ne pas venir y ajouter encore par la malpropreté ou par la présence de fleurs nuisibles et de parfums délétères.

L'atmosphère porte souvent avec elle des causes de maladies, parmi lesquelles il faut surtout en signaler deux: les miasmes et l'humidité.

Les miasmes proviennent de la décomposition des matières végétales et animales ; le citadin les évitera en ne laissant pas séjourner autour de lui les produits de ses excrétions etles résidus de ses repas, le campagnard, en ne laissant pas sa paille et son fumier à la porte de sa chaumière.

Quant à l'humidité, le seul moyen de s'en garantir sera d'habiter aussi loin que possible des cours d'eau, plus loin encore des eaux stagnantes, et de rechercher les constructions qui ne puissent donner accès à celle qui s'exhale du sol.

Température de Pair — Nous ne sommes pas maîtres de la régler pour ce qui regarde l'air extérieur, aussi ne pouvons-nous alors lutter contre elle que par nos vêtements.

Il n'en est pas de même de l'air intérieur, dont nous pouvons régler jusqu'à un certain point la température, l'été, en mettant obstacle à ce que le soleil pénètre dans les appartements, l'hiver en chauffant nos demeures par des moyens artificiels.

C'est seulement sous ce dernier rapport que l'hyginéiste peut donner quelques conseils. On chauffe d'ordinaire les appartements par des poêles ou des cheminées. Les premiers sont souvent nuisibles parce qu'ils n'amènent pas un renouvellement d'air suffisant, et aussi parce qu'ils répandent une chaleur sèche et lourde, que beaucoup de personnes ne peuvent supporter.

Le chauffage par les cheminées est de tout point préférable au point de vue de la santé, sinon au point de vue de l'économie.

Pression de Pair. — La pression que supporte le corps par l'atmosphère qui l'entoure, pression dont nous n'avons pas conscience, ne s'évalue pas à moins de 15,500 kilogrammes. Elle varie suivant la densité de l'air et celleci diminuant à mesure qu'on s'élève, elle est toujours beaucoup moins forte au sommet des montagnes que dans les vallées. De là vient qu'il y a des points du globe tout à fait inhabitables, l'air s'y trouvant trop raréfîié.

En dehors de cette condition, la pression atmosphérique a pour l'homme sain peu d'importance. D'abord, il n'est pas maître de la régler, ensuite il peut supporter, sans accidents graves, des variations nombreuses, même importantes.

Circulation. — Cette fonction dont l'effet est de porter le sang du cœur aux extrémités et de le ramener de tous ces points de l'organisme au cœur, devrait être sérieusement respectée ; mais dans le cours habituel de notre existence, mille causes viennent la troubler. Un grand nombre de professions exigeant de violents efforts, l'activent outre mesure, d'autres condamnant l'homme à une inactivité exagérée, lui donnent trop de lenteur. Il est difficile de lutter contre ces conditions.

Il est seulement une cause qu'il est en notre pouvoir d'éviter, c'est la gêne causée par les vêtements. J'y reviendrai tout à l'heure.

J'ajouterai seulement qu'en observant les précautions que je viens d'indiquer pour ce qui regarde ces trois grandes fonctions organiques: la digestion, la respiration et la circulation, l'homme aura fait tout ce qui est en son pouvoir pour l'entretien de son organisme, la force vitale se chargeant d'utiliser pour la conservation des tissus et des organes les matériaux qui lui auront été fournis.

Il y aura cependant encore quelques conditions générales à observer, relativement aux soins qu'il convient de prendre de l'extérieur du corps, je veux parler ici des soins de propreté et des vêtements.

Soins de propreté. — Us doivent avoir pour effet de maintenir dans un état d'intégrité complète ce mouvement d'échange qui s'accomplit sans cesse par la surface de la peau entre le monde extérieur et l'organisme, échange par lequel nous y puisons certains éléments par voie d'absorption, et y rejetons par voie d'exhalaison et de transpiration insensible.

La condition essentielle pour que cet échange ait lieu c'est la propreté, de là l'usage des lotions journalières et celui des bains.

On pèche souvent ici par excès ou par défaut; par excès, en abusant des lotions, surtout du bain; par défaut, en

laissant s'accumuler sur l'enveloppe cutanée toutes ces poussières que l'atmosphère y dépose et que la sueur y retient.

Bains. — Le bain de propreté doit être tiède; il ne faut ni le répéter trop souvent ni le prolonger contre nature. Trop chaud il énerve, trop froid il peut rendre malade, en amenant des congestions internes, voire même des inflammations.

Le bain froid, pris dans une eau courante et par une température convenable, est exempt de ces inconvénients, son effet étant de resserrer les tissus et, par les mouvements qu'on s'y donne, de développer l'action musculaire. Mais ici encore il faut se garder de l'abus, ne pas oublier surtout que le bain trouble toujours la digestion, et qu'il n'est pas sans danger de s'y plonger après un repas, lorsque le travail digestif n'est pas tout à fait accompli.

Ces bains sont les seuls dont il doive être fait usage dans l'état de santé, et sous nos climats. Dans la vie ordinaire, les moyens hydrothérapiques sont trop violents pour devenir d'un usage quotidien, les bains de vapeur n'ont pas de raison et le bain russe n'appartient ni à nos habitudes ni à nos constitutions.

Cosmétiques. — Mais dans l'état de civilisation au milieu duquel il nous faut vivre, ce n'est pas seulement de la propreté de la peau dont on se préoccupe, on veut encore lui conserver sa souplesse, en effacer les rides, s'envelopper d'une atmosphère factice et embeaumée. De là, ces applications de poudres, de pommades, de fard, en un mot, toutes ces préparations auxquelles on a donné le nom de cosmétiques.

Que n'a-t-on pas écrit contre elles, de combien d'anathème ne sont-elles pas chargées! et cependant on en use toujours.

Il faut donc le répéter encere: les cosmétiques renferment le plus souvent des substances nuisibles à la santé,

des médicaments, des poisons. Leur application répéîée expose à des actions médicinales, môme à des empoisonnements, ils sont donc dangereux (1).

Vêtements. — Leur objet essentiel est de protéger la peau contre Faction de l'air extérieur, en accumulant le calorique que l'homme produit sans cesse et qui lui sert à se protéger contre les changements de température.

L'épaisseur des tissus doit donc varier suivant les saisons et les climats ; sous ce rapport, les coutumes de chaque peuple sont toujours un guide assuré. Malheureusement la mode, ce tyran que les révolutions ne détrônent pas, vient imposer des prescriptions opposées aux plus simples enseignements de l'hygiène, et l'on voit dans les vêtements bien plus un moyen de parure qu'un moyen de protection .

S'ils étaient convenablement entendus, il devraient couvrir la plus grande partie du corps, condition à laquelle la décence gagnerait; ils auraientune certaine porosité, afin que la transpiration insensible puisse se produire, et on en éloignerait autant que possible les tissus imperméables.

On a recommandé avec raison de ne porter en contact avec la peau que des tissus de toile, de coton ou de laine ; encore ces derniers ne sont-ils pas admis de tout le monde.

Si l'on veut bien réfléchir cependant que la flanelle absorbe la sueur, empêche une vaporisation trop rapide, excite la peau par son contact même, on jugera qu'elle doit empêcher de nombreux refroidissements et se trouver utile pour bien des sujets.

Mais il est pour les vêtements une précaution essentielle, c'est de faire qu'ils ne compriment pas quelque partie du corps de manière à y gêner la circulation. Ceci arrive bien souvent chez les femmes, pour lesquelles le corset presse

(1) Voyez J. Picsse, Des odeurs ^ des parfums et des cosmétiques. Édition française. Paris, 1805.

l'estomac, la base de la poitrine et refoule le cœur, et pour les hommes qui se servent de ceinture au lieu de bretelles, habitude fâcheuse à tous égards, et dont le résultat est de troubler les fonctions digestives et d'entraver le cours du sang.

§ 3. — Fonctions de relation.

Elles comprennent les phénomènes de la sensibilité, le mouvement et l'intelligence.

Phénomènes de sensibilité. — Ils s'accomplissent

par l'intermédiaire du système nerveux auquel se rattachent les organes des sens, ceux de la vue, de l'ouïe, du goût, de l'odorat et du toucher.

Phénomènes de motilité. — Ils ontpour siège le système musculaire, lequel inséré sur les différentes parties du squelette met en mouvement le corps tout entier.

Phénomènes de l'intelligence. — Ils ont un caractère

essentiel, la liberté, un organe particulier, le cerveau et dépendent d'une force spéciale, l'âme, qui a elle-même en partage la raison, la volonté et l'immortalité.

L'homme est donc un corps vivant uni aune âme raisonnable : ainsi que le disait Hahnemann, « dans l'état de <t santé, la force vitale qui anime dynamiquement la partie « matérielle du corps exerce un pouvoir illimité. Elle en- « tretient toutes les parties de l'organisme dans une admi- « rable harmonie vitale, sous le rapport du sentiment et de (d'activité, de manière que l'esprit doué de raison qui « réside en nous peut librement employer ces instruments a vivants et sains pour atteindre au but élevé de notre a existense » (1).

Ce but, nous ne devons jamais l'oublier, et s'il est de notre devoir de veiller au maintien de cette harmonie qui constitue la santé, c'est seulement en vue de mettre l'âme

(1) Hahnemann, Organon de l'art de guérir ^ § 9.

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